Le harcèlement chez les LGBT+, entre ignorance et silence

Les affichages de lutte contre le harcèlement sexuel se multiplient dans de nombreux lieux publics : «t’es bonne, t’as pas un 06 ?», «siffler n’est pas un compliment», le «manspreading»… Classique. Mais où est la place des LGBT+ dans ces campagnes ? Si le harcèlement homme-femme semble désormais mis en lumière, reste l’oubli de minorités concernées elles aussi par ce terrible phénomène.

Campagne anti-harcèlement de la TBM, schéma classique et récurrent : un homme importune une femme

Un Mercredi soir, près du cours Victor Hugo, l’association Girofard accueille comme d’habitude ses bénévoles pour quelques heures d’échanges et de convivialité. L’objectif de ces permanences ? Permettre un accompagnement, une sensibilisation et apporter un soutien aux différents membres de la communauté LGBT+ bordelaise. Cette soirée s’adresse aux personnes trans, mais beaucoup de bénévoles font des allées et venues, se sentant un peu comme à la maison.

Au détour d’une visite, l’un des membres relate sa soirée d’hier : «Un type m’a proposé de la drogue en sortant du Coco Loko. J’ai refusé, je touche pas à ce genre de trucs, mais il est parti en vrille et a commencé à me proposer un plan à trois. Il s’est approché, m’a tripoté, puis quand il est parti je me suis rendu compte qu’il m’avait chouré mon téléphone !»

Les bénévoles de l’association Girofard discutant pendant l’une de leurs permanences

Le cas ne semble pas anodin et se révèle parfois sous d’autres formes. Cyril Roullin, bénévole et membre du Conseil d’Administration de l’association Girofard nous explique que, même s’il est moins visible, le harcèlement existe partout : «Généralement, les lesbiennes sont agressées par des mecs qui ont des pulsions ou des fantasmes inassouvis. Mais si une lesbienne se rend dans un club réservé aux lesbiennes, elle peut aussi être confrontée à des gestes déplacés. Ce sont ce types de lieux clos qui vont engendrer ce genre de réactions, car elles s’y sentent plus libres. Ces comportements sont liés à la désinhibition, et donc généralement à l’alcool.» Les personnes transgenres ne sont pas non plus épargnés comme nous l’explique Lucie : «Il existe beaucoup de harcèlement de la part des hommes gays envers les trans.»

Pour Jean-Christophe Testu, président de l’Association Girofard, il serait difficile de catégoriser le harcèlement selon une orientation sexuelle. C’est avant tout l’éducation et les relations familiales qui conduisent à des actions de la part d’un harceleur. La majorité des harcèlements vécus par les gays serait d’ailleurs liée au rejet générationnel. Il est donc possible que des personnes d’âge mûr puissent se montrer insistantes face au refus des plus jeunes.

Rien d’étonnant pour Jean-Christophe Testu qui estime que nous sommes tous logés à la même enseigne : «Le harcèlement de rue montre généralement le cas d’un homme ayant un comportement déplaisant envers une femme car notre société est majoritairement hétérosexuelle. Mais il n’y pas d’exception ! Ce genre d’actions se retrouve partout, il n’y a pas d’absolu. C’est une question de territoire, une question de différence, de possession, la relation entre un chasseur et sa proie.»

«Attention au rôle des backroom ou de Grindr dans les harcèlements LGBT+ !»  Jean-Christophe Testu, président de l’Association Girofard

Si les femmes sont majoritairement victimes des cas de harcèlement (98% selon le Dr. Charles Peretti, créateur du service SOS Harcèlement), les hommes ne sont pas non plus épargnés. Selon le NISVS, 26% des hommes gays et 37% des hommes bisexuels américains ont eu une expérience de viol, de violence physique ou de harcèlement par un partenaire. Pour les hétérosexuels, le taux baisse à 29%. Pour la France, SOS Homophobie rencense une hausse de 7 % à 12 % des cas de harcèlements en l’espace d’une année.

Le lieu conditionnerait-il la visibilité d’un harcèlement ? 

Généralement, les cas de harcèlement sont rares dans les bars ou clubs « gay friendly ». Ces derniers honorent des chartes de respect très précises et il existe aussi des mécanismes de rejet fortement intégrés par la communauté. Par risque de fermeture, les patrons se montrent exemplaires et les troubles-fêtes sont rapidement mis à la porte. David, ancien barman au Coco Loko semble confirmer cette tendance : «En 2 ans, j’ai vu 2 cas d’agression en sortie de bar ou boîte de nuit. À Bordeaux, ça reste rare comparé à d’autres villes. Les personnes se retrouvent rarement seules ou rentrent directement en Uber. La communauté LGBT+ bordelaise est très protectrice.»

Le Coco Loko, lieu phare des nuits LGBT+ bordelaises

Si les lieux de festivité pour les LGBT+ restent des endroits sûrs, des établissements généralistes peuvent réserver d’autres surprises. C’est le cas de Flo, étudiante hétérosexuelle de 23 ans, qui subit régulièrement des gestes disproportionnés de la part d’autres femmes : «C’est déjà arrivé qu’en soirée ça ait pu dégénéré. Si je n’avais pas eu toute ma tête dans ces moments-là, je ne sais pas ce qui se serait passé. Ces personnes ont tendance à te relancer, mais avec l’habitude j’arrive à m’en dépêtrer sans hausser le ton. Je subis aussi du harcèlement de la part des hommes, avec des propos indécents. J’ai d’ailleurs plus affaire aux hommes maintenant, mais à 18 ans c’était les femmes qui avaient tendance à m’interpeller. Je suis persuadée que je ne suis pas la seule fille à qui ça arrive.»

De nombreuses opérations ont été mises en place afin de lutter contre le harcèlement. Le gouvernement a d’ailleurs mis à disposition un numéro spécial, le 3020, pour soutenir et accompagner les victimes dans leur combat face aux harceleurs. Quant à la communauté LGBT+, son accueil dans les commissariats de police se fait bien plus facilement, notamment grâce à l’association FLAG qui sensibilise les forces de l’ordre à l’écoute et aux respects des personnes LGBT+.

Mathieu MESSAGE

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