« J’ai arrêté de fumer après une séance d’hypnose »

Fumer pendant 45 ans et arrêter avec l’hypnose, c’est possible. Cette méthode de sevrage tabagique s’avère mystérieuse mais efficace. Pourtant, elle est exclue de la campagne de prévention #Moi(s)sanstabac lancée, depuis le 1er novembre, par le Ministère des Solidarités et de la Santé.

« L’hypnose, c’est l’avenir. J’en suis hyper convaincue, surtout quand vous passez d’un paquet par jour à rien du jour au lendemain. » Il y a cinq ans, Anne-Marie, 60 ans, passe devant un cabinet d’hypnothérapie à Arcachon. C’est le déclic. Depuis, elle n’a plus jamais fumé une cigarette. Pour cette assistante maternelle, « les campagnes de prévention ne sont pas efficaces, même à la télé, ça ne fait rien. Je n’ai jamais rencontré des gens dans la rue qui me sensibilisent » déclare-t-elle avec déception.

Noëlle, 65 ans, confirme : « Je n’ai jamais arrêté de fumer lors des journées sans tabac. » Pourtant, le directeur général de Santé publique France, François Bourdillon affirme le contraire :

« Le succès de la première édition nous a montré que les Français étaient réceptifs à l’incitation positive dans l’arrêt du tabac. #MoisSansTabac agit comme un déclic dans l’esprit des fumeurs et doit s’imposer à l’avenir comme le rendez-vous qui les incite à passer à l’acte. »

Une campagne de prévention qui met en exergue des méthodes de sevrage traditionnelles efficaces selon Pascale Denis-Kandel, médecin généraliste et tabacologue à l’hôpital de Pellegrin. « Le problème c’est la reprise. On ne peut pas avoir une méthode définitive car le tabac, c’est une addiction. » Elle ajoute avec insistance : « Si les gens arrêtent de fumer après une séance d’hypnose c’est qu’ils ne sont pas addicts. » Pourtant, elle répond par l’affirmative à la question : une personne qui fume pendant 45 ans est-elle addicte ?

Noëlle : « Je ne fume plus, mais je peux m’asseoir à la terrasse d’un café même si c’était dur avant. » Crédit Photo : A.M.

Fumeuse durant 45 ans, Noëlle estime avoir tout essayé comme techniques pour arrêter de fumer. Mais, « ça n’a jamais fonctionné dans la durée. » La sexagénaire finit par s’orienter vers l’hypnothérapie. Après seulement une séance d’hypnose, elle arrête définitivement la cigarette. Il y a deux ans, Noëlle a remis symboliquement son dernier paquet de tabac à rouler à son hypnothérapeute.

« L’hypnose m’a aidé à remplacer le deuil de la cigarette par la fierté d’arrêter de fumer » déclare-t-elle avec enthousiasme.

Cette pratique naturelle et sans effet secondaire s’est largement développée sur Bordeaux et sur les réseaux sociaux selon Anne-Marie : « L’hypnose, on n’en parle pas beaucoup mais je vois de plus en plus de pubs sur Facebook. » Désormais, en cas de problèmes de poids ou d’anxiété, Anne-Marie se dirigera directement chez un hypnothérapeute. « Il faut trouver LA bonne personne. » Trouver l’hypnothérapeute compétent et la motivation sont indispensables pour rendre compte de l’efficacité de l’hypnose comme méthode de sevrage tabagique.

 

L’efficacité repose sur l’envie profonde

 

« L’efficacité de l’hypnose repose sur l’envie profonde. Il faut être motivé et avoir pris la décision d’arrêter de fumer » Laurent Ebounda, hypnothérapeute à Pessac voit son nombre de patients augmenter. Selon lui, les fumeurs se motivent à arrêter pour deux raisons principales : le coût et la santé. « Fumer était devenu un coût important. Avec ma petite retraite, c’était compliqué » confirme Noëlle. Pourtant, l’augmentation des paquets de cigarette à 10 euros en 2020 ne dissuade pas bon nombre de consommateurs.

Pour Irène, 49 ans et actuellement en invalidité, « la cigarette est une forme de béquille. » Il faut d’abord régler des problèmes de fond, liés à l’aspect psychologique avant d’entamer tout sevrage. « Je ne croyais pas du tout à l’hypnose » assure-t-elle. Pourtant, l’un de ses amis, hypnothérapeute, lui prodigue une séance à contre gré.  « Je n’ai pas fumé sans m’en rendre compte pendant 8 jours » s’étonne-t-elle.

