Rose Tattoo : le tatouage contre le cancer du sein

Lutter contre le cancer du sein grâce au tatouage, c’est le grand projet de l’artiste Nathalie Kaïd. L’idée : redonner leur féminité aux femmes qui ont subi de lourdes opérations au cours de leur maladie. Chaque année, un salon de tatouage s’installe à la Maison Rose pour toute une semaine. En 2017, la 2ème édition de la Semaine Rose Tattoo se tient du 2 au 6 octobre.

En octobre 2016, Odré tatoue pour la première fois dans le cadre de la Semaine Rose Tattoo. Elle est toujours présente pour le 2ème édition.  crédit photo: https://www.soeursdencre.fr/semaine-rose-tattoo/edition-1-2016/

 

En 2010, la photographe Nathalie Kaïd réalise une exposition sur la poitrine des femmes et rencontre une dizaine d’entre elles touchées par le cancer. Emue par leur histoire, l’idée du tatouage comme possible rémission mûrit. Aujourd’hui, l’association se fait connaître et de plus en plus de femmes franchissent les portes du salon de la Maison Rose : elles étaient 9 en 2016, 18 cette année.

“Quand on a un cancer du sein, très souvent, on leur dit qu’après la mastectomie, on reconstruira leur poitrine, mais le problème, c’est que ce n’est vraiment pas bien refait, ça ne ressemble pas un sein”, explique Nathalie Kaïd. Avec le tatouage, les multiples opérations pour retrouver leur féminité ne sont plus la seule alternative.

Un tatouage qui exige des précautions

Treize tatoueuses ont répondu à l’appel pour cette édition Rose Tattoo. Bénévoles, elles doivent depuis cette année suivre une journée de formation pour prendre connaissance de la maladie. C’est le premier essai d’Amandine chez Rose Tatoo : “pour les nouveaux, c’était vraiment bien. Tout était expliqué de A à Z, les opérations, les définitions…”. En terme de pratique, l’apport est moins important. La plupart des tatoueuses sont familières avec ce genre de travail. La méthode change dans la mesure où, selon Toni Lou, tatoueuse australienne, le trait se doit d’être plus léger sur la peau abîmée.

Quelques précautions sont nécessaires avant que la cliente ne saute le pas : rendez-vous avec le médecin, vérification de la cicatrice, qui doit être assez vieille pour pouvoir supporter le tatouage.

Toni Lou s’installe en ce moment à Bordeaux. Elle compte bien faire partie des tatoueuses titulaires l’année prochaine. crédit photo : Juliette de Guyenro

 “Des années de psychothérapie qui ne sont plus nécessaires”

Mais pour les tatouées, il s’agit avant tout d’une thérapie qui leur permettra d’oublier la maladie. Laurence, 54 ans, tatouée lors de la 1ère édition en 2016 témoigne : “je ne vois plus mon cancer, mais mon tatouage.” A seulement 26 ans, Laura est touchée par le cancer. Après une double mastectomie et une reconstruction mammaire, le tatouage lui permet de reprendre la main sur son corps.

Marie-Laure, 52 ans, est diagnostiquée en 2012 et subit deux opérations dont une tumorectomie. Anti-tatouage, c’est sa fille de 18 ans, tatouée elle-même, qui la convainc de faire de même. Après avoir entendu parler de Rose Tattoo, elle se fait tatouer par Odré en octobre 2016.  “Des années de psychothérapie qui ne sont plus nécessaires”, confie-t-elle.

“Quand je l’ai vue, ça m’a paru évident”

Pour certaines d’entre elles, passer la porte d’un salon de tatouage n’est pas évident. L’organisation de la Semaine Rose Tattoo leur permet de se sentir à leur place. « Je me suis sentie con la première fois que je suis venue dans un salon de tatouage. Je me sentais comme une poterie qui avait rien à faire là », témoigne Sandrine. Hélène, elle, a eu du mal à passer la porte avant l’expérience Rose Tattoo : “je savais que je voulais un tatouage, mais je ne passais pas le seuil. Je me disais que je ne pouvais pas leur imposer ça, leur montrer ça. »

Toni Lou explique que dans son métier, il faut savoir prendre en compte le parcours de la personne qui se trouve sur sa table de tatouage. Dans ce genre de situation, les personnes ressentent le besoin de s’exprimer et de partager leur expérience. Laura raconte : “quand je suis allée chez Méluzine, ma tatoueuse, je lui ai raconté mon histoire, parce que c’était important pour moi qu’elle comprenne.”

Après une double mastectomie, Laura s’est fait tatoué le buste par Méluzine en octobre 2016. Un an après son tatouage, elles n’ont pas perdu contact. crédit photo : Juliette de Guyenro

Au-delà du tatouage, c’est donc un lien qui se crée entre les deux femmes, un lien qui permet d’avancer et d’oublier la maladie. Odré et Marie-Laure se rencontrent un mois avant la semaine Rose Tattoo, c’est le coup de foudre : “quand je l’ai vue pour la première fois, c’était une évidence. Ca ne s’explique pas, un peu comme une relation amoureuse”, révèle cette dernière.

Méluzine, tatoueuse, retrouve dans son travail ce qu’elle perd avec les patients qui viennent pour des demandes esthétiques : “avec la démocratisation du tatouage, on est arrivé à quelque chose d’un peu superficiel. Avec ces femmes, je retrouve ce lien avec ma cliente, cette relation plus profonde.”

Marie-Laure confie, tout bas : “c’est magique.”

Le tatouage dans le monde médical ?

La Semaine Rose Tattoo, une thérapie telle que les médecins commencent désormais à se pencher sur la question. En partenariat avec l’association, l’Institut Bergonié travaille avec Nathalie Kaïd, notamment pour la formation qui est fournie aux tatoueuses au début de la semaine. Après la 1ère édition, une grande conférence de médecins, tatoueuses, et radiothérapeutes, s’est tenue pour discuter de la possibilité du tatouage comme alternative aux opérations de reconstructions lourdes et parfois peu efficaces.

Laura soutient cette idée puisqu’après son premier tatouage, elle fait appel à une tatoueuse de la région parisienne pour se faire tatouer un mamelon en 3D. Laura témoigne : le résultat est bluffant, bien mieux que ce qu’elle aurait pu espérer d’une nouvelle opération.

Dimanche 15 octobre, une semaine après la fin du salon Rose Tattoo, Nathalie Kaïd tient une table ronde avec les tatouées, tatoueuses et futures tatouées. crédit photo : Juliette de Guyenro

La fondatrice aimerait aller plus loin et travailler avec des dermatologues. A l’hôpital Bichat, à Paris, Nicolas Kluger a tenu la première consultation hospitalière de France pour les personnes tatouées. Nathalie Kaïd évoque également la possibilité qu’un jour, le tatouage puisse être reconnu comme une reconstruction post-cancer, et que les patientes soient ainsi, au moins en partie, remboursées par la Sécurité Sociale. “Les tatoueuses qui viennent pour Rose Tattoo le font bénévolement, mais elles doivent gagner leur vie à côté. Il faudrait que les femmes qui n’ont pas les moyens puissent avoir la possibilité de se faire tatouer, en dehors de la semaine Rose Tattoo.”

Juliette de Guyenro

One Comment
  1. C’est réellement une très belle initiative. Les tatoueurs devraient aussi je pense organiser ce type d’événement pour défendre des causes comme celle-ci. Bravo à toutes ces tatoueuses qui ont répondu présentes

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