Personnel hospitalier: les jeunes au bord du burn-out

Une manifestation à Bordeaux le 8 novembre 2016 réunit l’ensemble du personnel soignant qui dénonce des conditions de travail difficiles voire parfois invivables. Les jeunes y sont particulièrement impliqués, et ce dans tous les secteurs de la profession.

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Photos de Amy McArthur

On est fatigués,” prononce Yann, 30 ans, infirmier en réanimation cardiologique. Il est habillé, comme la plupart des participants de la manifestation, en tenue de bloc bleue, et tente de garder son sérieux entouré de ses jeunes collègues qui rient nerveusement. “Non mais sérieusement, il y a une dégradation des conditions de travail. On a beaucoup de patients avec beaucoup de polypathologies (multiples maladies) et de moins en moins de personnel . Sur le terrain, ça se traduit par des burn-out.” Il n’est pas très optimiste quant à l’avenir qui les attend, expliquant: “pour le moment on tient, mais je pense que c’est déjà trop tard.”

L’ambiance est bruyante, colorée et plutôt festive. Cependant, les infirmiers sont inquiets. Ils forment des petits groupes au sein de la manif, un mot revenant sans cesse dans leurs conversations: le fameux ‘burn-out’. Le terme est devenu courant dans le milieu, et ne surprend plus personne, surtout depuis les suicides multiples de soignants qui ont eu lieu cet été.

41sources: Challenges, FNSEI

Pour la première fois en 28 ans, infirmiers, aides soignants et étudiants infirmiers sont rassemblés. Ils dénoncent des conditions de travail qui, selon eux, se dégradent de plus en plus à cause de restrictions budgétaires. On y voit beaucoup de jeunes, qui se mobilisent contre le manque de moyens mais aussi la surcharge du travail et le manque de temps dont ils disposent pour s’occuper efficacement des patients.

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#SoigneEtTaisToi est devenu le hashtag phare de la mobilisation des jeunes hospitaliers

Nastacia a 25 ans et fait des études pour devenir infirmière anesthésiste. Elle parle d’une profession qui manque « cruellement » de moyens. « On est en souffrance, nous, ce qui fait qu’on met aussi les patients en danger et en souffrance. » Sur sa coiffe figure le hashtag #SoigneEtTaisToi, qui a été repris par de nombreuses personnes, notamment des jeunes dans le milieu médical, en soutien au mouvement de mardi.

https://twitter.com/CecilePgx/status/795988326079725568

https://twitter.com/Enaicko73/status/795960164197302273

 

 Les internes en médecine touchés également

Camille Roingeard a 25 ans. Elle est interne en 8eme année de médecine au CHU de Bordeaux. Elle a été victime d’un burn-out il y a six mois, et s’est trouvée dans l’obligation de cesser de pratiquer, au moins pour quelque temps. « Je ne m’en suis toujours pas complément remise, » raconte-t-elle, « et je ne suis pas sure d’avoir le courage de reprendre. »  Quelles étaient les circonstances qui l’ont amené jusque-là?

« Je ne supportais plus de voir des patients mourir. Je ne me sentais plus capable d’assurer les journées de 12-13h avec seulement une pause de 20 minutes pour manger (…). On ne peut pas passer le temps qu’il faudrait avec les patients. J’avais l’impression de faire du travail à la chaîne, de bâcler et de mal faire mon travail, alors que je donnais tout, je n’aurais pas pu faire plus (…). Le plus dur c’est rentrer chez soi le soir vidé et épuisé sans même être fier de ce qu’on a accompli. »

Une histoire qui fait triste écho aux témoignages des jeunes soignants qui participaient à la manifestation.

Les jeunes plus touchés?

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Les infirmières de la clinique Tivoli manifestent pour « tout plein de choses »

 

Tout d’abord, il faut reconnaître qu’en France, le taux de chômage des jeunes est extrêmement élevé, avec près d’un quart touchés par ce phénomène. Selon le Figaro, ce chiffre augmente de façon continue, et a été multiplié par deux en 35 ans.

En milieu hospitalier, explique Véronique Stevens, infirmière et syndiquée à l’hôpital Saint-André de Bordeaux, les syndicats dénoncent des « conditions d’embauche précaires » chez les jeunes salariés qui « arrivent tard dans la profession, sans de bonnes perspectives de carrière. » S’ajoutent à cela des conditions de travail de plus en plus difficiles à cause du manque de moyens et de personnel, mais aussi des conflits au sein-même des établissements hospitaliers. Ces derniers peuvent surgir pour des raisons diverses, d’une rémunération insuffisante à des cas de harcèlement. Selon la FNSEI, pour 44,61% des étudiants en soins infirmiers “la formation est vécue comme violente dans la relation avec les équipes encadrantes”. Le chiffre serait similaire chez les étudiants en médecine, mais il n’existe pas pour le moment d’estimation officielle.

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Si Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé dit « reconnaître » la lutte du personnel hospitalier, et « entendre les inquiétudes et les craintes », elle devra tout de même faire valoir ses mots par des actions concrètes face à des jeunes qui, ils l’ont prouvé aujourd’hui, ne se laisseront pas marcher sur les pieds. Qui sait, peut-être que la mobilisation des jeunes sera le coup de défibrillateur dont le secteur a tant besoin.

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Amy Mcarthur

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