“L’école des bois cultive le champ des intelligences”

L’école est en pleine révolution. Elle change sur la forme à travers ses nouveaux rythmes mais on songe aussi à réformer son fond. Suppression des notes? Valorisation de l’élève? Apprentissages diversifiés? L’école des bois,  pourtant vieille de cinquante ans pourrait  être avant-gardiste et ressembler à l’école de demain. Reportage.

école des bois

L’école des bois autour des vignes de Smith Haut Lafitte à Martillac

 “L’école de toutes les intelligences”, peut on lire sous le nom de l’école privée sous contrat de Martillac. “ Dans cette école, on considère que l’enfant est global, qu’il a des qualités qu’il ne soupçonne même pas! Tout homme est utile à la société. Nous héritons de la bienveillance chrétienne” explique la directrice, Albane Motais de Narbonne. A l’école des bois, l’intelligence n’est pas qu’académique mais revêt de nombreuses formes. La pédagogie repose en effet sur la “théorie des intelligences multiples” définie par Howard Gardner en 1983. “La question n’est pas de savoir combien l’élève est intelligent mais comment il l’est.” écrivait le psychologue américain dans Frames of mind: the theory of multiple intelligence. Créée en 1963 par Yvette Courrèges qui avait hérité d’un grand domaine, l’école réside dans des bois de quatre hectares, autour des vignes du château Smith Haut Lafitte. Elle compte 240 enfants de la petite section au CM2 répartis dans des cabanes en préfabriqué.

Suivre le rythme chronobiologique de l’enfant et apprendre autrement

Le matin sont dispensés des cours de mathématiques et de français. L’après-midi est quant à elle consacrée à de nombreux ateliers: menuiserie, jardinage, soin des animaux, couture, sport … Tout le monde y trouve son compte et participe à des activités différentes chaque jour de la semaine. Ces ateliers pédagogiques sont en lien avec le programme et permettent d’évaluer les enfants différemment. “Un enfant qui a des difficultés en mathématiques mais qui est bon en menuiserie peut regagner confiance en lui. Il y utilise en effet des notions de géométrie et apprend autrement, de façon concrète”, explique l’institutrice Catherine Merschardt. Tous les ans, les enfants participent à la construction d’un géant en bois, Monsieur Carnaval qui est ensuite brûlé le jour de sa fête. Lorsqu’ils s’occupent des animaux, les enfants sont responsabilisés, ça les fait grandir. “Un enfant autiste ne parle pas aux élèves et aux enseignants ou très peu mais il se confie aux animaux” raconte Catherine.

 Cultiver les intelligences et enrichir les différences

“Ces colombes en cage au milieu de la cour font partie de notre vie à l’école. On nous a dit qu’elles étaient le symbole de la paix!” explique fièrement Diego en classe de CE2.  “Le vivre ensemble”, tel est le thème choisi par l’école des bois cette année. “Cette notion est facile à comprendre sur le papier mais vivre avec les différences de chacun n’est pas facile à mettre en oeuvre même si c’est source de richesses” avoue la directrice.  L’école de Martillac est réputée pour accueillir des enfants qui “ne rentrent pas dans les cases” comme les hyperactifs, ceux qui ont des troubles du comportement, souffrent de dyslexie ou encore d’autisme.. “L’important c’est le dosage sinon on ne s’en sort pas” confie l’institutrice Elise Notais.

Le “vivre ensemble” se fait aussi entre petits et grands. Il existe depuis la rentrée une classe CP-CM2. “C’est une expérience très enrichissante! Elle responsabilise les aînés et stimule les plus jeunes! Chacun apporte à l’autre” se réjouit leur institutrice Siham Khélifa.

“Mes enfants ne s’étonnent plus de la différence!” confie Pauline Latapy, une mère de trois élèves à l’école des bois. “Ils sont par ailleurs très bien préparés pour le collège car ils sont épanouis et habitués à travailler avec des intervenants différents”. “La réintégration dans le système classique ne se passe pas toujours bien pour tous les élèves” nuance cependant la chef d’établissement.

L’école des bois pourrait donner des idées à l’école de demain: enseignements classiques le matin, ateliers l’après-midi, pas de notes mais des validations d’acquis.. En revanche l’école le mercredi? Non merci. « On a demandé l’avis des parents sur cette question. 93% d’entre eux ont refusé l’école le mercredi matin » explique Albane Motais de Narbonne. « Un repos en milieu de semaine est indispensable pour les enfants sinon ils sont beaucoup trop fatigués et ne suivent plus rien le vendredi » défend Catherine Merschardt.

A quand le collège des bois? Certains le réclament, d’autres y songent.

Pour plus d’informations sur l’école des bois http://www.ecole-des-bois.org

Pour comprendre la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner (1983): une vidéo explicative.

Ombeline de Fournoux