« Heis », le film fait main

C’est gagné pour Anaïs Volpé: son film Heis, réalisé avec un micro-budget, sortira dans les salles en 2017. Un pari osé, tant le cinéma aujourd’hui semble synonyme de gros sous. Retour sur le parcours de ce long-métrage, gagnant de la compétition Contrebandes au Festival international du film indépendant de Bordeaux (FIFIB), en octobre 2016.

 

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Anaïs Volpé (à gauche), est la réalisatrice, mais aussi l’actrice principale de « Heis ». C’est son deuxième film, après le court-métrage « Blast ». A droite, Emilia Derou-Bernal. Crédit photo : Heis

 

Le mardi 22 octobre 2016, le jury de la compétition Contrebandes du Fifib rend son verdict : c’est Heis qui gagne le grand prix de 2500 €. Cette année, le festival a ouvert sa programmation à des films faits avec un micro-budget, et sans producteurs. Des critères auxquels répond le film d’Anaïs Volpé. Ce projet « Do It Yourself » (tout a été fait à la main, par une équipe réduite) revendique son mode de fonctionnement. On y raconte l’histoire de Pia, une jeune femme qui hésite entre suivre ses rêves ou rester fidèle à sa famille. L’occasion de parler des jeunes aujourd’hui, qui « galèrent, mais en même temps se débrouillent comme ils peuvent » explique Anaïs. Images d’archive, scènes sans sons ou encore plans flous… Pas le genre de film a priori, qu’on voit au cinéma. Pourtant, au Fifib, Heis a conquis les amateurs et les professionnels.

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« Heis », c’est l’histoire de Pia, 25 ans, qui se voit obligée de retourner vivre avec sa famille. Alors qu’elle souhaite vivre de sa passion et tente de décrocher une bourse artistique, son frère, Sam, lui rappelle ses devoirs envers sa famille. Crédit photo: Heis

Akéla Sari joue la mère de Pia et Sam. Après son divorce, elle a seule ses deux enfants.

La mère de Pia et Sam, interprétée par Akéla Sari. Après son divorce, elle a élevé seule ses deux enfants. Crédit photo: Heis

Matthieu Longatte joue Sam, le frère jumeau de Pia. Il a abandonné sa carrière de boxer pour rester avec sa mère.

Sam, le frère jumeau de Pia, interprété par Matthieu Longatte. Il a abandonné sa carrière de boxeur pour rester vivre avec sa mère. Crédit photo: Heis

 

Début de projet à Pékin

Retour en arrière, en 2013: Anaïs Volpé est en voyage à Pékin lorsque l’idée de Heis lui vient. Elle commence à tourner des séquences, reçoit une bourse de l’Institut français en Chine pour commencer le scénario. C’est la seule aide financière dont elle bénéficiera. Elle réalise d’abord une série, et décide de décliner ensuite un film sur le même thème.

Au début je tournais avec un Iphone, et c’était même pas le mien ! »

Réaliser le film en DIY est un véritable choix, et non une obligation : « J’étais dans une période de recherche, avec du collage, des archives, un peu de voix-off… Quelque chose qui pouvait très bien être fait de manière DIY. […] Comme tout s’est fait au fur et à mesure, j’étais pas dans un esprit « j’ai une idée, et je vais essayer de demander plein d’aide ». En plus, comme le film parle de la jeunesse qui bricole pour arriver à réussir sa vie, ça me semblait plus honnête de faire le film de cette façon-là. » « On m’a prêté pas mal de matériel, après de mon côté j’ai commencé à acheter des choses d’occasion. Au début je tournais avec un Iphone, et c’était même pas le mien !» A force de débrouille, Anaïs arrive au bout de son film : « Sur ce projet, on a fait beaucoup d’échanges de service. On s’entraide sur nos projets respectifs. Les acteur étaient bénévoles. » Un procédé qui a bien sûr impliqué beaucoup d’investissement de la part de la petite équipe: «dans l’équipe technique on était très très peu, j’ai un ami qui est venu trois jour m’aider pour prendre le son, j’ai fait le montage, j’ai fait pas mal de choses à la techniques avec Alexandre Desane [un des acteurs du film]». 

