Consommation et obsolescence : Bordeaux retrousse ses manches

Comment consommer mieux avec un budget d’étudiant tout en évitant l’obsolescence programmée ? L’association étudiante Étu’Récup, basée sur le campus de Talence-Pessac, a mis en place depuis trois ans un écosystème alternatif basé sur le don : récupérer, réparer, réutiliser. Une première nationale à l’échelle d’un campus qui fait réagir la ville de Bordeaux sur les modes de consommation des bordelais.

Une assemblée hétéroclite de mécano se répartissent le travail à faire pour l’après-midi dans l’atelier. Chacun met la main à la patte, que ce soit pour apprendre, comprendre ou enseigner. Un point de soudure, changer un fusible, refaire un circuit imprimé … On peut (presque) tout faire à l’atelier « électro-info ». Sous le regard attentif d’Anthony Morin, un des animateurs permanents, tout le monde bosse, et tout le monde est utile. Une jeune bénévole venant pour la première fois est aidée pour installer un logiciel libre sur son ordinateur. Finalement, peu importe la raison du problème, l’entraide est le mot d’ordre à la ressourcerie Étu’Récup.

Photo de Mathilde MUSSET

A Talence, l’atelier « électro-info » animé par Anthony (à gauche) est un rendez-vous pour les amateurs bricoleurs et bordelais consom’acteurs.

©Mathilde Musset

  Cette jeune initiative girondine prend ses racines sur le campus de Talence-Pessac, une première nationale : composée à 70% d’étudiants, mais aussi de riverains pour la plupart retraités, c’est une action collective et locale qui fait le bonheur de tous. Depuis 2014, la ressourcerie Étu’Récup, qui compte 4 animateurs permanents, se concentre sur la récupération et la réparation. Du petit mobilier à l’électroménager, en passant par de la déco ou les vélos, la ressourcerie prend n’importe quel objet qui pourrait palier au problème du coût de la vie chez les jeunes, mais aussi éviter la logique du « toujours plus ».

Un écosystème alternatif

  Créée sur le modèle des Repairs Cafés des Pays-Bas qui allient lien social et actions pour l’écologie, Étu’Récup essaye de rendre automatique le réflexe du tri et du « do it yourself, do it together « chez les étudiants : la joie de repartir avec un objet qu’on a nous-même réparé avec l’aide d’autres personnes, en évitant de racheter du neuf. La ressourcerie possède les outils, les connaissances, et les bénévoles prêtent leurs mains et donnent de leur temps. Un local de stockage a émergé à Doyen Brus : c’est 400m² de vélos, tables, chaises, vaisselles, textiles, lampes, tous sauvés de la poubelle ! Les fers à souder, les tournevis, les planches, le petit électroménager démonté finissent ce tableau d’atelier fourre-tout. Juste à côté de la « boutique », on trouve le local des ateliers : au choix « vélos », « bois », « couture » et « création de bijoux, accessoires », ou bien « électro-info » pour les plus mécanos. Les animateurs permanents qui tiennent la boutique encadrent les bénévoles et les visiteurs. La nouveauté cette année ? Créer ses propres cosmétiques et produits ménagers, 100% éco-friendly.

  Les seules contraintes sont d’ordre technique : des pièces détachées introuvables ou incompatibles, des mises à jour impossibles … Certains objets tels que les imprimantes sont le grand symbole de l’obsolescence programmée. Le 17 Septembre dernier, l’association parisienne HOP (Halte à l’obsolescence Programmée) a porté plainte contre leurs fabricants (Canon, HP, Brother, etc.). Ceux-ci installeraient des logiciels frauduleux chargés de faire dire à l’imprimante que la cartouche d’encre encore à moitié pleine est … vide. Ou encore rendre impossible toute mise à jour du pilote informatique.

