Un couple crée le premier café à chats de Bordeaux

«Le Comptoir des chats», le premier café à chats de Bordeaux ouvre début décembre 2016 dans le quartier historique de la ville. Conception du projet, financement et finalisation : rencontre avec deux entrepreneurs qui surmontent quasiment seuls les embûches de la création d’un commerce singulier.

14324177_1360876287282368_3040979884069164435_o

Photo de famille. Crédits photo : Comptoir des chats.

Fin octobre. Au 8 rue Pierre-de-Coubertin, à deux pas de la Grosse Cloche, un panneau «permis de construire» est placardé sur une vitrine dont le store métallique est à moitié baissé. Dessus, seul un petit flyer témoigne de ce qui se trame. A l’intérieur, Louis, co-gérant du café, va de pièce en pièce la perceuse à la main, son jean de chantier à la place d’un tablier. La playlist électro-chill en fond sonore contraste avec les bruits métalliques des travaux.

Si, à ce moment là, le local de 72m² n’est pas encore prêt, l’ouverture du «Comptoir des chats» est pourtant prévue trois semaines plus tard. Les cloisons sont posées mais il manque encore les installations (cuisine, toilettes) ainsi que le parquet et les peintures. Un petit sas d’entrée est prévu pour empêcher les chats de se faufiler entre les jambes, et une pièce de repos fermée sera accessible par une chatière et donnera accès aux litières. Pudeur et intimité.

«On a annoncé le mois de novembre. Même le 30, c’est mieux que le 1er décembre», pense Christine. Finalement, l’ouverture est décalée de quelques jours. Le 14 décembre 2016, cette fois, c’est la bonne.

Le concept

A l’origine, le concept vient d’Asie de l’Est. Le premier naît à Taïwan en 1998. Mais c’est au Japon que les neko-cafés (neko, «chat» en japonais) connaissent leurs premiers succès au début des années 2000 : comme les propriétaires d’appartements ont le droit d’interdire au locataire de posséder un chat, les Japonais y viennent chercher leur dose de kawaii. En France, ces établissements ne sont pas nouveaux mais ils sont encore peu répandus.

Le «Comptoir des Chats» est similaire à la vingtaine qui existe aujourd’hui. «L’avantage c’est qu’il n’y a pas de concurrence entre nous car personne de Bordeaux ne va aller à Toulouse pour cela», explique Christine. L’année dernière, elle en visite un pour la première fois à Amsterdam et est tout de suite séduite par l’ambiance cosy: «Tout le monde se parlait, touristes et locaux. Les chats apportent un côté chaleureux.»

 

Un commerce durable ?

La question de la pérennisation se pose. Si l’ouverture provoque toujours une effervescence, les cafés à chats ont parfois du mal à tenir. Le pionnier du genre en France, le «Café des Chats» parisien, a dû fermer les portes de son local du Marais à la rentrée 2016. Il a été placé en redressement judiciaire après trois ans d’activité. La propriétaire, Margaux Gandelon, explique que «les dépenses étaient supérieures aux recettes».

En novembre 2016, c’est le «Willen Cats» de Bergerac qui met la clé sous la porte, seulement trois mois après son ouverture. Mickaël, l’un des deux propriétaires (encore un couple) avait déposé une main courante au commissariat contre les menaces, les accusations de maltraitance et les vols dont ils étaient victimes. Ils ont fermé leur premier local pour en ouvrir un autre dans la rue d’à côté, avant de jeter définitivement l’éponge. Le couple s’est séparé, et Mickaël est parti s’installer à Dijon pour une troisième tentative. Et ce malgré une page «Non au bar à chats à Dijon» qui ne lui réserve pas le meilleur accueil.

Mariés et associés

Retour à Bordeaux. Pour «Le Comptoir des Chats», Louis et Christine Bonnel décident de se reconvertir professionnellement tout en tirant profit de leurs précédentes expériences. Christine, 44 ans, était assistante de direction à Paris puis à Pessac. «Ce poste m’a appris le souci du résultat. Mais quand on arrive à Bordeaux sans avoir de réseau, on se prend un mur», regrette-t-elle. Son mari, Louis, 31 ans, était développeur web. A deux, ils s’activent sur la page Facebook pour maintenir l’intérêt et la curiosité des 2000 abonnés, font le décompte, postent des photos et répondent aux commentaires.

Les retours sont encourageants. Les quelques haters qui reprochent au couple de profiter des animaux pour se faire de l’argent se comptent sur les doigts d’une main.

capture-decran-2016-11-03-a-20-57-13

« Avant de filmer, Louis leur avait donné du jambon. Il avait encore l’odeur sur les mains » Ce qui n’échappe pas au chat. Crédits photo : Le Comptoir des chats. (Capture d’écran)

Du travail en amont 

L’envie de créer leur propre établissement se dessine au retour d’Amsterdam. Le décès d’un proche parent il y a un an leur permet d’investir l’héritage en fonds propres dans la société. Ils mettent la machine en route en faisant un business plan pour montrer la viabilité du projet, l’absence de concurrence et les moyens à leur disposition. Ils créent un logo avec une amie graphiste, déposent le nom à l’INPI, passent les formations obligatoires et travaillent avec une juriste et une comportementaliste.

Le plus dur, c’est finalement de trouver un local commercial. «Le propriétaire était séduit par la présence des chats. Il n’aurait pas accepté un salon de thé normal». Le vieux quartier de Bordeaux regorgeant de restaurants et de cafés, il faut se démarquer et prouver que les clients suivront. Ils signent le bail début juillet 2016.

Plans B

Le couple fait appel à un entrepreneur pour rendre l’endroit adapté à un commerce de bouche. «Le problème, c’est qu’on n’a vraiment pas de chance», plaisantent-ils. Celui-ci fait faillite alors qu’ils ont payé «largement» plus de la moitié de la somme pour 50% du travail fait. C’est pourquoi Louis met la main à la pâte. Il lui arrive de regarder des tutos sur internet juste avant de les reproduire. A peine descendu de son escabeau, il met en pratique ses nouvelles connaissances en matière de plomberie. Le café aurait dû ouvrir vers septembre ou octobre 2016 .

dsc_0071

L’autre difficulté est le financement. Malgré les 30,000€ investis en capital propre dans la SAS, les différentes banques qu’ils ont sollicitées refusent de leur prêter de l’argent car le commerce ne leur semble pas assez fiable. Christine et Louis Bonnel se tournent alors vers le crowdfunding, une solution 2.0, pour les aider à finir les achats tout en se faisant connaître. Réalisé sur le site de financement collaboratif français KissKissBankBank, il s’est terminé le 27 octobre 2016 et a totalisé 11,275€. Soit un peu plus de 10,000€ gagnés, une fois les 8% de commission du site déduits.

Les recettes ont donc intérêt à vite compenser les investissements. Surtout qu’une collecte internet fonctionne sur le principe un don = une rétribution. Ils offrent un café, café+pâtisserie, des t-shirts ou un service de vaisselle selon le montant de la participation. Christine est assez confiante. Elle prévoit déjà de reverser une partie de la revente des articles au refuge Potron-Minet situé à Mérignac, d’où viennent quatre des chats.

Plutôt chiens que chats ? Rassurez-vous, le premier café à chiens a ouvert mi-novembre à Lille. Le concept ne semble pas près de s’éteindre.

Juliane Rolland