Finalement, les galères ont aussi amené Anaïs à redoubler d’imagination. Dans une scène, les personnages sont ainsi très éloignés de la caméra, et pourtant on les entend chuchoter: «ce jour-là, on ne pouvait pas faire de prise de son. Si cela avait été possible, je n’aurais jamais eu l’idée de créer une rupture entre le son et l’image».

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Le film terminé, Anaïs l’envoie à plusieurs festivals. Le film est sélectionné à celui de Los Angeles. Bilan : une salle remplie et le prix du jury pour le meilleur film international.

Le succès au Fifib

Après le LA festival, place au Fifib. En octobre 2016, Anaïs Volpé et ses acteurs sont à Bordeaux pour présenter Heis. Le festival innove avec la compétition Contrebandes. « On recevait chaque année des films faits sans moyen, avec beaucoup de qualités mais il était difficile de les faire concourir avec des oeuvres faites avec des vraies équipes professionnelles » explique Johanna Caraire, la co-directrice du festival.

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L’équipe du film, Matthieu Longatte, Alexandre Desane, Emilia Derou-Bernal et Anaïs Volpé, à la sortie du cinéma l’Utopia à Bordeaux. Heis a été très bien accueilli par le public du Fifib. Crédit photo: Coline Ouziel

 

Deux séances sont proposées aux spectateurs, à la salle Ausone, à côté de la librairie Mollat à Gambetta, et au cinéma Uotpia. Les deux fois, le public est emballé. Le débat organisé à l’issue de la séance est l’occasion pour les spectateurs de rendre compte de leur point de vue : « j’ai trouvé le film très réussi, le fait qu’il soit fait avec peu de moyens rend le film encore plus intéressant » pour une spectatrice. La forme du film n’est pas vue comme un défaut, mais au contraire apporte de la « fraicheur» au film, selon une autre spectatrice.

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A Bordeaux, l’équipe du film a pris le temps de répondre aux questions des spectateurs. Au cinéma Utopia, le public a été conquis par le film et l’a fait savoir ! Crédit photo: Coline Ouziel

 

Johanna Caraire, confirme : « Heis a été très bien reçu, par le jury évidemment puisqu’il a gagné, mais aussi par le public. Les deux salles ont été remplies au trois-quart environ. C’est aussi vrai pour le reste de la compétition Contrebandes: ça a très bien marché, nous avons déjà prévu de la continuer l’année prochaine. ».

Vers un succès hors festivals ?

On retrouve Anaïs dix jours après la fin du festival. La jeune réalisatrice est encore ravie de la victoire de Heis : « on ne s’y attendait vraiment pas ! » Pourtant, rien n’est encore gagné pour son film :  « on a vraiment fait ce film en le pensant pour aller dans les salles. Ensuite, on aimerait le vendre à une chaîne de  télé par exemple. »

Mais en France, la sortie en salles n’est pas si simple:

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Pour être dans les normes, une structure de distribution a dû être créée spécialement pour le film. « On a pas mal d’opportunités à l’étranger, mais on aimerait le sortir en même temps la France, parce qu’on trouverait ça trop dommage de la bouder.» 

Le prix du Fifib a cependant facilité la tâche de l’équipe: «quand on a gagné, des programmateurs m’ont appelée pour parler du film.»  Grâce au festival, une projection a déjà eu lieu le 28 novembre au Luminor, à Paris. Pour la vraie sortie, il faudra encore attendre un peu: «On veut une vraie sortie nationale, être présent dans plusieurs villes. Et notamment à Bordeaux, qui nous a déjà si bien accueillis!»

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Coline Ouziel

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