FIP Bordeaux refuse de rendre l’antenne

Depuis la rentrée de septembre 2017, tout s’accélère pour FIP Bordeaux. Le couperet risque de tomber et la fin semble inéluctable. Les équipes et collectifs de soutiens des antennes livrent leurs dernières batailles.

« On a bien compris qu’il voulait en finir le plus vite possible ». « Il » c’est Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, à l’initiative d’un plan stratégique qui évincerait toutes les antennes FIP locales pour ne garder qu’un FIP national. Au départ, la volonté était de ne pas remplacer les départs à la retraite des animatrices et donc y aller petit à petit « pour éviter une casse sociale » expliquait Frédéric Schlesinger, directeur délégué aux antennes et aux programmes de Radio France. « Mais nous n’y avons jamais vraiment cru à ces paroles », insiste Muriel Chedotal, fipette à Bordeaux depuis près de 30 ans et syndicaliste CGT.

Depuis février 2015, une épée de Damoclès plane au-dessus des locales de FIP. Aujourd’hui, Mathieu Gallet ambitionne un développement national où il n’y aura qu’une personne dans chaque ville (antenne Lille et Lyon s’ouvriront) qui tiendrait un agenda culturel qu’elle devra envoyer à Paris. Que sera l’avenir des fipettes ? Muriel Chedotal est fataliste : « pour certaines, ça va être la porte, c’est certain ».

D’ici peu de temps, les locaux seront vides. Remplacés. 96.7 FM ne sera plus FIP Bordeaux. (Crédit : Axel Bourcier)

Philippe Guihéneuf, fondateur du collectif de soutien « Fip Toujours ! » et fidèle auditeur, est lassé : « Ça fait dix-sept ans qu’il y a un débat autour de FIP, dix-sept ans que ça dure. À chaque fois, on finit par gagner, tant mieux. Mais on en a marre. Quand est-ce que Radio France comprendra à quel point FIP est important ? » 

Un espace culturel local menacé 

Le problème est que rien ne remplacera l’existant. FIP Bordeaux respire depuis plus de 40 ans au sein de Radio France, diffuse 800 infos culturelles locales mensuelles, offre 400 invitations à ses auditeurs. C’est un lien sociétal important et une promotion pour les artistes,les structures, du plus petit au plus grand. « Nous avons une mission de service public, reconnue par tous, à l’intérieur. Le projet qu’ils nous vendent en développant les web-radios, en nationalisant l’information via Paris, on n’y croit pas. Paris ne parlera que des grosses structures locales » peste Muriel Chédotal.

Mathieu Gallet se défend en expliquant que ce projet vise à combler un manque d’équité entre les régions puisqu’il n’y a pas d’antennes locales partout. Mais cette fameuse inégalité est due aux plans de suppressions d’antennes de l’époque. Il y avait douze FIP en France. Quand bien même, les fipettes sont prêtes à relever le défi : « Nous pouvons faire un FIP Sud-Ouest par exemple, Nantes peut faire un FIP Nord-Ouest, Strasbourg pour le Nord-Est, on rajoute quelqu’un à Marseille… Alors, chiche ? » Sans réponse.

Peut-être, est-ce un problème économique ? Mais cette question est vite balayée puisque FIP ne représente qu’une petite goutte dans l’océan Radio France : 1 million d’euros par rapport au budget global de 660 millions d’euros. D’autant plus que les douces voix des fipettes les rentabilisent bien avec de bonnes audiences et en hausse dans les trois locales, contrairement à Paris. « C’est simplement stratégique ! » persiste Muriel.

Par les chiffres, FIP est même la 8e radio bordelaise. Mieux que ses frangines France Bleu, France Culture, France Info ou même Le Mouv’. « On sent qu’il y a un réel besoin culturel dans la métropole. Les infos sont essentielles à tous les acteurs culturels. Dans le contexte actuel, supprimer un acteur culturel comme FIP, c’est un mauvais film » exprime Estelle Gentilleau, conseillère municipale à la culture à Bordeaux. Un combat auquel elle est sensible depuis le début.

«  De FIB nous sommes passés à FIP, nous ne nous résignons pas à           passer à FIN !  »

Cette phrase conclut brillamment la lettre de soutiens des structures culturelles partenaires de la Locale FIP Bordeaux/Arcachon. Ils sont plus de soixante-cinq. Tous meurtris par la potentielle disparition de l’antenne. Mais au vu de l’engouement pour la pétition lancée par « FIP Toujours ! » et les soirées de soutien organisées le 3 octobre à Bordeaux, Nantes et Strasbourg, le combat s’annonce encore long. « Ils n’étaient pas beaucoup à Bordeaux au départ, et depuis le 3 octobre à la soirée de soutien, pleins de gens se sont manifestés pour aider le collectif. C’est cool, on voit que les gens sont là, que les gens suivent » se réjouit Philippe Guihéneuf.

« Sauvez FIP Bordeaux Nantes Strasbourg ». L’idée originale de FIP d’envoyer une carte postale de soutien directement à Mathieu Gallet. (Crédit : Axel Bourcier)

Les 650 places de la salle du Rocher de Palmer étaient occupées, trois concerts ont réchauffé la soirée. Des témoignages ont marqué la soirée résumant bien l’esprit de FIP : « Le tissu culturel a besoin de médias comme FIP pour exister. Les annonces c’est le plus, ce sont ces voix que vous connaissez tous, c’est la marque de fabrique de FIP. »

À ce jour, la pétition est à 39 774 soutiens. Une démonstration de la popularité de l’antenne. Les élus locaux n’ont pas manqué également d’exprimer leur inquiétude concernant FIP comme Alain Juppé, Fabien Robert (Adjoint au maire en charge de la Culture), Estelle Gentilleau ou encore l’ancienne députée Sandrine Doucet.

 

Les fipettes sont désormais dans l’attente. Leur avenir est mis à mal, mais comptez sur elles pour continuer à se battre. Un énième combat, avec l’espoir de ne pas trop y perdre…

Axel Bourcier 

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