La Maison et demie : un nouveau lieu de vie étudiant sur le campus de Pessac

L’université Montaigne-Montesquieu s’est fixé un objectif pour 2018 : faire du campus un réel espace de vie étudiante et non plus un simple lieu de passage. Le collectif bordelais « Le Bruit du frigo », formé d’architectes et d’urbanistes, a planché sur une construction en bois supposée réunir les étudiants en dehors de leurs cours. Un défi de taille pour la Maison et demie.

A la sortie du tramway Montaigne-Montesquieu, une construction en bois, surlignée de jaune fluo, attire le regard. Derrière la maison, des nappes et des transats sont disposés sur la pelouse qui longe les rails. Un atelier compost se termine, des étudiants viennent se renseigner auprès d’un producteur maraîcher, tandis que d’autres concilient travail et soleil en investissant les quelques tables disponibles dans la partie couverte du lieu. L’ensemble dénote au milieu de la série de bâtiments en béton gris.

«  Les étudiants ont une expérience de la fac très restreinte »

Jeannette Ruggeri, de l’association d’architectes et d’urbanistes « Le Bruit du frigo », responsable du projet, explique que la Maison et demie est née d’une volonté de l’université d’ « interroger la vie de manière générale sur le campus » et de « créer de la convivialité ».

La Maison et demie est le plus projet le plus coûteux de la mission « Campus en commun » (photo J.Rabajoie-Kany)

Une mission de concertation, « Campus en commun », a été lancée cette année afin d’évaluer tous les chantiers d’amélioration de la vie étudiante sur le site universitaire. Selon J. Ruggeri, si l’université Montaigne-Montesquieu se lance sur ce type de projet, c’est qu’elle estime qu’il y a un vrai manque de connexion entre la ville de Bordeaux et le campus. « Les étudiants ont une expérience de la fac très restreinte. Ils arrivent pour leurs cours et repartent juste après. Ils ne restent pas car ils n’ont aucune raison de se balader sur le campus. Ce dernier n’est pas conçu comme un espace de convivialité. »

Agnès Wahl, coordinatrice Campus en commun, ajoute : « On s’est rendu compte que les représentations sur ce campus étaient assez négatives. Ce qui est ressorti de la concertation, c’est le béton, le gris, les bâtiments délabrés. Mais on a un manque de moyens lié aux baisses de dotations. Les universités ne dégagent pas de ressources propres mais doivent être de plus en plus autonomes.  »

« On pourrait boire des demis à côté de la Maison et demie »

Basile, 18 ans, étudiant à l’université Montaigne, émet un avis plus positif. Auparavant en licence de chimie sur le campus de Talence, sa « perception de la fac a totalement changé en arrivant à la fac de Montaigne cette année. Avant je ne m’attardais jamais sur le campus. Maintenant je reste pour rencontrer des gens. Là, par exemple, j’avais prévu de rentrer bosser et au final je suis resté ». 

Basile et son ami Christian, 19 ans, aiment l’idée d’un lieu atypique qui puisse fédérer du monde en dehors des bâtiments du campus, et qui puisse être géré par les étudiants. « On veut ramener des gens et créer de la cohésion sociale. La pelouse (sur laquelle est installée la maison) est un espace qui pourrait permettre de faire des évènements super cool mais est totalement inexploitée, c’est dommage. L’Université n’a pas pensé à mettre en valeur les espaces verts. »

Christian, 19 ans, veut que la Maison et demie accélère la cohésion sociale sur le campus (photo J.Rabajoie-Kany)

 

Pour l’inauguration du lieu, un barbecue a été organisé.« Des gens ont ramené leur viande, leurs légumes, pour tout partager », raconte Basile, ravi de l’initiative. Le barbecue de lancement a attiré, selon Jeannette Ruggeri, « entre 250 et 300 personnes ». De quoi attirer des associations déjà mobilisées sur le campus, comme Etu’Recup, qui avait monté différents stands : cuisine,  friperie, compost… De quoi inciter les étudiants à se rencontrer et penser à la façon dont ils pourraient investir le lieu.

Basile et Christian ont déjà des idées pour s’approprier la Maison et demie. Ils veulent y organiser des évènements festifs et y faire couler la bière à flots. Le nom du lieu les a inspirés. « On pourrait boire des demis à côté de la Maison et demie », plaisante Basile. Cependant, l’institution universitaire reste toujours frileuse sur la présence d’alcool lors d’évènements festifs.

Si la Maison et demie est à accès libre, elle est encore fortement associée à l’administration universitaire. Agnès Wahl reconnaît que les étudiants ont des doutes sur ce qu’il est possible d’organiser sur le campus. D’où une certaine timidité :  » les gens n’osent pas investir le lieu comme ils l’entendent. Ceux qui m’ont contactée jusqu’à présent pour la Maison et demie sont des associations étudiantes, des acteurs qui ont l’habitude de travailler avec nous. Il n’y a pas de projet concret à titre individuel.  »

La Maison et demie est le projet le plus visible et le plus cher de Campus en commun. Pourtant, la maison va être déconstruite à la fin de l’année universitaire. Elle va laisser la place à d’autres constructions (containers ou tétrodons sont envisagés) pour deux ans, le temps que se finissent les travaux de réaménagement du campus. Ces constructions éphémères sont un moyen pour Agnès Wahl de « faire bouger les habitudes institutionnelles. On a l’habitude de faire tout sur un temps long, avec des normes contraignantes. On doit s’ouvrir à de nouveaux usages. »

Julianne Rabajoie-Kany

 

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