Numérique : enjeu crucial pour les jeunes générations

Personne n’y échappe. Bientôt, savoir coder et, plus largement, maîtriser l’ outil numérique deviendra une compétence aussi nécessaire que de savoir lire, écrire et compter. Les jeunes générations, celles des années 2000, sont nées avec internet et en maîtrisent déjà les grandes lignes. Mais en-ont-elles en usage raisonné ?

Les enfants décomposent le jeu Pacman avec le logiciel Scratch. (Crédits : Pierre Billaud)

 

« A onze ou douze ans, certains parlent déjà de dark web ». Maud, du projet Abracodabra, n’a pas affaire à des néophytes. Elle anime l’atelier de création numérique à la maison de quartier bordelaise Union Saint-Jean.  Au programme, la décomposition du célèbre jeu Pacman,  via le logiciel de programmation Scratch. Développé par le  MIT Media Lab du  Massachussets Institute of Technology (MIT) , les écoliers français y sont désormais initiés. Mais selon Maud, « dans les ateliers pour les plus petits, certains me disaient « J’aime pas Scratch », car l’instituteur leur faisait dessiner des carrés ».  L’atelier de création numérique entend proposer aux enfants  une manière plus ludique d’utiliser cet outil.

Abracodabra, c’est un projet est né en janvier 2017. « J’ai appris le code et la programmation lorsque j’étais au Canada, pour mes études d’art. C’est également là-bas que j’ai découvert l’éducation aux enfants », précise Maud. « Une fois rentrée en France, il m’était difficile de trouver un job. J’ai donc créé Abracodabra avec Audrey, mon acolyte.  Nous nous sommes lancées dans l’apprentissage du codage à des jeunes publics ».

Crée ton propre Pacman

Ici, les cinq jeunes garçons recréent leur propre Pacman. L’un a choisi une « Pac-girl », un autre un « Pacman-Mario », on trouve aussi un « Pacman-Yoshi ». Un des enfants, Calliste, semble particulièrement à l’aise : « Regardez, j’ai programmé un nouveau jeu sur Scratch. C’est un morpion. Le seul petit bémol c’est qu’on peut mettre une croix par-dessus un rond dans la même case ».

Pour Maud, « les parents qui inscrivent leurs enfants  sentent que les aptitudes informatiques de leur progéniture les dépassent. Ils préfèrent que ces compétences soient encadrées ». Ces jeunes gens sont  « un peu accro aux jeux vidéo ». Leurs parents veillent à ce qu’ils ne restent pas passifs  et comprennent le fin mot de l’histoire,  l’importance du numérique ». Même son de cloche chez Thierry Abentin, responsable de l’espace numérique créé en janvier à l’Union Saint-Jean. « Je suis partisan d’une sorte de  permis d’utilisation d’Internet. L’outil informatique reste un outil, auquel il faut donner du sens, et pas une fin en soi. Il est  primordial de sensibiliser les jeunes publics aux dangers d’Internet et des réseaux sociaux. On aborde notamment la question de la diffusion de leurs infos personnelles ou de leurs photos … ».

La maison de quartier mène plusieurs actions en concertation avec les écoles environnantes qui mettent en œuvre les Temps d’Activité Périscolaire. « On propose également des ateliers de vidéo ou de musique assistée par ordinateur ».

« Au début on avait surtout des enfants de geeks »

L’avènement du tout-numérique pose naturellement la question des inégalités entre les « gosses de riches », (et par extension désormais les « gosses de geeks ») et les enfants dont les parents ont des moyens limités.  Sans rentrer dans une rhétorique bourdieusienne classique,  l’école était déjà un  lieu de reproduction sociale à l’époque où le matériel strictement nécessaire se limitait à quelques cahiers et stylos. Qu’en sera-t-il si les petits doivent posséder un ordinateur assez performant pour plancher sur leur cours de programmation?

« Au début, on avait surtout des enfants de geeks », confirme Maud. « Mais ça a un peu évolué, les origines sociales des participants sont plus diverses maintenant. On essaye le plus possible de les faire participer à des événements gratuits, afin de n’exclure personne ». Du côté de l’éducation nationale, « dans les collèges il y a des profs de technologie qui se bougent vraiment pour faire équiper leur établissement avec du matériel de qualité, pour que tous les enfants puissent maîtriser les outils numériques ».

 Former également les professeurs, pour des actions durables 

Faire des élèves des internautes responsables, c’est également le credo du Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information (CLEMI). Relié à l’Académie de Bordeaux, il entreprend peu d’interventions directes devant les élèves. Isabelle Martin, déléguée académique à l’éducation aux médias d’information, les juge « trop ponctuelles ». « Nous pensons qu’il est plus efficace de former les enseignants, pour inscrire notre action dans la durée ». Fort d’un réseau de 700 professeurs référents pour l’éducation aux médias, le CLEMI inculque aux enseignants plusieurs notions fondamentales.

Sont abordés les enjeux relatifs aux publications sur le web et les réseaux sociaux.  Les  cadres légaux, notamment celui de la liberté d’expression, sont également au programme. « On les initie aussi à la veille informationnelle », souligne Isabelle Martin. « Les stages que l’on propose sont très demandés. Le niveau de maîtrise des outils numériques est assez hétérogène, mais on peut vraiment compter sur un groupe de professeurs innovants ».  Bien leur en prend, à ces professeurs innovants, tant la maîtrise des outils numériques conditionnera sûrement l’avenir de millions d’enfants.

Pierre Billaud

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