Silence, ça ride.

Fans de skate, apprentis, confirmés et nous autres incultes novices juste bons à admirer les prouesses acrobatiques de ces barjos accros du bitume, accrochons nous ; Anagram nous embarque bientôt, caméra à l’épaule et pieds au plancher, dans son nouveau film. En préparation depuis bientôt quatre ans, sa sortie est prévue sur la toile dans deux à quatre mois et à en croire le teaser, il y en aura pour tous les goûts.

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Dorian et Julien viennent du Gers, dans le Sud Ouest de la France au coeur de la Gascogne, entre Toulouse et Bordeaux, un département en grande partie rural. Afin de promouvoir la discipline et lutter contre l’étiquette que l’on colle aujourd’hui aux skateurs ; show, commercialisation à outrance qui dénature l’essence même de la discipline, pubs pour des boissons énergétiques dégueulasses et clips d’une nullité affligeante où l’on fait passer les skateurs pour des cons prétentieux, philosophes d’un jour en train de nous expliquer la vie, comme dans les épisodes eskate de Phillips dont le but avoué est de promouvoir le skate en suivant des skateurs au quotidien, mais n’oublions tout de même pas de préciser que le premier épisode raconte la rencontre quasi-charnelle entre un skateur et sa planche ! Et oui, vous ne l’imaginiez pas, mais entre eux deux, c’est l’amour fou, passionnel, fusionnel, d’où le choix d’une voix off féminine et sexy censée être la planche racontant ses premiers émois, pas du tout cliché.

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Enfin voilà, c’est bien pour lutter contre cette image négative et réductrice que ces deux fans ont décidé de créer leur marque de planches ou comme on dit dans le milieu, leurs boards. Ainsi naissait en 2006 Anagram.

Au fil des ans, les créateurs ont cherché à lui donner une identité, lui insuffler une âme à l’image de leurs convictions et leurs visions du skate. Comme toute marque (de sport), ils ont choisi de squatter la toile pour nous la présenter dans un long-métrage d’environ une demi-heure : chacun des skateurs représentant la marque, a cinq minutes pour nous parler du skate et nous faire rêver avec les tricks les plus oufs surtout que certaines images ont été prises à l’étranger pendant une tournée à Singapour ou l’inauguration d’un skate park en Serbie, autant de raison pour être impatient !

 

Se tenir hors des rails.

une planche de la nouvelle collection 2011

planche en collaboration avec l'artiste Artus

Fait par des skateurs et pour des skateurs, jusque là rien de très original, Anagram est une des rares marques françaises qui parvient tant bien que mal à subsister dans un milieu ou, comme dans beaucoup d’autres,  indépendance rime avec galère. Et pourtant c’est bien là le but des créateurs, rester indépendants face aux Nike, Adidas et compagnies en tout genre qui veulent leur part de ce fructueux marché et se foutent royalement des origines et valeurs du skate. Tant que l’argent entre dans les caisses, à quoi bon savoir s’il s’agit d’un art, d’un sport ou d’une discipline à part entière qui mérite sa place aux J.O ?

Dorian et Julien méprisent tous deux ce genre d’attitude. Par le biais d’Anagram et de ses skateurs, ils veulent montrer une autre facette de ce sport de glisse, une facette qui leur ressemble, du moins une facette qui ne soit pas aussi grotesque. Pour cela, ils ont tout un programme : rendre le skate aux « vrais skateurs », avoir de l’autocritique et de l’autodérision, ne pas se prendre au sérieux, ne pas tomber dans la pensée unique, être conscient que même dans un groupe où les individus paraissent adopter le même code, il existe des divergences d’opinion, au point même, selon Dorian, et il ne blague pas, « où l’on pourrait créer des partis politiques de skateurs tant il y a de débats au sein de la meute » ! Anagram c’est aussi faire de la sensibilisation écologique sans être écolo, 1% de chaque vente est reversé dans une association environnementale, du genre : la protection de la faune et de la flore du Limousin. Tous les ans, les créateurs peuvent choisir de reverser cet argent à l’association de leur choix.

Mais avant tout, Anagram c’est la volonté de redonner le goût de la planche, en proposant des modèles de qualité (fait au Canada comme 90% des planches, pour son érable, bois avec lequel on fabrique les boards), originaux et aux prix accessibles (entre 40 à 60 euros). En gros Anagram, c’est tout sauf une logique de bénéfices économiques, même si son souhait le plus cher est de parvenir à rémunérer ses skateurs de manière à ce qu’ils puissent partager et vivre de leur passion.

 

Et, tu m’as pas vu peut-être !

On ne s’en rend même plus compte, mais lorsqu’on vit en ville, encore plus dans les grandes agglomérations, on assiste au défilé permanent des skateurs dévalant le macadam dès qu’ils peuvent et exploitant à fond les possibilités offertes par l’architecture de la ville. Notre chère et bien aimée Bordeaux est, selon les connaisseurs, une winneuz. Depuis un peu moins de dix ans, elle est devenue un des meilleurs spots urbains. De plus en plus nombreux, les skateurs viennent rider sur les quais (surtout depuis leur aménagement), ou sur des surfaces planes avec de quoi contenter les fans de gaps (sauts d’espaces, de marches) comme l’esplanade du palais de justice ou celle de l’IUT Montaigne et pour les moins street, il y a toujours le skate park en plein air, quai des Chartrons, un des plus grands de France avec ses 2350 mètres carrés de superficie, la classe !


Le skatepark de Bordeaux, quai des Chartrons. Photo: Thomas Sanson

En comparaison avec son importance numérique, la population de skateurs est bien mal représentée. Délaissée par les médias (excepté par la presse spécialisée, comme Sugar,  revue mensuelle qui se vend le mieux en kiosque et dont la rédaction vient de quitter Paris pour Bordeaux), elle est donc peu connue du grand public. Résultat, ce dernier voit les skateurs avec un œil romantique, leur enviant un esprit libertaire et anticonformiste et rêvant de savoir faire lui aussi un jour, un ollie, un frontside flip, un heelflip, ou un kickflip, enfin un truc stylé et compliqué. Ou alors, il ne voit que l’image médiatique qu’on lui donne, et tout de suite c’est beaucoup moins glamour.

Etrange phénomène de mutisme qui touche ainsi nos riders fous, mais qui ne semble pas les gêner tant que des marques indépendantes comme Anagram voient le jour et continuent à faire vibrer leur fibre artistique.

Vous l’avez compris, Anagram c’est tout un programme : son pays, le Sud-Ouest, son identité, l’irrévérence, son credo l’indépendance, sa force l’ouverture à l’internationale, son mot d’ordre ; tous à vos planches!

Et pour ceux qui en veulent toujours plus, et parce que y’a toujours des mecs pour tout intellectualiser, vous pouvez vous procurer, Chronologie lacunaire du skateboard : une journée sans vague : 1779 – 2005. (Auteur Raphaël Zarke. Edition : HC, Paris).

Quant à ceux qui sont intéressés par les planches, elles sont en vente dans toute la France, sinon vous pouvez les commander sur le site.

Manon Barthélemy.

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