L’art contemporain pour les nuls

Le départ est donné allée de Tourny à 14h30 -Photo Olivier Mary

A l’occasion de la traditionnelle journée sans voiture dans le centre ville, le bus de l’art contemporain conduit jusqu’à soixante dix personnes vers des expositions proposées par des galeries, des musées et des collectifs d’artistes à travers la ville de Bordeaux… Pour la modique somme de cinq euros. Le but est de promouvoir l’art contemporain et de l’ouvrir à un public plus large. Une mission délicate…

Sur le papier, l’idée peut paraitre excellente. Visiter en un après-midi quatre expositions d’art contemporain. Pas besoin de se préoccuper du transport, un bus est prévu à cet effet. Une médiatrice culturelle est à bord et commente les lieux visités. Pour la somme de cinq euros, le menu est copieux. 14H30, le bus se met en marche:direction le jardin botanique pour la première exposition.

Une visite où le temps est compté

Celle-ci s’intitule Déjà-vu, elle présente les œuvres du peintre Guillaume Toumanian, en particulier son travail sur les paysages. Après cinq minutes de déambulation, la guide interpelle le public, une rencontre avec l’artiste est prévue et nous sommes invités à poser des questions. Rencontrer des artistes, un bon moyen de démocratiser l’art contemporain. Guillaume Toumanian est par ailleurs très affable et explique sont travail avec pédagogie.

Mais après environ dix minutes d’échanges très intéressants, les spectateurs sont invités à regagner le bus. La plupart n’ont même pas vu la moitié des tableaux ! Mais les spectateurs ne bronchent pas, je constate que beaucoup sont des fidèles visiblement habitués à ce type de visites. Pour les nouveaux venus, c’est la soupe à la grimace, être pressés par le temps dans un musée un dimanche après-midi… Un comble ! Nous sommes attendus au CAPC à 15H30.

L’exposition que nous allons visiter se nomme « Sociétés secrètes. Savoir, oser, vouloir, garder le silence ». Elle est organisée par la Schirn Kunsthalle de Francfort en collaboration avec le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux. Elle regroupe différentes œuvres d’artistes contemporains travaillant sur des supports allant de la peinture en passant par la sculpture, la vidéo, la photographie… Autour du thème des sociétés secrètes. Pléthorique, et d’une approche assez radicale et conceptuelle, plusieurs heures semblent nécessaires pour la décrypter.

Après cinq minutes de présentation, la guide nous demande de la retrouver à l’entrée du musée à 16h20: A peine vingt minutes pour une exposition ardue répartie sur deux étages ! Il faut faire un choix: Prendre son temps mais ne se concentrer que sur quelques œuvres ou voir l’ensemble à toute vitesse. Si l’on souhaite faire découvrir et apprécier l’art contemporain, la méthode est contreproductive. De retour dans le bus, une bonne quinzaine de spectateurs manquent à l’appel, probablement toujours au CAPC…

Le bus se dirige à présent vers le FRAC Aquitaine pour découvrir l’exposition « Au loin une ile ». Le programme précise que l’œuvre de Uriel Orlow  « The short and the long of it 60 », réalisée en 2011 va être présentée au public. Seules des œuvres d’autres artistes sont montrées au public.Pourtant, une photographie tirée de cette exposition orne le programme du 4 décembre…

Dernière étape à la galerie MLS qui expose des œuvres de Marion Stille. Une fois encore, le temps est compté, un mini-concert de musique improvisée doit conclure l’après-midi. Il est 18h15, tout le monde semble fatigué.

Un fort sentiment de frustration

Les créateurs de l’opération « le bus de l’art contemporain », dont le but est de démocratiser des productions artistiques actuelles, oublient que l’art quel qu’il soit nécessite de prendre son temps pour être apprécié à sa juste valeur, en particulier l’art contemporain. En privilégiant un grand nombre d’expositions sur un laps de temps très court afin de ne pas lasser le public, cette manifestation ne sert pas le travail des artistes. On en sort avec un fort sentiment de frustration et l’impression que l’on a rien retenu de ces visites, pas la moindre émotion. La démocratisation de l’art par le biais de visites à la manière des voyages organisés a ses limites. Les passionnés d’art ne peuvent y trouver leur compte. Afin de profiter pleinement de ces expositions de qualité, il est nécessaire d’y retourner en oubliant le diktat du chronomètre.

OLIVIER MARY

Infos pratiques

Tarif unique 5 €

70 personnes maximum-Réservation, vente de tickets et départ du bus au Kiosque Culture, allées Tourny. Tél: 05 56 79 39 56

One Comment
  1. Madame, Monsieur
    Bien plus qu’un commentaire, je me permets de vous déposer une œuvre d’art versée au catalogue du non-objet « Commentaires » sous le numéro : com179/Avril/2013
    Vous avez par cet article réussi quelque peu à rendre plus concrètes mes nombreuses œuvres absentes.
    Merci.
    Olivier Borneyvski

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