Tirage au sort à l’université : une vraie loterie

En juin 2017, le système de tirage au sort pour les étudiants de médecine avait fait grand bruit. Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation était rapidement montée au créneau, promettant « d’éliminer le tirage au sort du processus de sélection ». Si tous les candidats à la première année commune aux études de santé ont pu obtenir une place après intervention du ministère, d’autres ont dû se battre.

Claudia Guichard, 22 ans, n’aurait jamais pensé devoir saisir la justice pour intégrer une licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à l’université de Bordeaux. Recalée deux années consécutives par le système arbitraire de tirage au sort, la jeune femme a dû faire appel à un avocat et débourser 1 800 euros (l’université, jugée en tort, a remboursé la moitié de la somme) pour intégrer une licence de STAPS.

Claudia rêve de devenir professeure des écoles ou kinésithérapeute. Lorsqu’elle n’a pas été admise par tirage au sort il y a deux ans, c’est par dépit qu’elle s’inscrit en licence de commerce. Deux mois après la rentrée, Claudia, toujours sous le coup de ce qu’elle a vécu comme une « injustice », tombe en dépression. L’année suivante, elle retente sa chance mais n’est toujours pas tirée au sort : « j’ai très mal vécu la situation, certains sont passés entre les mailles du filet, moi non » confie-t-elle d’une voix timide. Après un long combat judiciaire, la jeune femme a finalement obtenu gain de cause et pu intégrer la licence qu’elle convoitait. Mais en plus du retard pris dans son cursus universitaire, Claudia regrette que ses camarades soient « tous plus jeunes ».

STAPS, une filière a bout de souffle

Médecine, psychologie, droit ou encore STAPS, toutes ces filières ont pour point commun d’être « sous tension ». La demande excédant le nombre de places, un système de tirage au sort a été mis en place. Une mesure habile puisque la sélection dans l’enseignement supérieur est interdite.

Le procédé indigne de nombreux étudiants, à l’instar de Jérémie Boivin, étudiant en première année de licence à Bordeaux et président de l’Amicale bordelaise des étudiants en STAPS. « Il faut repenser en profondeur le système de sélection. Trop d’étudiants s’inscrivent en licence de STAPS en pensant qu’ils y feront que du sport. Mais on y étudie d’autres matières comme la biologie, l’anatomie ou la physiologie » regrette le jeune homme de 20 ans. D’abord inscrit sur liste d’attente, Jérémie a finalement été tiré au sort et pu intégrer STAPS. Au sein de son association il lutte contre un système qu’il qualifie d’injuste : « on ne veut pas de tirage au sort, cela va à l’encontre de ce qu’est une fac ».

Comme la plupart de ses camarades de promo, Jérémie a défilé le mardi 19 septembre 2017 à Bordeaux dans le cadre d’un mouvement national lancé par l’Association Nationale des Etudiants en STAPS pour dénoncer le tirage au sort ainsi que le manque de reconnaissance de leur diplôme. « Il y a un vrai ras le bol. Cela fait des années que les étudiants en STAPS subissent le tirage au sort. Les plus chanceux rentrent alors que les plus motivés peuvent être recalés » déplore le jeune homme.

Fortement décriée, la circulaire du 24 avril 2017 autorise le recours au tirage au sort pour les étudiants en première année d’université. Jérémie Boivin fait partie de la shortlist des privilégiés. Photo L.D.

 

Situé au deuxième étage du bâtiment de STAPS, le « bureau des élèves » tranche avec les salles de cours aseptisées, aux murs délabrés. Posters, cartes postales, trophées et autres babioles décorent la petite pièce réservée aux élèves. C’est entre ces murs que Jérémie consacre une partie de son temps libre aux étudiants qui, comme lui l’an passé, rencontrent des difficultés avec l’administration.

Des bâtons dans les roues

« La procédure admission post bac est une usine à gaz sans nom ». L’avocat Romain Foucard n’est pas tendre avec la plateforme via laquelle les bacheliers doivent soumettre leurs vœux pour s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Il défend six étudiants bordelais qui se sont retrouvés sur le carreau. C’est une première en France. S’ils ont été provisoirement inscrits par le juge des référés, les étudiants risquent d’être exclus de l’université en cas de décision définitive défavorable.

Pour palier le système arbitraire d’APB, maître Foucard plaide pour « une augmentation des capacités d’accueil couplée à une sélection sur dossier ». Les demandes d’inscription en première année de licence de STAPS sont chaque année plus importantes : « il y a eu 5 127 demandes d’inscription en STAPS sur l’université de Bordeaux, pour une capacité d’accueil de 250 places » déplore l’avocat.

« Politiquement, je ne vois pas comment l’université pourrait exclure ses étudiants », Romain Foucard. Photo L.D.

 

La procédure APB est critiquée de toute part depuis le tollé suscité par le tirage au sort à l’été dernier. Mis en demeure par la Cour des Comptes et la Commission nationale de l’informatique et des libertés, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas eu d’autre choix que de revoir sa copie. Pour mettre fin aux critiques, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a présenté à la presse jeudi 2 novembre 2017 la nouvelle procédure APB. La ministre se fixe un objectif : qu’un maximum d’élèves soient fixés sur leur avenir avant le bac pour qu’il n’y ait plus de « laissés pour compte ».

Lara Dolan

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