Acheter pas cher, c’est acheter trop cher

  Nos achats ont souvent une durée de vie limitée. Alors on jette, et on rachète. Une habitude bien peu écologique qui augmente « l’empreinte écologique » de l’Homme sur la planète. Pour faire simple, c’est la pression exercée par l’Homme sur la nature causant l’accélération du réchauffement climatique et l’épuisement des ressources. Mais surtout une forte augmentation des déchets ! Une bien mauvaise façon de consommer … et c’est bien contre cela que l’association veut lutter. 

Sur la question de l’obsolescence programmée, « La Méthode Scientifique« , une émission de France Culture présentée par Nicolas Martin (11/10/2017)

  Ce « perfectionnement » de la technique pour plus de profit, ce fut le constat d’un illustre sociologue bordelais que les étudiants de l’IJBA connaissent bien puisqu’il s’agit de … Jacques Ellul. Il expliqua que ce mode de consommation entraîne une perte de liberté du consommateur dans ses choix. Le produit a une durée de vie courte, il faudra donc racheter. Recréer une circulation de produits de seconde vie permet de limiter l’achat de produits neufs, néfastes pour l’environnement. Consommation d’eau, exploitation de ressources limitées, logique du « toujours plus ». Chez Étu’Récup, les objets réparés en boutique ne sont pas forcément gratuits, mais l’acheteur a la liberté de donner le montant qu’il souhaite. Ce qui se rapproche le plus de la définition de l’appellation « consom’acteur », démocratisée depuis quelques années

 

« On voit des personnes arriver avec un vélo, nous dire qu’ils veulent le jeter, alors qu’il n’y a qu’une crevaison. On essaye alors d’expliquer, de responsabiliser. » 

Anthony Morin, animateur permanent chez Étu’Récup.

Les bénévoles d’Etu’Recup, étudiants comme riverains, s’activent à la réparation des vélos, meubles et petit électroménager pour lutter contre l’obsolescence.

©Mathilde MUSSET

Une action qui en fait germer d’autres

Deux temps forts se détachent dans l’année : le premier à l’automne. C’est la vente des objets réparés pour la foule d’étudiants qui prennent leurs quartiers dans les résidences étudiantes environnantes. Le deuxième temps est celui de la grande récup’ de début d’été, lorsque les déménagements se multiplient parce qu’il faut rentrer au pays ou simplement entrer dans la vie active. Désormais, la ressourcerie possède un camion pour effectuer une collecte, qui peut aussi se faire directement en déchetterie. Des évènements ponctuent en plus l’année universitaire, grâce aux nombreux liens avec d’autres associations bordelaises telles que l’Astragale Fourmi, Les Amis de la Terre Gironde, le Reggae Sun Ska, Allez les filles, et bien d’autres. Les réseaux sociaux et une intense campagne d’affichage sont efficaces, mais rien ne vaut le bouche-à-oreilles selon Anthony. Et cela fonctionne puisque le nombre d’adhérents augmente chaque année.

Différents médias bordelais se sont intéressés à Étu’Récup au fil de sa jeune existence http://eturecup.org/articles-de-presse/

Bien plus formellement, l’association est soutenue financièrement par l’Université de Bordeaux, Bordeaux-Métropole et le conseil départemental. La région soutient également Étu’Récup en plus de l’action nationale l’action de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). Étu’Récup a séduit: l’association est actuellement sélectionnée en partenariat avec la ville de Pessac pour le projet La Maison du Vélo-Campus, organisée par Bordeaux Métropole. L’objectif est de croître de 15% la part du marché du transport à vélo. Mais aussi de transformer les modes d’action et de consommation des bordelais pour en faire de bons « consom’acteurs ». L’association étudiante est aussi imitée dans d’autres villes comme Lyon, Marseille, Paris, ou encore avec l’association « le tri sera top » sur le campus de l’université Paul Sabatier à Toulouse. L’avenir des espaces urbains se trouve dans les énergies renouvelables et les nouveaux écosystèmes de consommation. Bientôt une ressourcerie automobile ?

De nouvelles (bonnes) habitudes à prendre … c’est officiel ! Les conseils du département et de Bordeaux Métropole.

 

Mathilde MUSSET

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