Contravention du cannabis, les Bordelais réagissent

Dépénalisation, forfaitisation ou légalisation, le gouvernement Macron n’a pas encore pris sa décision. A Bordeaux, forts de leurs expériences, les consommateurs et associations se sont, eux,déjà construit un avis.

Sur les quais Louis XVII, Leila est assise parmi ses amis étudiants en deuxième année de prépa infirmerie. La jeune femme habite la métropole bordelaise et consomme du cannabis depuis ses dix-sept ans. La possibilité de se faire contrôler par la police n’a pas été un frein à sa consommation. Laura, 17 ans, la coupe :

« A Bordeaux, c’est comme dans les autres villes, la police patrouille et rien ne se passe. Ils nous disent simplement de jeter les déchets.»

A 23h, sur les quais Louis XVII (près de la place des Quinconces de Bordeaux), Laura, Juliette,Marie et Pierre ont terminé leur joint. Ils continuent à discuter et à écouter de la musique avant le dernier tram.Presque tous sont des consommateurs réguliers. (11/10/17- crédits photos : MC)

En définitive, si ces moins de vingt-cinq ans, ne craignent pas les arrestations, la forfaitisation ne les arrêtera pas non plus. D’ailleurs, le groupe s’accorde : la dépénalisation, ils ne voient pas ce que ça changera. Et puis, pour Marie (19 ans) : « C’est une dépénalisation, qui vire un peu à la la légalisation ».

Des idées pour réduire la consommation de cannabis dans leur tranche d’âge, ils n’en manquent pas. Leila reprend la parole  : « Les drogues se banalisent de plus en plus mais si le gouvernement empêchait moins de fumer, les jeunes consommeraient moins ». Pierre, seul garçon et seul sceptique devant cette possibilité avance:

« En légalisant, ce n’est pas sûr que moins de jeunes consommeront, la cigarette est légale et pourtant, il y a toujours autant de fumeurs. »

D’après lui, mieux vaudrait adopter un bon modèle à la sauce hollandaise; mettre en place des coffee shops comme aux Pays-Bas.

Comment encadrer la consommation de cannabis ? C’est sur ce point que ces jeunes adultes s’attardent et que les désaccords apparaissent à l’échelle nationale. Depuis septembre 2017, deux députés sont en charge d’une mission d’information qui réfléchit à la dépénalisation du cannabis. Ni à Paris, ni ailleurs, les consommateurs ne sont directement consultés. Dans le dialogue instauré avec l’Assemblée nationale, leurs intérêts sont tout de même représentés par des associations interrogées tour à tour,tels que le Collectif d’information et de recherche cannabique (CIRC), Cannabis Sans Frontières ou encore NORML France.

 « La légalisation aura lieu »

Le 15 septembre 2017, NORML France auditionne à Paris. Aux commandes de l’entretien, les députés Eric Poulliat (La République en marche ) et Robin Reda (Les Républicains) .Olivier Hurel et Béchir Bouderbala leur transmettent l’avis de l’ONG concernant le remplacement de la loi pénale actuelle par une amende forfaitaire. Le responsable des relations publiques et le responsable des financements de l’ONG relèvent la continuité de l’insécurité liée à la consommation de cannabis et la pénalisation de l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques. Ils encouragent également les deux hommes politiques à aller plus loin, vers la légalisation du cannabis en France.

Lors de son passage dans la capitale de la Nouvelle-Aquitaine, trois semaines plus tard, Florent Buffière insiste sur le but poursuivi par l’association fondée en 2013 à Bordeaux sous le nom Chanvre et Libertés. L’ONG est en faveur d’une « régulation totale et complète, de tous les usages du cannabis : adulte, industriel, médical. »  Le directeur de la communication de l’organisation estime : « Il faut arrêter de faire la guerre au cannabis, car c’est faire la guerre aux consommateurs. Et précise :

« De toute façon, la légalisation aura lieu, la vraie question, c’est quand et comment.  De fait, culturellement, les mentalités évoluent. Les Français se rendent compte par eux-mêmes que la consommation de ce produit peut avoir des effets moins dangereux que d’autres substances qui, elles, sont légales. »

Un sujet difficile à trancher 

Yann Fayolas, intervenant chez CAAN’abus (lieu de consultations jeunes consommateurs) observe : « Puisque le cannabis est un produit dangereux, l’interdiction n’est pas aberrante. Par contre, pénaliser semble excessif parce que les consommateurs peuvent souffrir d’une addiction, qui est une maladie, et il est difficile de  sanctionner cela ».

Les consultations jeunes consommateurs sont obligatoires depuis sept ans en cas d’arrestation pour consommation de cannabis. Au 39 rue Ste Colombe, les locaux de CAAN’abus représentent un des centres ayant pour mission d’être un lieu de réflexion et d’informations pour les moins de 25 ans. ( crédits photos : CAAN’abus)

Pour cet infirmier du service addictologie de l’Hôpital Charles Perrens, les motifs du gouvernement derrière les discussions sur la dépénalisation ne sont pas clairs. Il y a donc un manque de communication face à cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Emma qui fait partie de la bande du 11 octobre 2017 sur les quais Louis XVII, affirme d’ailleurs ne pas être au courant des discussions sur la dépénalisation du cannabis.

Les acteurs bordelais se sont prononcés, leurs opinions et modes d’action divergent. Par conséquent, quelles mesures adopter ? Pour François Richard, éducateur spécialisé à CAAN’abus, la file active (nombre de Consultations Jeunes Consommateurs) augmente depuis ces cinq dernières années. Si la loi dépénalise, un défi majeur est à considérer :

« Il faut limiter l’accès à la consommation des jeunes, qui sont les plus fragiles au niveau neurobiologique. » 

Mieux encadrer pour réduire les risques, d’addiction ou de mauvaises pratiques. Sur ce point, étudiants, militants, personnels soignants et encadrants s’accordent. Au delà des enjeux publics tel que le désengorgement des tribunaux, la santé doit primer.

 Maud Charlet

2 Comments
  1. Sujet évidemment capital Comment faire passer le danger que cela représente et les profits que cela procure illégalement ?
    Réflexion à poursuivre d ‘ urgence et décisions à prendre au plus vite
    Bravo à tous ceux qui participent à ces actions

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