Le rappeur Pedro : un exemple de réussite pour l’association Be One The Vision

La carrière de Pedro décolle dans le milieu du rap Bordelais. Ce rappeur de Grand Parc, en banlieue de la ville, doit son ascension à un collectif qui l’a épaulé, le collectif Be One The Vision. Aujourd’hui, Pedro se fait ambassadeur de cette association qui déniche les nouveaux talents de l’art urbain.

30 septembre, Pessac, Pedro entame son show devant un public endiablé. A l’occasion du Nobel Basket Show, un tournoi annuel de basket, le jeune rappeur prend ses marques sur scène, entre deux matchs. Ils sont 3 rappeurs cet après-midi à animer le terrain. S’ils sont là c’est en parti grâce à l’association Be One The Vision qui a co-organisé l’événement avec la mairie de Pessac.

Premiers pas sur scène

A la fin de son set, un peu essoufflé Pedro reprend ses esprits : “Il y avait beaucoup de monde, plus que je ne le pensais. C’est ma première prestation rémunérée, je ne pouvais pas me planter”. Mais la foule est en liesse et les 5 fondateurs du collectif Be One The Vision (BOTV) le couvent du regard, l’applaudissent “Il a tout envoyé ! C’est notre poulain, on est très fier de lui, le public a l’air conquis” confie Yann, le fondateur de BOTV.

Pedro en live  – crédit, Silver MBA

BOTV c’est donc le nom du collectif qui a soutenu Pedro quand il a décidé il y a 2 ans de réellement se lancer dans la musique, Be One The Vision – comprendre s’unir autour d’une vision commune, ici celle de l’art urbain. Yann, Morghen, Roger, Gaston et Axel sont les fondateurs de BOTV, tous originaires du Gabon, tous passionnés de street art. « Si aujourd’hui on se considère intégré à Bordeaux c’est grâce à l’art. On veut que ça continue, que cette communauté d’artistes « marginaux » grandisse. » témoigne Yann. 

La mission de l’association Be One The Vision

L’association se donne donc la mission de fouiller la Belle Endormie jusqu’aux passages les plus étroits pour dénicher des talents, comme Pedro. D’amis en amis, de bouche à oreille, une communauté d’artistes se consolide rapidement. “Aujourd’hui, il y a des amateurs de street-art, des jeunes rappeurs, des troupes de danseurs hip-hop et même des stylistes et des photographes ect” liste fièrement Morghen, membre de BOTV “On n’a pas réel cadre, on veut juste mettre en avant des artistes en marge”

BOTV se considère comme un média, un canal qui offre de la visibilité aux artistes. Par exemple, chaque actualité de Pedro est relayée via la page Facebook de l’asso qui est suivie par 580 personnes. “580 personnes c’est encore peu mais c’est un public impliqué. C’est déjà une sacré visibilité quand on débarque fraîchement et qu’on cherche à se faire un nom” confie Yann, fondateur de l’association. Pour Pedro rejoindre une communauté de fidèle était nécessaire “Je bosse en intérim la journée parfois le soir, je n’ai pas le temps de m’occuper de ma communication. D’ailleurs c’est le cas de beaucoup d’autres artistes. On n’est pas encore autonomes”

Un atelier à ciel ouvert s’organise tous les mois

Outre la communication par les réseaux sociaux, le collectif a créé un concept bien à lui, le One Culture : un événement mensuel que l’équipe organise pour promouvoir leurs pépites de l’art urbain. Un mercredi par mois, ils privatisent un bar au coin de la rue Courbin et ils organisent un après midi de l’art urbain.

