Deliveroo et Foodora: quel bilan pour les restaurateurs?

Malgré la faillite de Take it Easy, le marché de la livraison de repas explose à Bordeaux depuis l’arrivée de Deliveroo en octobre 2015 et de Foodora en juillet 2016. La recette est simple: d’un côté des applications qui mettent en relation des clients avec tout type de restaurant, de l’autre, une armée de cyclistes prêts à sauter sur leurs vélos. Si les clients semblent ravis, qu’en est-il pour les restaurateurs de la ville?

La Place Fernand Lafargue: le QG des coursiers et le royaume des fastfoods

La Place Fernand Lafargue: le QG des coursiers et le royaume des fastfoods.

11h45 Place Fernand Lafargue: l’heure de rendez-vous des coursiers. Les yeux rivés sur leurs téléphones, ils attendent d’être bipés.

11h48 c’est le fastfood asiatique Santosha qui lance la première commande. Santosha est une véritable institution à Bordeaux, étudiants, trentenaires, touristes, le restaurant est toujours bondé et les coursiers font la queue pour récupérer leurs commandes.

Le gérant est ravi « c’est pas compliqué depuis l’arrivée de Deliveroo l’hiver dernier notre chiffre d’affaires a augmenté de 20% ». « On tourne entre cinquante et quatre-vingt livraisons par jour la semaine et entre quatre vingt et cent-cinquante en week-end, et on n’est même pas en hiver ! » dit-il en souriant. Déclaré meilleur restaurant de Bordeaux en terme de livraison à domicile, le restaurant a explosé ses scores l’hiver dernier lorsqu’il a été classé meilleur de France deux dimanches consécutifs.

« Un enjeu de visibilité »

A quelques mètres seulement dans la rue Sainte Colombe, le restaurant Padang-Padang peine à s’immiscer sur ce nouveau marché. « On travaillait avec Take it Easy avant qu’ils ne fassent faillite cet été et maintenant avec Deliveroo » explique le patron du restaurant thaïlandais.

Dans son cas il s’agit avant tout d’un choix marketing : «Ils prennent 30% de commission sur chaque livraison, plus un euro de frais d’emballage, sur des plats à dix euros ça ne peut pas être rentable, c’est juste pour donner de la visibilité au restaurant et attirer une autre clientèle ».

La Cagette: une petite cantine de saison qui travaille désormais avec Deliveroo et Foodora

La Cagette: une petite cantine de saison qui travaille désormais avec Deliveroo et Foodora afin d’élargir sa clientèle. (Crédit LuckyMiam).

 

Deux rues plus loin, place du Palais, la Cagette une petite cantine de saison tendance bio-bobo prononcée, se plie également à l’exercice. Il travaille avec Deliveroo et Foodora afin d’être présent sur les deux applications.

Pourquoi ? pour donner de la visibilité au restaurant, le faire connaître et attirer des clients potentiels en salle. Les livraisons représentent environ 5% du chiffre d’affaires soit 2000 euros par mois. C’est rentable car ils n’ont pas besoin d’embaucher de personnel supplémentaire pour faire face à la demande, et cela permet d’arrondir les fins de mois.

Le seul hic ? Le matériel : « La tablette, l’imprimante, il y a toujours un truc qui cloche surtout avec Foodora ! » explique le patron. Ce sont les starts-up qui fournissent leurs propres tablettes et les problèmes sont nombreux. Si bien que régulièrement les coursiers viennent chercher une commande qui n’a pas encore été enregistrée par le restaurant.

« Niveau écologie c’est une catastrophe »

L’emballage coûte également relativement cher et n’est pas vraiment en adéquation avec nos valeurs déplore-il. « Les couverts sont en plastique, la vinaigrette et le sel en sachet et les sacs de Foodora sont faits en Pologne, ils ont beau être à vélo, niveau écologie et développement durable c’est une catastrophe ! ».

Des fastfoods aux bistrots, la liste des restaurateurs présents sur les applications est longue. Même Sushis Shop qui dispose de ses propres livreurs s’y est mis simplement pour être présent sur l’application et se faire de la publicité.

Cette nouvelle forme de distribution s’étend aussi aux caves à vin et boulangeries. Au 11 rue Duffour Dubergier, la pâtisserie Saint-Nicolas a contacté Foodora dès la rentrée afin d’être présent sur l’application.L’objectif ? Attirer de nouveaux clients et doubler ses ventes à Noël, grâce aux livraisons.

27 rue des Bahutiers, la cave à vin Vins Urbains a également tenté l’expérience, sans succès. « C’est Foodora qui est venu nous démarcher afin d’expérimenter la livraison de vin, on a essayé pour voir. On a vite arrêté après des retards de paiement des courses par Foodora. De toute façon ça n’était pas révolutionnaire non plus, livrer du vin sans nourriture ça a ses limites » explique Jan le responsable.

Des résistants?

Au 30 rue du Pas Saint-Georges, après la Place Camille Jullian, la brasserie LeCarreau proposant une cuisine traditionnelle du Sud Ouest, résiste encore. C’est une question de logistique explique le gérant, « nous sommes un restaurant de viande, et tout se joue sur la cuisson, une minute de trop et c’est foutu. Vous vous imaginez livrer une entrecôte, c’est du gâchis! ».

Yoahn, Samuel et Matthieu, préparent la sauce du traditionnel tartare de bœuf

19H30, le premier service a commencé. Yoahn, Samuel et Matthieu, surveillent la cuisson minute du magret de Canard.

 

Ouvert depuis seulement deux ans, Le Carreau a déjà sa clientèle d’habitués et ne souffre pas pour l’instant de la concurrence imposée par ces nouvelles start-up.

Vrai profit ou simple plateforme publicitaire les restaurateurs y trouvent pour l’instant leur compte. Les coursiers quant à eux ne sont pas réellement du même avis. Outre la flexibilité des horaires de travail et l’amour du vélo, ces derniers souffrent d’une situation extrêmement précaire.

Ils ont le statut d’auto-entrepreneur et sont ainsi entièrement responsables en cas d’accident. L’équipement et les vélos ne sont pas règlementés et sont fournis par le coursier. La rémunération est quant à elle aléatoire: sept euros cinquante de l’heure plus deux euros de course chez Foodora contre cinq euros par course pour Deliveroo.

Samuel travaillait chez Take Eat Easy avant qu'ils ne fassent faillite. Il témoigne, les livreurs y étaient mieux traités et l'ambiance plus joviale. Il se pose des questions sur son avenir chez Foodora.

Samuel travaillait chez Take Eat Easy avant qu’ils ne fassent faillite. Il témoigne, les livreurs y étaient mieux traités et l’ambiance plus conviviale. Indécis, il se pose des questions sur son avenir chez Foodora.

 

Laure Giuily

2 Comments
  1. Pingback: Stratégie pour restaurateurs : les services de livraison

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