Le court-métrage, une exception bordelaise

Fêté en grandes pompes, le Festival International de Film indépendant de Bordeaux (FIFIB) a soufflé sa sixième bougie en octobre dernier. Si les longs formats se sont à nouveau taillé la part du lion, ce ne sont pas moins de 11 rendez-vous qui ont été consacrés aux courts-métrages. Une singularité qui en somme n’a pris de court aucun bordelais.

« Ca tourne ! » clame avec assurance Romain Barreau à ses acteurs. Passionné par la réalisation depuis toujours, « Marisa » est le premier court-métrage qu’il entreprend, dans le cadre de ses études. Inscrit en deuxième année à l’EICAR, il est également issu de la première promotion de cette école de cinéma parisienne, fraîchement délocalisée à Bordeaux. « En Aquitaine, le fait qu’il n’y ait pas une grosse industrie cinématographique comme à Paris, motive la création de petits projets» selon lui.

Romain Barreau réalise son premier-court métrage dans le cadre de sa première année d’école de cinéma. © Romain Barreau

L’omniprésence du court-métrage dans la ville s’explique notamment par l’aspect économique et do-it-yourself recherché par les jeunes étudiants qui se lancent dans la réalisation. « Tout le challenge est de montrer le plus d’émotions et de scénarisation en peu de temps, et souvent avec peu de moyens » ironise t-il. Afin d’accompagner les passionnés comme Romain, nombreuses sont les structures qui proposent leur aide dans la réalisation de films.

Non loin de la grosse cloche, l’association Kino Session œuvre depuis douze ans pour faire vivre le format court. « Faites bien avec rien, faites mieux avec peu, mais pour Kino, faites-le maintenant ! », annonce le slogan évocateur. Dérivé d’un concept québécois, Kino Session est l’avatar bordelais d’un réseau d’une soixantaine de cellules de cinéastes indépendants sur les cinq continents. Réalisés bénévolement par des passionnés, les films doivent répondre à un thème et une contrainte imposés. Ils sont ensuite diffusés lors de soirées spéciales qui réunissent en moyenne 400 personnes.

Les Kino-dating permettent de mettre en relation les réalisateurs en herbe et leur futures têtes d’affiche. © C.N.

© C.N.

« Aujourd’hui, nous sommes fiers de présenter les premiers films et les premières perles de jeunes réalisateurs » précise l’un des membres de l’équipe bordelaise. Depuis 2012, le grand rassemblement des « kinoïtes » à travers le monde a d’ailleurs pris ses quartiers à Bordeaux, au regard de l’engouement du « court » dans la ville.

En termes de diffusion, si le court métrage se fait toujours rare dans les salles obscures, il s’apprécie lors de festivals dédiés. Outre l’indétrônable Fifib qui occupe plusieurs lieux emblématiques comme l’Utopia ou la Cour Mably, un autre évènement commence à se faire un nom. Initié par l’école de commerce KEDGE, le Festival Européen du Court-métrage de Bordeaux est devenu une institution dans la région. Près de 800 personnes se sont bousculées lors de la précédente édition parrainée par Pascal Légitimus, Kemar et Jalil Lespert. Pour mener à bien ce projet, une dizaine d’étudiants visionne pendant l’année, près d’un millier de courts-métrages pour n’en sélectionner qu’une poignée, triés sur le volet. Parmi les récompenses attendues, « le Prix Talent Aquitaine » est décerné chaque année à une création locale. « Cela nous tient à cœur de valoriser le cinéma néo-aquitain, pour lequel nous proposons un partenariat avec un média local afin de garantir sa diffusion » souligne Maud Bravetti, responsable du pôle sélection de l’association Extérieur Nuit.

Copyright: Association Extérieur Nuit

La première journée du festival est consacrée à des tables rondes avec des réalisateurs. Cette année, le vin était le au centre des discussions. © Extérieur Nuit

Malgré leur position stratégique dans la politique de grands travaux de Bordeaux, la place réservée au court métrage dans les Mégarama, UGC et CGR reste encore incertaine. A cette question, nul n’ose se prononcer, pourtant passionnés et festivaliers s’accordent à dire qu’Internet sera le salut du « court ».

Corentin NICOLAS

 

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