Cabane attend parc charmant

          Terrain vague près de la gare avec quelques bouts de verdure, la place André-Meunier n’a pas fière allure. La mairie souhaite la réaménager pour que cette place à l’abandon se mue en un nouveau parc. Le problème ? Après presque deux ans d’attente, les travaux n’ont toujours pas commencés et La Cabane à Gratter, association du quartier en exil, ne peut retrouver sa place.

Place André Meunier

Place André Meunier : un terrain vague en attente de travaux. Crédit Maïder GERARD

Vieux serpent de mer du quartier, les travaux de ce véritable lieu de vie pour les riverains sont pour le moment à l’arrêt. Fissures au niveau du parking sous-terrain, retard de construction du gymnase Aliénor d’Aquitaine, récupérateur d’égout non signalé, les imprévus ne cessent de s’accumuler et les recours judiciaires aussi.

Installée sur la place depuis sa création, La Cabane à Gratter accueille sans papier, passants, riverains et curieux pour un café ou un thé au prix de quelques pièces. À cause des travaux, l’association a dû faire ses valises. Elle se retrouve maintenant à quelques mètres de là, coincée dans la petite rue Louis Fort entre l’IUT et le Café Pompier à Sainte Croix. « Là, vous voyez on est sur la voie publique et sur le caniveau, ce n’est pas terrible », explique Jean, bénévole à la Cabane à Gratter.

Jean, bénévole Cabane à Gratter

Jean, bénévole à La Cabane à Gratter assure la permanence tous les jeudis. Crédit Maïder GERARD

Les visiteurs se serrent sur la petite terrasse pour se mettre à l’abri et jouer aux dames. Si le temps le permet, quelques chaises sont installées sur le trottoir pour s’assoir. Certains prennent un café et s’en vont, d’autres discutent en mangeant les provisions qu’ils viennent de récupérer aux Restos du Cœur, à deux pas. L’aménagement est précaire, la cabane est construite de bric et de broc et, surtout, l’espace manque.

Son déménagement ne devait durer que six mois or, cela fera bientôt deux ans que le « provisoire » s’installe. En ce moment, les choses bougent un peu. Depuis le 2 novembre un diagnostic archéologique préventif en vue des travaux est en cours sur la place. Avant la Cabane, la place hébergeait le fort Louis (XVIIème-début du XIXème siècle) puis plus tard des abattoirs publics (1831-1940′). Même si les archéologues tombent sur un os cela ne devrait pas retarder les travaux. Cédric Gérardin, archéologue au service d’archéologie préventive de Bordeaux Métropole explique : « L’archéologie permettra seulement de modifier les plans du parc pour ne pas construire sur les vestiges du fort Louis ».

Diagnostic Archéologique Préventif André Meunier

Tractopelle, barrières de sécurité : le diagnostic archéologique en vue des travaux a débuté sur la place André Meunier. Crédit Maïder GERARD

Malgré le peu d’installations, les habitants du quartier continuent de fréquenter la place. Sur un banc, avec une boisson et des chips, Marie-Anne, habitante du quartier depuis cinq ans raconte : « Je traverse souvent le parc et parfois je prends du temps comme aujourd’hui pour profiter du soleil. J’aime bien cet espace de chassé-croisé ».

Et elle n’est pas la seule. Ce matin-là, d’autres personnes se reposent sur des bancs ou traversent énergiquement la place. Ce n’est pas seulement un lieu de passage. Même dans cet état-là,  place demeure un lieu de vie pour les habitants. La Cabane à Gratter fait pleinement partie de cette dynamique de quartier. Les bénévoles craignaient que l’association ne disparaissent avec les travaux, elle a donc insisté pour perdurer même si son nouvel emplacement dans la petite rue Louis Fort est loin d’être idéal. « Nous, on devait être là provisoirement pour six mois et on va y passer quatre ans donc heureusement qu’on s’est battu pour rester. On a craint que la mairie saisisse l’occasion des travaux pour nous faire disparaître », confie Jean.

On devait être là provisoirement pour six mois et on va y passer quatre ans

Bien au contraire la mairie est un réel soutien pour l’association. La demande des bénévoles d’agrandir un peu la cabane pour gagner en terrasse a été acceptée par les pouvoirs publics.

Le manque de place diminue grandement les activités de la Cabane. En temps normal des ateliers de réparation de vélos, de couture, des tournois de pétanque, sont organisés.  Ces quelques mètres supplémentaires de terrasse représenteraient une véritable respiration pour l’association. « La mairie est coopérante et nous aide bien. Je pense qu’ils apprécient que la cabane soit un des acteurs qui apaise les choses dans le quartier », reconnaît Jean derrière son comptoir tout en servant un thé.  L’association a touché cette année environ 3000 euros de subvention de la part de la mairie. Pas de mésentente donc.

De plus, La Cabane est pleinement intégrée au futur projet du parc. Jean s’enthousiasme : « Sur le prochain aménagement il y aura une vraie cabane, une belle structure. C’est la mairie qui aménage ça ».

Le projet de réaménagement de la place est plutôt plébiscité par les habitants du quartier. Pas étonnant, ils ont eux-mêmes participé à l’élaborer. Tous s’accordent à dire que l’esprit du quartier est respecté. « On a toujours été sur la place quand on voulait, nous on veut que la place reste ouverte à tous. Le projet est bien », affirme Jean dans sa cabane. Marie-Anne, une riveraine, ajoute : « C’est un beau projet mais pour le moment c’est interrompu. On ne sait pas trop dans quel sens ça va ».

C’est un beau projet mais pour le moment c’est interrompu.

Lorsque l’on demande quand les travaux doivent reprendre, les habitants répondent « janvier 2016 ». La mairie, elle, se fixe comme objectif mars 2016. Personne ne sait réellement où en sont les travaux aujourd’hui et Jean, plutôt pessimiste, dit : « La fin des travaux est prévue en janvier 2017 mais moi je crois qu’on sera toujours là en septembre 2017 pour peu que les travaux aient un peu de retard ».

Loin de paralyser la vie du quartier, les habitants s’accommodent des travaux. La Cabane est toujours bien présente et c’est le principal. La mairie, elle, refuse de communiquer sur le réaménagement de la place affirmant officiellement qu’elle n’a « pas assez de données sur le projet ». Un signe de mauvais augure pour la Cabane qui ne semble pas prête de retrouver sa chère place.

Petit historique de la place André Meunier :

Maïder GERARD

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