L’Autre Lieu, éclosion d’un éco-système

Sur le territoire des Portes du Médoc, le collectif L’Autre Lieu donne naissance à un nouveau tiers-lieu, pour un vivre et travailler-ensemble moins solitaire, et plus responsable. Premier contact avec un projet d’éco-système, à la sortie de l’oeuf.

Cindy Garnier, assistante chef du projet, et Patrick Merian, co-fondateur de L’Autre Lieu

Un miroir de la société en phase avec son temps

Le projet n’en est pour l’heure qu’à sa genèse, et le local provisoire de l’Autre Lieu en témoigne. Patrick Merian, co-fondateur, et Cindy Garnier, assistante de chef de projet se livrent à une visite privée des lieux.

Dans chaque recoin de la pièce, cartons, outils et objets en tous genres attendent patiemment la fin de leur installation. Poliment, les hôtes s’excusent pour le désordre. Pourtant, dans cet ancien garage fraîchement reconditionné, l’esprit qui s’en dégage frappe plus encore. L’organisation du tiers-lieu n’est pas achevée que déjà, chaleur humaine et convivialité ont imprégné ses murs.

Nous allons finir par rencontrer un problème de stockage. Aujourd’hui, les gens ne supportent plus de jeter.

Au milieu de la grande pièce aux allures de débarras, trône la give box. Cette boîte à dons, source de fierté pour le collectif, est installée quotidiennement devant le local du tiers-lieu. Y sont déposés divers objets gracieusement donnés à l’association, et destinés à alimenter la ressourcerie. Cadres, CDs, accessoires… Chacun est libre d’emporter ce dont il a besoin, et de déposer en retour un petit quelque chose à l’attention du prochain chineur.

La boîte à dons connaît un réel succès, si bien que les membres de l’Autre Lieu doivent régulièrement réapprovisionner l’étagère. Un relai solidaire qui vient de connaître un tournant significatif. Et Cindy n’en est pas peu fière : « Aujourd’hui, on a eu notre premier objet déposé : une petite sacoche en cuir ! »

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Un Autre Lieu qui la joue collectif. L’Autre Lieu a ouvert ses portes au public début novembre 2016, dans un ancien garage de 80m2 mis à disposition par l’association Jalles Solidarités, partenaire du projet.

Entre les murs de ce tiers-lieu, on rend service, on découvre de nouvelles techniques, on apprend de l’autre. Une altérité qu’ont choisi de cultiver ses quatre fondateurs, pour qui « l’esprit de l’économie sociale et solidaire (ESS) est la complémentarité, et non la concurrence. »

Dans cette aventure, Patrick Merian, Esther Manenti, Stéphanie Bordas et Gilles Escot peuvent compter sur le précieux soutien de la commune du Haillan, fortement engagée dans la politique d’un Agenda 21 local (voir infographie).

Les enjeux humains, sociétaux et environnementaux de l’Autre Lieu séduisent, et ses fondateurs voient déjà grand. Pour que s’épanouisse le projet, la commune mettra à sa disposition en 2017 un terrain de 2.500m2, dans un quartier stratégique permettant le rapprochement d’entreprises, d’associations et de particuliers.

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« Produire moins de biens, créer plus de liens. »

Tel est le credo de l’Autre Lieu. Et pour cause, le collectif place l’économie circulaire au cœur de son projet. Patrick Merian l’affirme, le fameux concept des 3R irrigue le fonctionnement propre de toutes les activités, personnes et entreprises accueillies dans l’enceinte de l’Autre Lieu.

Le projet de l’Autre Lieu est un modèle de développement durable qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler, de vivre ensemble…

Réduire. Recycler. Réparer. Les 3R s’imposent dans chaque projet d’activité développé par ce tiers-lieu attaché au principe de l’économie de fonctionnalité. L’avantage est alors donné au service plutôt qu’au produit.

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La ressourcerie permet la récupération de matériel, sa revalorisation et sa vente. Les objets déposés feront bientôt l’objet d’un inventaire, et une grille de prix sera établie

L’économie circulaire, telle qu’appliquée par l’Autre Lieu entend rompre avec une économie linéaire consistant à extraire/fabriquer/consommer/jeter, au profit du réemploi et des filières de seconde main. Dans cette veine, l’outilthèque de l’Autre Lieu permet la location d’outils et de machines. Pour l’alimenter, le tiers-lieu peut compter sur Castorama. L’enseigne de bricolage s’est engagé à lui fournir ses appareils défaillants, impropres à la vente.

L’espace « bricothèque » a été construit par des salariés mis à disposition par l’association Jalles Solidarité, chargée de l’insertion professionnelle de demandeurs d’emploi.

Un projet inédit. 

Au croisement du durable, de la coopération et de l’entrepreneuriat, l’Autre Lieu s’inscrit dans la volonté de créer un lieu hybride où convergent des dynamiques de développement économique, social et culturel, à l’instar de l’éco-système Darwin, de huit ans son ainé.

Les fondateurs de Darwin suivent l’évolution du projet avec bienveillance. Ce sont des grands-frères.

L’Autre Lieu et Darwin partagent la même philosophie humaniste et éco-responsable qui participe de leur succès. Patrick Merian reconnaît d’ailleurs que l’avancée et le développement de Darwin est une source constante d’inspiration pour son association. « La preuve de leur succès, c’est qu’ils sont critiqués, taxés avec condescendance de ‘bobos’ par l’establishment bordelais »

Le projet de l’Autre Lieu, dans toute son ampleur, révèle toutefois une réelle émancipation vis-à-vis de son ainé. A la différence de la ruche bordelaise, les activités proposées aspirent ici à développer l’insertion professionnelle, véritable cheval de bataille du collectif.

L’économie circulaire est sociale et solidaire. 

Une économie responsable, c’est bien. Si elle crée de l’emploi, c’est mieux. C’est là le dessein de l’Autre Lieu : faire de l’économie circulaire un facteur d’attractivité du territoire et de création d’emplois.

En travaillant avec les autres, en explorant avec eux des pistes et en donnant de son temps et de son savoir, un individu peut se professionnaliser dans un secteur et y développer sa propre activité.

L’Autre Lieu entend incarner un lieu de mixité, convoquant les individus dans leur diversité culturelle et sociale. Patrick Merian souligne la nécessité de co-construire les activités avec les citoyens, en fonction de leurs propres besoins. « L’implication des gens passe par la prise de décision. Les gens doivent absolument être impliqués pour ne pas que ça s’essouffle. »

La convivialité et la richesse des ressources mises à disposition par le tiers-lieu permettront à ses membres de concevoir des biens ou des services individuellement ou en équipe, et développer des réseaux de partenaires. Aussi, tout bénévole qualifié pour l’encadrement d’une activité culturelle ou technique pourra être embauché à terme. C’est pourquoi le projet de l’Autre Lieu ne peut s’articuler exclusivement autour d’activités bénévoles, basées sur la gratuité. Cindy Garnier insiste sur cette idée. Selon elle, les activités doivent s’équilibrer. « La gratuité est bannie, car elle empêche l’insertion. »

Alors, un projet de bobos ? Pas le moins du monde, sourit Patrick Merian. « Il y a quelques années, nous aurions été considérés comme des soixante-huitards qui vivent dans une yourte. » Aujourd’hui, les projets construits autour de l’ESS et le développement durable semblent manifestement avoir de beaux jours devant eux.


L’Autre Lieu, 5 avenue Condorcet, 33185 Le Haillan

Pauline Rouquette

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