Cure de jouvence pour « la Cabane à Gratter »

La Cabane à Gratter ferme à compter du 22 décembre 2013. Un an mis à profit pour lui donner une nouvelle jeunesse grâce au travail conjoint des adhérents et de la mairie de Bordeaux. Reportage.

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Vulcanologue la nuit, Gervais vient s’occuper de sa cabane le jour. (Crédit photo : Pauline Pennanec’h)

Midi pile sonne alors que les premiers visiteurs accourent, malgré la pluie, sous le toit de la cabane ouverte, et chaleureuse. Pas de porte à pousser, simplement un pas à faire pour entrer. Situé place André-Meunier, ce lieu cosmopolite devient un lieu d’échanges pour tous. Des peintures tapissent les murs en bois, faites par les enfants du coin ou les artistes dans l’âme de la cabane. Quelques bouteilles ficelées font office de décoration, des jeux d’échecs sont mis à disposition sur les tables vétustes.

Tandis que les bénévoles mettent la main à la patte derrière le comptoir, les hommes se retrouvent autour des tables. Les hommes, oui, car on y croise très peu de femmes. Ils jouent aux cartes, discutent entre eux, rient beaucoup. Juste à côté, l’atelier vélo fait son affaire : « Si ton vélo est en panne, tu le donnes avec les outils et on te le répare. En échange, tu donnes ce que tu veux » explique Gervais Cupit, le patron de la Cabane.

Ici, pas besoin de parler la même langue : tout le monde se comprend. Qu’ils soient sans papiers, sans domicile fixe, étudiants ou même riverains, chacun y a sa place. Et dans les discussions, on entend parler que d’une chose : la fête du 21 décembre, date d’un nouveau commencement.

Le 22 décembre, la Cabane à Gratter ferme ses portes

Gervais montre fièrement les plans de la future cabane. Elle se prépare à être reconstruite. Une année de fermeture durant laquelle une poignée d’habitués de l’association, sans boulot, pourront aider, sous contrat. Et pour les autres ? « On est en discussion avec la mairie pour trouver un autre lieu provisoire ». 

Donner la chance aux gens dans le besoin de travailler, c’est le crédo de la Cabane à Gratter. Pour Gervais, c’est l’occasion de se sentir bien dans un lieu qu’ils auront monté de toute pièce. Reconstruire un nouveau lieu de vie, avec un jardin, un terrain de pétanque, des jeux pour enfants. Des panneaux amovibles seront installés autour de la cabane pour des expositions d’artistes. Un tas de projets pour lequels les riverains ont donné leur avis.

Non loin de là, les chantiers sont déjà installés. On ne s’entend pas tellement parler. Mais les habitués de la Cabane ont appris à vivre avec : après le parking souterrain, l’IUT, le collège d’à côté, c’est à eux d’y passer. Et de faire du bruit, à leur tour. Et la mairie, dans tout ça ? La réplique fuse : « Je ne suis pas un employé de mairie, je mets les points sur les i ! » rétorque le président de l’association. « Je suis hors la loi dans la loi. Je ne veux pas qu’on me dicte les choses, je suis libre. » Gervais ne se laissera pas faire : le lieu est unique, et ça n’est pas la ville qui prendra le dessus. Oui à l’entraide, non à l’institutionnalisation.

L'association recherche un nouvel endroit pour abriter ses compagnons dans le besoin. (Crédit photo : Pauline Pennanec'h)

L’association recherche un nouvel endroit pour abriter ses compagnons dans le besoin. (Crédit photo : Pauline Pennanec’h)

Une cabane familiale

Derrière le comptoir, on croise Nicolas. Il est le cousin de Gervais. La cabane à gratter, c’est un peu une histoire de famille. L’homme aux dreads bien tissées aide bénévolement à servir le café, à tenir la boutique. Et il en faut des bénévoles : ici, celui qui veut se sentir utile peut le devenir. « Mais il y a un truc d’interdit ici : l’alcool et la drogue. C’est formel ! » insiste Gervais.

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« La couleur change, mais seul le coeur compte »

Qu’il pleuve ou qu’il vente, la sculpture de Gervais est là, au centre de la place. On prend une leçon de vie avec elle : quatre têtes pour un même coeur. « Toutes les classes sociales, toutes les couleurs passent ici. Je voulais montrer que même si l’on a pas la même couleur de peau, on a le même coeur. Et peut-être qu’on changera quelque chose ». Pourquoi avoir choisi cette place ? « Je lisais mes bouquins ici quand j’étais gamin. C’est le lieu de passage pour tout le monde, une plaque tournante, que tu viennes de la Gare ou de Saint-Michel. C’est l’unique place Meunier. » Gervais, tout sourire, a le contact facile. Il aime raconter son histoire, celle de son projet. Ça lui tient à coeur.

Les boissons chaudes à 50 centimes, les boissons froides à 1 euro, c’est ce que le patron appelle le « non profit à 100% ». (Crédit photo : Pauline Pennanec'h)

Les boissons chaudes à 50 centimes, les boissons froides à 1 euro, c’est ce que le patron appelle le « non profit à 100% ». (Crédit photo Instagram : Pauline Pennanec’h)

La Cabane à Gratter voit le jour en 2011, alors que Gervais est bénévole dans l’association « Le Petit Gratteur ». Cette dernière, après cinq années de travail, rend la clé à la mairie. « Il n’y a pas de raison qu’on mette le projet à la poubelle ! À trois, on a oeuvré pour sauvegarder cette place » raconte le président de l’association. Gervais prend l’engagement avec Bernadette Maraud et Jean-Claude (aujourd’hui trésorier) de garder sain et sauf le toit en bois de la Cabane à Gratter. Il a fallu attendre six mois. C’est grâce à l’événement éphémère Bordelais « Evento » que la Cabane a été remise sur pied« C’est à ce moment là qu’on a choisi de faire l’atelier vélo » continue Gervais, tout en faisant la bise à chacun des visiteurs. Ici, ce monsieur Cupit est respecté de tous. « Notre devise ? Gratter ce qui se trouve au fond de l’humanité, et le faire rejaillir. Faire ressortir ce qu’il y a de bon chez l’autre ».

En attendant le verdict pour l’avenir, la Cabane à Gratter continue de vivre, et d’attiser les curiosités… Et invite Bordeaux tout entier pour sa grande soirée.

Pauline Pennanec’h

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