Artiz réalise son graph en live à l’occasion du One Culture – crédit, Silver MBA

La rue et le bar se transforment en atelier à ciel ouvert où les artistes affiliés à BOTV viennent réaliser leur performance. Le paysage est insolite, une exposition photo sert de décor à une troupe de hip-hop qui dansent sur le flow de Pedro. Plus loin, Morghen membre de BOTV interview Luidji, lui aussi rappeur. Derrière eux, Artiz avance sur son graph sous le regard émerveillé des quelques participants. « J’ai déjà participé à 3 One Culture” confie Pedro “L’ambiance est incroyable, chacun se complète. Il y a une vrai synergie et c’est aussi très inspirant.” C’est d’ailleurs à l’occasion d’un One Culture qu’un DJ renommé a repéré le jeune rappeur. Il m’a proposé de faire de la scène avec lui. Vous imaginez ma tête? J’ai accepté sans hésiter. Désormais je peux me permettre de faire des prestations rémunérées et puis je suis porté par une dynamique qui m’incite à me dépasser, créer plus ; mieux ; différemment. »

Rue Courbin, Pedro se fait interviewer sur sa prestation à l’occasion d’un One Culture

Silver Mba est photographe, il participe aussi régulièrement à ces après-midi : « Il y a un côté culturel urbain convivial – très dynamique comparé à ce que je fais d’habitude – c’est jeune – frais. » Pour Yann, “C’est cet éco-système valorisant permet aux artistes de prendre confiance. Nous on joue les parrains bienveillants.” mais On n’est pas un label précise Morghen. Rémunération aucune. L’équipe a obtenu le statut d’association à but non lucratif en juillet 2016 “sauf que forcément travailler bénévolement c’est bien mais ça restreint l’efficacité de notre démarche.” ajoute Yann.

L’équipe et les artistes se sont réunis dans ce bar à l’occasion du One Culture

Une entreprise prometteuse mais encore fragile

L’association avance à tâtons, faute de temps et d’argent, « ça fait un an qu’on existe officiellement mais on travaille tous les 5 à plein temps donc on s’occupe de BOTV en rentrant du travail et le week end » explique Morghen. Pour l’instant il n’y a pas de modèle économique, chaque membre participe à hauteur de 100 euros par mois pour organiser les évènements et louer le matériel. C’est peu, comparé à leur ambition. Effectivement, le collectif a lancé en septembre sa propre marque de vêtements et aimerait créer sa propre radio. Des projets de tailles pour une si petite structure.

Néanmoins, un de leur rêve et sûrement le plus ambitieux pourrait enfin se réaliser : celui d’ouvrir un centre culturel dédié à l’art urbain. « Avoir des vrais locaux où chacun des artistes peut s’entraîner avec du matériel à disposition, créer une vraie couveuse, comme un One Culture à plein temps en somme » explique Morghen.

BOTV s’est donc mis en quête de subventions depuis le début de l’année. Pour Yann, le soutien de la mairie est indispensable « on a déposé plusieurs dossiers, mais pour l’instant c’est sans réponse ». Mais l’équipe ne désespère pas « On a rencontré des élus de quartier, ils étaient séduit » ajoute Morghen. Mais de là à ce que ce genre de financement soit prioritaires… L’association commence aussi à prospecter vers les investisseurs privés ou les plateformes de crowd-founding.

Gazé Fam’s c’est un groupe de huit danseurs de Bordeaux. Ils pratiquent le KRUMP, une branche du hip-hop qui est née aux Etats Unis

En tout cas, pour Pedro c’est une idée qui mérite d’être exploitée : « Oui il y a déjà beaucoup de centres culturels à Bordeaux, mais c’est souvent  mono-art avec un panel d’artiste limité. Ces organisations ne sont pas si ouvertes qu’elles le prétendent. BOTV donne une voix à des gens qui n’osent pas encore s’exprimer qui font leurs premiers pas sur scène. Donner un cadre à tout ça, c’est permettre de partager et de tisser un réseau. Pérenniser cet écosystème. »

Même si le centre culturel est encore loin d’être inauguré, le collectif peut se reposer sur une communauté fidèle et impliquée. Pour Pedro, qui est aujourd’hui sur une lancée prometteuse, lâcher l’association est inconcevable. Il nourrira la communauté autant qu’il le peut et pourquoi pas pour jouer le rôle de grand frère avec les nouveaux arrivants. « Notre communauté est sous représentée à Bordeaux, on veut réveiller la belle endormie! Lui apporter ce côté grunge qu’on peut trouver à Berlin ou encore à Amsterdam, créer notre Jamel Comedy Club de l’art urbain »

Marie Toulemonde