Vaccination contre la grippe : les pharmaciens entrent dans la partie

Il est aujourd’hui possible de se faire vacciner contre la grippe dans certaines pharmacies de Nouvelle-Aquitaine. Une expérimentation qui doit durer trois ans. Explications.

« Un devoir de santé publique. » Comme Yannick Frullani, responsable de la pharmacie François à Bordeaux, près d’un quart des 5 065 pharmaciens de la région ont déjà obtenu le droit de vacciner contre la grippe saisonnière, une autorisation basée sur le volontariat et délivrée par le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS).

Moins d’un Français sur deux (46 %) vacciné durant l’hiver 2016-2017

C’est pour tenter de remédier à ce problème que les pharmaciens des régions Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes ont obtenu, sur la base du décret n°2017-985 relatif à « l’expérimentation de l’administration par les pharmaciens du vaccin contre la grippe saisonnière » (publication au Journal Officiel du 11 mai 2017), l’autorisation de vacciner contre la grippe, aux côtés des médecins et infirmiers, jusque-là seules personnes habilitées à exécuter ce geste.

Yannick Frullani, pharmacie François, Bordeaux

Yannick Frullani, responsable de la pharmacie François à Bordeaux, fait partie des 1 156 pharmaciens déjà habilités à vacciner dans la région.

Vacciner, oui, mais à quelles conditions ?

Pour vacciner, les pharmaciens doivent avoir suivi une formation spécifique, respecter un cahier des charges et avoir reçu une habilitation de l’ARS. Un exercice maîtrisé par Yannick Frullani :

« J’ai obtenu l’autorisation de vacciner au terme d’une formation où on a pris le temps de nous expliquer la démarche et le protocole de soin. J’ai déjà réalisé mes premiers vaccins. »

A quelques kilomètres de sa pharmacie cours d’Alsace-Lorraine, cours de la Marne, son confrère Yoann Bonnet insiste sur le fait que les pharmaciens ont l’avantage de stocker directement les vaccins et donc de ne pas « rompre la chaîne du froid ».

Dans la pratique, la vaccination doit se dérouler dans un espace de confidentialité clos, accessible depuis l’espace client. A son arrivée, le patient se voit informé des bénéfices et des risques de la vaccination et signe un formulaire de consentement. Une fois l’injection faite, il doit patienter un quart d’heure afin que le pharmacien surveille d’éventuels effets secondaires, avant de recevoir une attestation comprenant le numéro de lot du vaccin. Yannick concède avoir dû s’adapter pour répondre à la demande des patients :

« Le principal changement pour nous se situe au niveau de l’organisation de l’officine. Le protocole de vaccination durant environ trente minutes (acte compris), cela implique d’être encore plus rigoureux et réactif dans notre travail. »

Qui peut se faire vacciner et combien ça coûte ?

Tout le monde n’est pas concerné par cette expérimentation. Les mineurs, les femmes enceintes et les personnes se faisant vacciner pour la première fois sont toujours tenues d’aller voir leur médecin, tout comme les personnes présentant un risque particulier et identifiées lors de leur entretien pré-vaccinal.

L’opération est avantageuse pour le patient à qui l’on propose la gratuité de la prise en charge. Le pharmacien perçoit quant à lui 4,50 euros par personne vaccinée et 6,30 euros pour la vaccination de personnes considérées comme vulnérables et bénéficiant d’un bon de l’Assurance maladie. Les ARS verseront par ailleurs une indemnité de 150 euros aux pharmaciens qui auront réalisé au moins cinq injections dans la saison.

Différents accueils

Si de nombreux pharmaciens se félicitent de cette décision, y voyant notamment la « reconnaissance de leur formation », comme tient à le rappeler Yannick,  tous ne partagent pas ce point de vue. C’est notamment le cas d’Hélène, pharmacienne en centre-ville, qui n’a aucun mal à affirmer que « chacun doit rester à sa place ».

Pas de vaccin réalisé dans cette pharmacie

Cours d’Alsace-Lorraine à Bordeaux, la vitrine de l’officine d’Hélène – pharmacienne depuis 33 ans – parle d’elle-même : ici, on ne vaccine pas.

Emilie, jeune trentenaire de la pharmacie Saint-Jean partage elle aussi cet avis : 

« La vaccination sort du champ d’exercice du pharmacien qui doit avant toute chose jouer un rôle de prévention et de sensibilisation. »

Mais ce sont surtout les médecins libéraux qui sont les moins favorables à la mise en œuvre du décret. Pour Didier Simon, vice-président de l’Union Régionale des Professionnels de Santé – Médecins Libéraux (URPSML) de la région Nouvelle-Aquitaine, l’extension de l’autorisation à vacciner n’est pas forcément la bonne solution :

« Les gens font davantage confiance à leur médecin pour se faire vacciner. Le problème repose essentiellement sur le fait que nous n’avons pas les vaccins dans les frigos. »

Et d’ajouter :

« Dans les années 1985-90, la politique de santé était différente, on nous fournissait directement en vaccins. La situation est différente aujourd’hui. A l’URPS, nous travaillons justement sur un projet en faveur de la restauration du médecin vaccinateur. »

Derrière cette question de la vaccination en pharmacie, c’est avant tout l’implication des professionnels d’officine qui est testée. Cette responsabilisation du pharmacien dans le geste vaccinal était en effet une de leurs principales demandes depuis longtemps.

Rendez-vous en 2020 pour une première évaluation.

Florian Chaaban

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