La Morue noire, l’art contemporain à la sauce bèglaise

Yves1

Le sculpteur Yves Cormier installe ses créations en vue de la biennale 3D.

Ces jours-ci l’activité est débordante à la Morue noire, les sonneries de téléphone récurrentes en sont la preuve. Tout le monde prépare activement la biennale 3D dont le vernissage est prévu le 6 novembre prochain. Dans la salle d’exposition principale, Yves Cormier peaufine l’installation de ses sculptures. Créées à partir de divers matériaux, certaines sont articulées et d’autres équipées de moteurs électriques, illustrant parfaitement le thème « mouvement et langage » de cette année. L’événement est organisé sur deux sites : dans les locaux de la Morue noire ainsi qu’au bâtiment 20 du site des Terres Neuves. Ubiquité donc, mais sans la « double temporalité » incomprise d’un grand événement bordelais récent…

« Nous sommes tous dans la même démarche, celle d’exister ensemble en faisant ce que l’on aime. »

Lorsqu’une énième déviation pour travaux vous amène à emprunter l’allée Francs à Bègles, la vue du site de la Morue noire ne peut que vous surprendre. Cette ancienne sécherie, vestige du passé morutier de la ville, est entourée d’œuvres d’art exposées à ciel ouvert. Le décor ainsi créé est délirant : un géant de fer jaune garde le portail, des cheminées bleues sortent du sol, un poisson géant en acier oxydé semble longer le grillage. Cette exubérance créative détonne dans le paysage ordinaire du quartier. Mais si ce bâtiment offre l’espace nécessaire aux artistes, sa situation à l’écart des grands axes est un handicap certain. Le sculpteur Michel Lecoeur, co-fondateur du collectif, déplore ce manque de visibilité et verrait bien la Morue noire installée dans un hangar des quais. « On n’a pas fait le choix d’être ici. Le choix était de faire un collectif ». Un concept apprécié et soutenu du côté de Bègles mais snobé par les décideurs bordelais.

Le collectif est né début 2003 avec le statut d’association loi 1901 et la volonté de « sortir de l’ordinaire bordelais ». L’idée de partage, la dimension collective en sont les fondements. « Le but étant de ne pas bénéficier de l’art tout seul mais ensemble », précise Michel. Une ouverture sur les autres qui ne se limite pas aux artistes mais concerne tout le monde. Chacun est donc invité à visiter les ateliers, les salles d’exposition et venir discuter avec les artistes. Pour ceux qui veulent s’essayer au pinceau, Philippe Prymersky propose des cours de peinture. Il met l’accent sur la technique, un aspect souvent délaissé dans ce genre d’enseignement. « Dessiner en proportions, faire des glacis, étudier la chronologie d’une peinture » sont pour lui des savoir-faire essentiels pour progresser.

A l’heure de l’individualisme triomphant, de la « moi génération », l’idée d’additionner les talents dans un élan collectif semble utopique. Pourtant ça marche du côté des « morutiers ». A leur niveau, certes. Mais sans dépenser des millions d’euros, ils réussissent à sensibiliser les gens à l’art contemporain tout en refusant l’élitisme et en demeurant accessibles. Une simplicité naturelle qui facilite les échanges, à 20 000 lieux des discours abstraits des organisateurs d’Evento.

Sébastien Jaime

Françoise2

Françoise Bertero utilise sa propre image pour se mettre en scène en associant photographie, peinture en spray et vidéo.

 

La biennale 3D a lieu du 6 au 29 novembre au bâtiment 20 des Terres Neuves et sur le site de La Morue noire, à Bègles.

Pour plus d’informations : www.lamoruenoire.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *