Géothermie en Gironde, le parent pauvre des solutions durables

En 1982 déjà, la géothermie alimentait en chauffage le quartier Mériadeck à Bordeaux. Cette solution aux défis de la transition énergétique peine pourtant à se développer chez les particuliers. En Gironde, certains propriétaires ont franchi le pas.

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Un réseau de capteurs (tuyaux) enfouis vont absorber les calories fournies naturellement par le sol – Maison individuelle, Bruges (33)

« Je suis soucieuse de l’environnement. Nous n’avons pas hésité à faire ce choix lors de notre construction, malgré le coût » se confie Mme Roulier, maman de 2 enfants à Cestas, et propriétaire d’une installation depuis 8 ans. Cette Girondine ne tarit pas d’éloges sur la géothermie. Le système apporte confort d’utilisation et peu d’entretien, « notre facture d’électricité est divisée de moitié comparée à des amis et voisins, qui ont choisi le tout électrique ».

Les chantiers qui proposent cette technique restent compliqués à trouver. Pour s’en rendre compte, il suffit se surfer sur les sites web des principaux constructeurs de maisons individuelles en Gironde. Une villa concept chez IGC, un article évasif chez MCA, et rien chez Ariane constructions…aucun de ces acteurs n’a d’ailleurs souhaité nous donner plus de réponses.

Il faut dire que les constructeurs de maisons individuelles n’aiment pas les technologies qu’ils n’ont pas l’habitude d’utiliser. Mr. Julliot est responsable de la société « solution énergie » (installateur agréé SOFATH, fabricant de pompe à chaleur). Il est un des leaders du marché Girondin chez les particuliers « Les constructeurs éliminent tout ce qui complique le chantier (et on peut les comprendre). Ils voient dans la géothermie un chauffage qui fait monter le prix de leur maison alors que les commerciaux placent souvent ce prix au centre de l’argumentation ».

un chauffage au sol « basse température », installé sous la chape, est réglable grâce à des thermostats et fonctionne par « zones » – ici le salon/séjour – Maison individuelle à Villenave d’Ornon

Un état d’esprit…couteux

Du côté des professionnels du secteur, on ne nie pas le problème. L’installateur fait un état des lieux réaliste : « Nous en sommes à une centaine de réalisations par an. Le marché stagne. Le choix de la géothermie pour chauffer sa maison s’inscrit sur le long terme. C’est peut-être la solution de chauffage la plus chère à l’achat et c’est peut-être également celle qui complique le plus le chantier, mais une fois qu’elle est en place, elle n’a que des avantages : confort, fiabilité et coût d’utilisation ».

Une multitude de contraintes (climatiques, géologiques, administratives, financières) viennent entraver les démarches. « Sans parler de difficultés majeures, nous avons eu une accumulation d’inconvénients.  Le constructeur d’abord, qu’il a fallu convaincre et qui nous a menacé de ne pas mettre de garantie décennale sur la chape car ce n’était pas dans ses habitudes. Le terrassier ensuite, très craintif et pas du tout au courant du système, que nous avons du remplacer » renchérit Mme Roulier.

Le développement de la Géothermie pour les particuliers n’intéresse pas les gros donneurs d’ordres. Pour Simon Bodin, conseiller à l’ADEME Aquitaine, une des principales raisons est bien entendu son coût mais pas seulement. « C’est aussi culturel, Ce n’est pas dans les mœurs des aquitains, à la différence de l’Alsace ou de la Haute-Savoie par exemple (climat plus froid) et plus généralement de l’Allemagne, très en pointe sur le sujet ».

Des aides existent sous forme d’incitations financières mais elles ont vu leur niveau revu à la baisse depuis quelques années. Le crédit d’impôt est actuellement de 30%, confirmé par la Loi du 14 octobre 2014. Retour à Cestas, chez Mme Roulier : « Cette aide était forcément un plus, même si nous avions le budget. Beaucoup de nos connaissances ne se sont pas lancées du fait du prix de l’installation, plus de 15 000 €, et parce qu’aucun des lotisseurs ne leur proposaient spontanément le produit ».

pompe à chaleur géothermie verticale Libourne

Cinq forages de 30 m de profondeur et 20 cm de diamètre chacun suffisent à chauffer et/ou climatiser 150 m2 d’habitation – Forage basse énergie à Libourne

Le politique à la traîne

La géothermie, qui capte la chaleur du sol pour la transporter à l’intérieur d’un bâtiment, reste encore trop méconnue du grand public comparée à ses sœurs solaire ou éolienne. Elle souffre d’un manque certain d’impulsion au niveau des pouvoirs publics. Selon le Ministère de l’Écologie, en 2012, la production électrique d’origine géothermique ne représentait que 0,4% de la production d’électricité d’origine renouvelable en France.

L’excuse d’une énergie non maitrisée est rapidement balayée. Techniquement, Mr Julliot nous confirme qu’il est tout à fait envisageable de grouper plusieurs logements sur une même installation de géothermie (5, 10 maisons ou pfonctionnement-pompeachaleurlus). Dans la pratique, c’est très rare.

Au début des années 80 pourtant, des initiatives collectives aux énergies fossiles ont vu le jour en Gironde. Le quartier Mériadeck bénéficie d’une installation en géothermie profonde (1149 m) gérée par Gaz de Bordeaux. Le bâtiment de la CUB (communauté urbaine), la Préfecture, l’Hôtel du Département ou encore le centre commercial Mériadeck sont chauffés, climatisés pour certains, grâce à cette technique. Selon le service Presse de la Métropole, « un autre grand réseau (forage profond) est même prévu (principe adopté le 26 septembre 2014 par le conseil communautaire) pour desservir les secteurs Bastide-Niel, Brazza et Benauge à Bordeaux, avec une possible extension vers le secteur Garonne Eiffel ». Mais à leur connaissance aucun projet « basse température » (c’est le nom des forages superficiels) n’est en cours sur de l’habitat collectif.

Ces derniers mois, il semblerait que les pouvoirs publics trouvent un regain d’intérêt à ces solutions, tout du moins dans la posture. Le 14 octobre 2014, le projet de Loi relatif à la transition énergétique, pour la croissance verte, était adopté. Parmi ses objectifs, il en est un qui vise à « porter la part des énergies renouvelables à 23% de notre consommation énergétique » d’ici 2020.

Alors oui, « parent pauvre » car avec tout juste 8% de production énergétique d’origine renouvelable en France, le chemin est encore long pour hisser la géothermie au premier rang des solutions durables.

Par Laurent Dufourcq