Rap School Barbey : Bordeaux a son école du micro d’argent

Lucho et Izack en plein enregistrement avec DjaLe coup d’envoi a été donné le 15 novembre à la Rap School Barbey. Ce nouveau projet d’enseignement musical prend place dans les locaux de la mythique Rock School Barbey. Unique en son genre, la structure est une petite révolution locale – et nationale.

 

Il faut se méfier de son nom. À la Rock School Barbey ne résonnent pas seulement les guitares électriques ; les rappeurs aussi y donnent de leur voix. La Rap School ouvre ses portes, et le lieu se fait fabrique de musique urbaine.

Scène culte locale, elle a aussi un rayonnement national. Outre une programmation prestigieuse, elle évoque aussi une association découvreuse de talents et une école de musique institutionnalisée. Avec la Rap School, l’organisme tient une nouvelle fois à prouver que la musique ne doit pas simplement être écoutée, mais vécue. C’est aussi l’occasion de montrer que le rap est loin d’être un outsider culturel.

Créée en 1988 par Éric Roux, l’actuel directeur, et Patrick Bazzani, l’association et salle de concert s’est rapidement fait un nom dans la révélation de talents émergents et la découverte de genres nouveaux. Le rap, notamment, était déjà au cœur de la programmation durant les premières années de la Rock School – à titre d’exemple, le concert de NTM donné en 1991, soit juste après la sortie de leur premier album.

Depuis cette date, l’équipe n’a eu de cesse d’encourager les nouveaux artistes du genre hip-hop, quels que soient leur courant ou leur style. Manuel Ranceze, qui dirige la programmation, affirme que leur « approche n’est pas tant stylistique ». Selon lui, les genres musicaux ne doivent pas être des limites, mais seulement des marqueurs. Son principal souci est plutôt de montrer « ce que la musique porte comme idées ».

 

De la Rock School à la Rap School : une naissance sous la même étoile

« C’est la même chose que la Rock School. » Mélodie Vlamynck, chargée d’organiser l’école de musique depuis trois mois, voit la Rap School comme une sœur siamoise de la Rock School. Le fonctionnement est le même, avec des intervenants et une pratique immédiate. Seul changement : la matière enseignée. « Il y a beaucoup de demande pour le rap, maintenant. C’est un mouvement qui s’est institutionnalisé, mais il manquait un encadrement. »

Avant, la tendance était à l’apprentissage global, large. Toutes les sortes de « musiques actuelles » étaient passées en revue. À la Rap School, il y a quelque chose de plus monomaniaque. En se concentrant sur le rap seulement, les élèves peuvent en extraire toute la richesse.

En vertu de cette volonté d’étude approfondie du rap, il convenait que les cours soient variés. Aussi la Rap School est-elle dotée de cinq intervenants-professeurs, des artistes locaux aux compétences spécifiques. Que ce soient Blackapar et Fayçal pour leur plume, Keurspi pour son flow, David pour son sens du beatmaking ou Tété pour ses talents de compositeur, tous excellent dans leur art, et sont à même d’enseigner à tous les rudiments et les subtilités du rap.

blackaparBlackapar, découvert par les Rap Contenders, transmet son savoir : manipuler les mots comme on manie le sabre

Car l’école de musique est ouverte à un public très large – les cours sont accessibles dès 8 ans. Mais ce que Mélodie regrette, c’est le manque d’espace. « Pour l’instant, c’est très limité : on ne peut accueillir qu’entre 25 et 35 inscrits. » Elle garde toutefois à l’esprit que la structure est en plein rodage. Selon elle, c’est avant tout la maîtrise totale de l’organisation qui doit primer. D’ailleurs, cet effectif léger permet de regrouper aisément les élèves en fonction de leur âge et de leur niveau.

 

Premières armes : de Musiques & Quartiers à la Rap School

« La transmission est un véritable moteur. » Pour Achraf Es-Sayeh, médiateur culturel de l’équipe, la formation musicale et culturelle est au cœur du projet. Depuis plus de cinq ans, il pilote la structure Musiques & Quartiers. Créée en 1998, elle consiste en une plateforme entre la Rock School Barbey et les jeunes des quartiers populaires.

Achraf milite activement pour la démocratisation de la culture, et ne fait pas de distinction entre les genres et entre les classes sociales. « La pratique musicale est un véritable vecteur socio-culturel », résume-t-il. Ce faisant, il veille à ce que les jeunes passionnés puissent exercer l’art du rap avec liberté et autonomie.

C’est là un autre rôle de la Rock School Barbey : s’imposer comme gardien de ceux qui font le rap de demain. Joey Larsé, Guezess, ou encore le collectif La Massfa… Achraf se plaît à énumérer ces jeunes artistes issus de Musiques & Quartiers qui aujourd’hui parviennent à se faire connaître.

coursLa leçon du jour : les disciples se forment à l’art délicat de l’assonance

Pour l’association et Achraf, l’objectif est de faciliter l’élaboration d’un processus artistique. Cela passe par l’accès aux outils et aux lieux de fabrication musicale, aussi bien les studios d’enregistrement que les salles de répétition. Les plus démunis et les plus passionnés ont même droit à une utilisation sans frais. Afin de rendre la pratique possible, Musiques & Quartiers revendiquent la rupture des barrières économiques.

Pourtant, la Rap School ne s’inscrit pas exactement dans la même démarche : même s’il s’agit toujours de faire connaître cette culture musicale au plus grand nombre, sa mise en œuvre n’a pas le même coût. Les intervenants doivent bien évidemment être payés, et les élèves doivent donc y aller de leur poche. Mais Mélodie se rend compte de cela, et essaie de faire tout son possible pour réduire les frais, les adapter aux situations de chacun. Une tâche difficile, selon elle : « Il n’y a pas d’agréments CAF, ici, donc c’est difficile d’envisager des aides ». Un petit prix à payer, sans doute, pour devenir le nouvel espoir du rap.

Sacha Rosset

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