Calixte-Camelle, morceau de la Bastide délaissé

Au cœur d’une polémique suite à plusieurs articles publiés dans Sud Ouest, la place Calixte-Camelle devient malgré elle un symbole de l’abandon de certains quartiers bordelais. Situation intenable pour les riverains, climat d’insécurité délétère, autant d’éléments rapportés par Sud Ouest qui trahissent l’exaspération des riverains. Pourtant, la réalité y est plus contrastée.

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Délaissée, la place Calixte-Camelle ne s’anime jamais vraiment plus.

 

On ne se comprend plus, place Calixte-Camelle. Le jeu de boules est à l’abandon, des magasins ferment, et les passants ne s’y attardent guère. Ici et là, les racines des platanes crèvent le bitume mal entretenu. Les jeux d’enfants, peu utilisés, ne semblent plus vraiment entretenus. On est frappé par le peu d’activité qui y règne, malgré les commerces qui bordent l’endroit. La plupart des poubelles débordent, signe que les services municipaux n’y sont pas les plus zélés.

Il semblerait que cette place, au cœur du quartier la Bastide, à deux pas de la cité de la Benauge, ait cessé d’intéresser les Bordelais. Qui sait encore qui était Calixte-Camelle, député et grande figure du socialisme local ? Son monument marbré, perdu au milieu de la place, a des allures de tombe délaissée. De profil, sa figure endormie, forgée sur un large médaillon de cuivre, scrute l’air las les allées et venues.

Un quartier au coeur de la polémique

La place a pourtant défrayé la chronique locale ces dernières semaines. Au commencement était un article publié par Sud Ouest. L’auteur donne la parole à des riverains excédés par des nuisances, provoquées semble-t-il par quelques groupes de jeunes. On y relaye les propos de commerçants qui affirment venir travailler « la boule au ventre », ou bien de bailleurs qui se lamentent devant les difficultés de trouver des locataires pour leurs appartements.

De l’avis quasi général, « le chiffre d’affaire baisse » et « c’était mieux avant ». Les fautifs ? Des jeunes et des moins, jeunes, qui se rendraient coupables de petites et grandes incivilités, du simple fait de « zoner » en bande sur la place au deal en passant par des rodéos en voiture.

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« Qu’est ce que vous voulez en faire de cette place ? »

Croisée aux abords de Calixte-Camelle, Jeanne et ses cheveux rouges sont arrivés dans les années 1970. Elle se souvient : « Quand je suis arrivée, il y avait mille enseignes. Aujourd’hui c’est assez tristounet. » La sexagénaire discute justement avec une voisine, qui ne mâche pas ses mots de dépit : « Qu’est-ce que vous voulez en faire de cette place ? Plus personne ne vient, et tous les commerces ferment ! » S’il reste encore quelques enseignes, la place donne l’impression de dépérir. Les commerçants, eux, sont à l’unisson pour déplorer une baisse de la fréquentation, notamment depuis la généralisation du stationnement payant.

Simon (à gauche sur la photo) voit chaque année la place se vider un peu plus.

Simon (à gauche sur la photo) déplore le peu de vie squi règne à Calixte-Camelle, sans pour autant la reconnaitre dans le portrait très pessismiste fait par Sud-Ouest.

 

Moins âgé, Simon partage pourtant ce constat amer. Le lycéen habite les alentours de la place depuis 15 ans, et se souvient de ses plus jeunes années, où de nombreux repas de quartier y étaient organisés. Il explique que s’il ne s’y sent pas en danger, il regrette que cet endroit soit devenu un « terrain de jeu pour les dealers », où plus rien ne se passe réellement.

Un quartier abandonné par sa mairie 

Ces changements sont constatés par d’autres, comme le buraliste, présent à Calixte-Camelle depuis 10 ans. Pêle-mêle, il parle du changement de la population et de l’ambiance générale. Sans les nommer, on comprend qu’il parle des jeunes de la cité avoisinante de la Benauge. Ses remarques les plus acerbes sont pourtant destinées à la mairie et son service technique, peu à l’écoute des doléances des habitants, et dont l’action se ferait de moins en moins visible.

Davantage que le danger, c’est bel et bien ce sentiment d’être dans un quartier oublié et en perdition qui prédomine chez certains. Plusieurs mètre plus loin, on peut entendre un son de cloche similaire chez une commerçante habitué du lieu :

« Je n’ai rien à reprocher à cette place, si ce n’est qu’elle est moche. Je ne me sens pas en insécurité, mais cette place est morte pour être honnête. »

L’article de Sud-Ouest du 13 octobre 2016 donnait pourtant la parole à des riverains à bout, comme la propriétaire du salon de coiffure. Celle-ci ne souhaite plus faire de commentaires, devant les retombées négatives causées par la publication de l’article.

Batista (debout) déplore l'emballement médiatique autour de la place. Selon elle, l'article du Sud-Ouest lui a "fait perdre des clients".

Batista (debout) déplore l’emballement médiatique autour de la place. Selon elle, l’article du Sud-Ouest lui a « fait perdre des clients ».

 

Un peu plus loin, Batista, 44 ans, tient le « Benfica ». Dans son bar, on peut justement apercevoir les jeunes en question. Elle ne retrouve pas la place dans le portrait qu’en a fait Sud-Ouest, et explique que « Les choses vont trop loin, l’article exagère énormément ». La franco-portugaise jette un regard désabusé et fataliste sur l’évolution du quartier :

« Cela fait 7 ans que nous sommes ici. Les commerces ferment car il n’y a plus de clients voilà tout. Les gens se plaignent de tout et de rien, je ne vois pas de problème en ce qui me concerne. »

Marco est le gérant du kebab situé à deux pas du Benfica. Son restaurant, le Bodrum, accueille la plupart des jeunes qui viennent trâiner sur la place, comme les lycéens qui passent le midi. « Je suis ici depuis 7 ans, et je trouve vraiment que l’article est exagéré, je ne vois pas d’insécurité autour de moi. »

Les problèmes, c’est encore le pharmacien de la place qui en parle le mieux. Il l’affirme sans ambages : « Je suis là depuis 12 ans, et honnêtement, la situation s’est dégradée. » Il poursuit en dénonçant comme d’autres l’inaction du maire du quartier de la Bastide, Jérôme Siri. Pour lui, c’est évident, « sur le plan de la sécurité, la place a été délaissée. J’ai vu des jeunes faire des rodéos en voiture, griller des priorités et emprunter des rues en sens inverse. Les gens dealent de partout, personne ne s’en cache. » Pour lui aussi, l’article publié par Sud-Ouest a eu des répercussions, il déclare qu’une partie des fauteurs de troubles aurait tenté de l’intimider, alors qu’il rejoignait sa voiture. Les nouveaux arrivants seraient en partie responsable de l’immobilisme aveugle qui fait lentement mourir Calixte-Camelle : « Nous avons beaucoup de bobos aujourd’hui. Pour ces gens-là, tout va toujours bien. Il s’agit d’un problème idéologique. »

Elie Abergel

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