« Je ne peux pas dire que l’hypnose ne fonctionne pas. Mais pour la cigarette, c’est quelque chose de plus profond. Je ne suis pas prête. »

Au centre anti-tabac de l’hôpital de Pellegrin à Pessac, Irène y déplore un suivi inexistant. « La tabacologue ne m’a pas aidée. Elle ne m’a motivée en rien. Je préfère donc retenter l’hypnose. » Une information qu’infirme Pascale Denis-Kandel : « Il y a des séances régulièrement : d’abord une fois tous les 15 jours puis une fois tous les mois, mais ça dépend de chaque personne. »

Laurent Ebounda, hypnothérapeute : « L’hypnose insuffle un souffle de positivité extrême. » Crédit Photo : A.M.

Laurent Ebounda propose « un protocole tabac » de deux séances à 180 euros. La première consiste à travailler sur les motivations réelles du fumeur et les éventuels problèmes plus profonds. La deuxième séance est quant à elle adaptée en fonction de chaque personne. « L’hypnose fonctionne car les séances sont individualisées. Il faut avancer dans la même direction que la personne. » Entre les deux séances, l’inconscient s’interroge. « Il faut laisser travailler l’esprit » raconte Laurent d’une voix calme, les yeux fermés.

« L’environnement de travail est quelque chose de primordial » insiste avec conviction l’hypnothérapeute. Fauteuil en cuir, cadre calme et lumineux, son cabinet permet à ses clients d’être pleinement concentrés pour se vider la tête.

« Il fallait une tête qui m’inspire confiance. Si j’avais eu en face de moi une gueule de pervers, je ne me serais pas laisser hypnotiser ! » atteste avec énergie Noëlle.

Mettre les patients en confiance semble être le mot d’ordre. « On donne beaucoup de nous-même. Ce métier est une passion » selon Laurent. Une passion qui peine à être reconnue dans le milieu de la médecine traditionnelle. « L’hypnose devrait être remboursée par la sécu, mais elle ne l’est pas, par méconnaissance. »

 

Une efficacité difficilement quantifiable

 

Pour Laurent Ebounda, la satisfaction de ses patients se reflète dans la recommandation de l’hypnothérapeute auprès de leurs cercles familiaux ou amicaux.

« Je n’ai pas de chiffres sur l’efficacité de l’hypnose car je ne rappelle pas mes clients. Sinon, ils pourraient penser que je ne suis pas sûr que ça marche. Or, je n’ai aucun doute. »

L’efficacité de l’hypnose est difficilement mesurable. Si les témoignages recueillis confirment un effet réel, il n’existe pas à l’heure actuelle de données chiffrées. Néanmoins, une des rares études sur l’hypnose a été publiée en 2015. La variabilité des résultats compliquent la quantification. Il existe suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel. Mais, « il faut souligner l’absence de résultats concluants en faveur de l’intérêt de l’hypnothérapie dans le sevrage tabagique » indique ce rapport sur l’évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose.

Dans un avis de la Haute Autorité de la Santé (HAS) de 2006, « les thérapeutiques non recommandées dans l’aide au sevrage tabagique sont : (…) l’hypnose ». Interpellé par téléphone et sur Twitter, le Ministère de la Santé n’a pas donné suite aux questions posées sur l’hypnothérapie.

Les études minimes sur l’hypnothérapie dans le sevrage tabagique amène la question suivante : les lobbys anti-tabacs et pharmaceutiques font-ils pression pour délégitimer l’hypnose ? « Oui bien-sûr », répond Pascale Denis-Kandel d’une voix timide. Quant à Laurent Ebounda, il l’affirme : il y a un intérêt financier. « On laisse du tabac en vente libre géré par l’Etat, et ça génère des impôts. » Selon lui, la campagne #Moi(s)sanstabac est inefficace, « mais c’est mieux que rien. » Laurent reste optimiste. Il envisage de faire sa propre campagne de prévention dans les mois prochains. Une campagne qui proposera un sevrage alternatif aux 1,3 millions de fumeurs quotidien en Nouvelle-Aquitaine.

Asma Mehnana

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