Les jeunes marcheurs courent après la politique

Les Jeunes avec Macron de Gironde entreprennent de grands chantiers pour rester actifs. L’ambition: un diesel qui alimente leurs objectifs politiques. Pourtant, tout n’est pas si facile pour les marcheurs juvéniles.

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Jules, des JAM33, interrompt quelques temps sa distribution de tracts pour pouvoir discuter… et convaincre. Photo L.M

En ce samedi matin, l’arrêt de tramway Hôtel de Ville prend des allures d’Agora. Cinq militants, des centaines de tracts et une foule de passants à convaincre. Mélissa, en binôme avec Xavier à la tête du département, harangue ses troupes : « je paie mes chocolatines pour ceux qui prennent des numéros ». Il s’agit bien là de draguer des militants potentiels. Malgré le froid, les tracts s’échangent et les marcheurs argumentent. « On reproche au gouvernement de taper sur les jeunes », constate Thomas l’un des responsables communication du JAM33 avant d’ajouter : « il faut expliquer la politique du gouvernement, diffuser ses idées, et cela pour convaincre ».

Infatigable, Mélissa argumente sur les enjeux de la politique du gouvernement pour les jeunes. Photo L.M

Sur le terrain, l’enthousiasme de Mélissa est un exemple. En tant que seconde référente départementale, elle écourte sa distribution pour expliquer sa démarche : « avant, je votais pour voter. C’est mon premier engagement en politique. » Pour elle, un des atouts principaux des JAM est son statut associatif (loi 1901). Cela garantit aux jeunes militants une indépendance et une autonomie vis à vis du parti. Mais pour l’heure, « il n’y a aucun désaccord » sur la politique du gouvernement. L’autonomie permet aussi selon elle de pouvoir organiser des événements sous l’étiquette JAM. Même si, reconnaît-elle, « la mission principale c’est d’aider sur la communication » et d’ajouter « les événements vraiment importants, c’est le parti qui les organise ».

Catherine Fabre, députée de la 2eme circonscription de Gironde, est venue soutenir les militants. Proche des JAM33, son arrivée encourage l’enthousiasme des jeunes marcheurs. L’occasion pour un selfie. Photo L.M

L’arrivée en vélo de Catherine Fabre, députée de la 2eme circonscription de Gironde, venue soutenir les jeunes marcheurs, participe de l’ambiance décontractée. Premier engagement politique pour cette professeure de l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises) de Bordeaux qui incarne le renouveau de la classe politique par les députés En Marche. Selon elle, les JAM33 ont joué un rôle clé pendant sa campagne : « ils sont jeunes et maîtrisent les outils d’internet ». Plus concrètement, la députée a fait appel à eux pour « réaliser des vidéos de campagne » et pour « une aide dans le développement de la stratégie de web-communication ». Très proche des jeunes militants, elle confie : « ils créent leur propre dynamique, c’est ce qui est intéressant, on marche sur deux jambes ». Une jeune énergie au service de la communication du parti LREM pendant les échéances électorales.

L’homme fort des JAM33

Xavier Giraud, référent départemental des JAM33 et assistant parlementaire, explique le principe des ordonnances à des passants parfois hésitants. Photo L.M

Xavier Giraud, assistant parlementaire et principal référent départemental des JAM, a déjà l’assurance d’un professionnel de la communication. Dans le local de la députée LREM Dominique David, ses réponses résonnent : calculées, précises. « La cible c’est les jeunes », il nous résume ainsi l’objectif de l’opération tract du samedi. La stratégie est claire : recruter et communiquer. L’action des JAM, pilier de la communication en faveur du vote LREM, devient moins indispensable dans un contexte post-électoral. Xavier Giraud précise : « nous sommes dans une période de relance de la dynamique, il n’y a plus d’échéances électorales à court terme ».

Cependant, Xavier Giraud a d’autres projets pour son mouvement : « nous, les jeunes, sommes une vraie force de proposition pour le parti » dit-il. Sa double casquette de référent départemental des JAM et d’assistant parlementaire le place en position de relais pour faire remonter les propositions de ses jeunes militants. Mais dans les faits, excepté lui-même, aucun des membres actifs n’a encore proposé d’idées : « nous n’avions pas le temps pour ça pendant les campagnes, il fallait être sur le terrain » se justifie-t-il. Le jeune assistant parlementaire s’entête : « je veux relancer une dynamique ». Selon lui, elle sera plus intellectualisante et prendra la forme d’ateliers avec pour objectif de « proposer quelque chose de concret ». Une carte à jouer pour les JAM qui s’affranchirait ainsi du rôle d’instrument de communication.

La stratégie: recruter pour former

Xavier Giraud estime le nombre de membres de l’association à 300. Il considère que 50 d’entre eux sont des militants actifs. Seulement 10% de ce groupe est donc présent pour le tractage de samedi… Deux hypothèses : soit la baisse d’activité se confirme au JAM33 ; soit ces chiffres n’ont aucune signification. Deux clics suffisent à s’inscrire comme membre sur le site JAM. De quoi semer la confusion dans le décompte.

Les étudiants sont la cible principale de « l’opération tract ». Quant aux objectifs: communiquer et recruter sonnent comme des leitmotivs. Photo L.M

Selon Jules, militant JAM, tout l’intérêt du mouvement est de créer un espace d’intégration pour les jeunes qui n’oseraient pas s’investir directement au sein d’un mouvement politique. Le prochain rendez-vous électoral pour le parti aura lieu en 2020 pour les municipales. Les JAM s’activent pour recruter afin de parvenir à s’imposer sur le plan de la politique locale. Xavier Giraud insiste : « je compte bien sur la présence de JAM dans les listes ». Passée celle du recrutement, la stratégie vise à former les jeunes : « pour beaucoup c’est notre premier engagement, il faut s’intégrer à l’ADN du mouvement » affirme Jules. Une formation qui reprend les mêmes schémas que celle qui concerne les néo-députés LREM, tels que Catherine Fabre. Les petits nouveaux sont formés par des vieux singes politiques qui leur imposent la même grimace.

Le pouvoir des jeunes marcheurs 

La position de force acquise par Xavier Giraud via son expérience politique permet de mettre en avant de nouvelles idées estampillées JAM : « par l’intermédiaire d’ateliers, je veux que la motivation des militants soit la fierté de porter un projet jusqu’à l’Assemblée ». Pourtant, la force de proposition des membres actifs des JAM33 est à nuancer. Ainsi, les futurs membres efficaces au sein du mouvement pourront être aspirés par le parti lui-même. Exemple: Sacha Houlié devient député après avoir été à l’initiative de la création des JAM. Xavier Giraud crapahute vers le même sommet. Pourquoi rester en équipe réserve lorsqu’on peut jouer le haut niveau ?

Le schème organisationnel du parti LREM et des JAM est similaire : Paris centralise tout et une idée doit être examinée à différents niveaux d’expertise. La commission nationale du parti LREM nomme un Whip (référence à la série House of Cards). Il est un député influent au sein de l’hémicycle. Son rôle : examiner les propositions d’un ensemble de députés cosignataires. Un chef d’équipe en somme, plus haut gradé de la Macronie. Alors : quelle chance pour une proposition des JAM33 de finir à l’Assemblée ? La prochaine génération d’élus locaux fera certainement ressurgir le terme d’« élus-godillots » dans le débat public. Pour le moment, les jeunes marcheurs de la région continuent leur trek politique.

Infographie: les interactions entre LREM et JAM. La flèche rouge décrit le parcours vertical d’une proposition jusqu’à l’Assemblée Nationale. L.M

Léo MARRON

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