« Boxe and soul », corps et âmes

Jeune femme boxeuse

Une jeune femme s'essaye à la boxe. Crédit photo : Maxime Dubois

S’initier à la boxe en musique : c’est ce que proposent depuis un an le tout jeune Boxing Club Bordelais et l’association rock Allez Les Filles. Leur ring mobile et musical était vendredi 9 décembre à Cenon, pour promouvoir le noble art mais aussi créer du lien social. 

Sur le parvis du Rocher de Palmer, le patron de l’underground musical bordelais Francis Vidal est aux platines. Devant sa sono l’éphémère ring de boxe, érigé pour l’occasion, porte beau. Abderrahim Zirouri, entraîneur et fondateur du Boxing Club Bordelais, prodigue ses conseils en matière de jeu de jambes. En cet humide vendredi de décembre, des dizaines de courageux ont fait l’effort de venir au pied des barres de ce quartier populaire de Cenon, pour enfiler les gants. Ils seront une soixantaine en tout sur l’après-midi. « C’est pas mal pour la saison » assure « Abdé » qui a crée sa structure, basée près du Cours de la Marne, en 2008. « Globalement les manifestations Boxe’n’soul fonctionnent bien, les gens adhèrent au concept ».

A l’origine du projet, plusieurs volontés. D’abord faire connaître le seul club de boxe du sud bordelais, né « d’une réelle demande de la part de la population locale ». Ensuite donner une autre image d’un sport parfois mal vu. Puis à l’arrivée et idéalement, créer du lien social entre les participants, de tous les âges, toutes les origines.

Culture commune

Le fondateur d'Allez Les Filles mixe.

Francis Vidal, pape de la musique bordelaise et DJ funky. Crédit : MD

A l’origine donc, autour d’une bière, M. Zirouri parle de son idée à son ami M. Vidal. L’homme est une figure tutélaire de la musique à Bordeaux, a fondé en 1996 l’association Allez Les Filles – organisatrice de soirées et concerts. Une référence. Francis accepte de participer. Il a déjà en tête la bande-son idoine pour accompagner les animations. « J’ai tout de suite pensé à la soul music, au funk, au rythm’n’blues originel » image Francis Vidal.

« Ces genres musicaux sont issus des mêmes ghettos américains que la plupart des grands boxeurs du 20ème siècle. Il y a là une vraie culture commune, ancrée. De plus, le tempo est primordial. Une certaine musique, une ligne de basse peut suivre le rythme particulier de la boxe. »

Vidal, docteur ès-son old school, amateur de boxe, nous apprend que James Brown, Billy Joel ou encore Dean Martin ont eu un bon niveau entre les cordes. Que Joe Frazier, George Foreman et Muhammad Ali, trois légendes du noble art, ont enregistré des disques ou chanté à l’église. Le père de Frank Sinatra boxait sous le nom de Marty O’Brien. Du ring à la scène, tout fait soudainement sens. C’est décidé, ce sera « Boxe’n’soul ».

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=0TbMPu1di6I]

Le lien n’est pas qu’historique. Les deux complices insistent sur le message positif véhiculé par la soul music – « que tout le monde aime » dixit Francis – en adéquation avec les valeurs de la boxe selon Abderrahim. Amitié, discipline, respect de l’adversaire, qui redevient un partenaire après le combat et une bonne poignée de mains. L’entraîneur précise : « c’est un lien assez fort qui se tisse entre deux combattants, face à face. On est également face à soi-même, il y a beaucoup d’introspection. » De l’importance de l’âme, la soul.

Allez les boxeuses

La synergie se matérialise en septembre 2010 : premier Boxe’n’soul, place Fernand Laffargue à Bordeaux. Depuis, quinze autres dates ont eu lieu. Le succès est grandissant, tout comme l’exposition pour le club. « Nous sommes actuellement 65 adhérents » dénombre Abdé. « Cela augmente après chaque Boxe’n’soul. Les filles sont de plus en plus nombreuses à s’y mettre. » Une tendance que la fine équipe a pu vérifier en se déplaçant à la Maison d’arrêt pour femmes de Gradignan, un grand moment. « Ca fut une fête pour tout le monde, un peu d’évasion, on a joué beaucoup plus longtemps que prévu » sourit M. Vidal. « On essaie d’aller là où personne d’autre ne va » résume Abdé.

boxe_quartier

Deux boxeurs seuls au monde, face à l'adversaire et face à eux-mêmes. Crédit : MD

Dans les quartiers visités, souvent populaires (Grand Parc, les Capus, rive droite, Palmer…), le manque d’activités pour les jeunes est criant. La boxe éducative proposée ici plaît aux familles, qui accompagnent. Aux Aubiers, dans le nord de Bordeaux, elles picniquaient dans l’herbe avoisinante tandis que les gamins s’initiaient.

« C’est important de dialoger avec les parents. La boxe peut aussi être une école de la vie. »

Accessible à tous

De retour à Palmer, personne n’illustre mieux cette idée que Christophe. L’homme, la trentaine, a tout connu. La délinquance, les conneries. Les visites, de force, aux services psychiatriques qui l’ont déclaré handicapé. « Je m’ennuyais et passais mon temps à faire n’importe quoi, alors j’ai eu des problèmes » relate-t-il.

« La boxe, Abderrahim, ils m’ont remis dans la bonne voie. Ca m’a sauvé. Aujourd’hui je me défoule grâce à la boxe. Elle m’a appris l’esprit familial, la discipline. Tout le monde peut en faire, même un handicapé. »

Un gamin vient mimer crochets du gauche et uppercuts à ses côtés : c’est Mishef, jeune bulgare de 15 ans arrivé en France il y a deux ans. La boxe, pour lui, c’est synonyme d’intégration. Il rêve de devenir champion, comme son idole Muhammad Ali.

jeune_boxe

Quelques instants de répit. Crédit : MD

Mathieu, 32 ans, habite lui quartier Nansouty. Infirmier en psychiatrie, il s’est inscrit au club voilà un an, pour mieux penser son métier. « J’ai toujours eu conscience que mon corps était une arme » précise-t-il. « Je travaille ainsi le contrôle de mon corps, pour les situations d’agitation avec des patients. » Par ailleurs étudiant en anthropologie, il dit être arrivé à la boxe en lisant le livre du sociologue Loïc Wacquant sur l’univers des salles de boxe dans les ghettos de Chicago « Corps & âme : Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur » (ed. Agone). L’auteur fut emporté, pris par la boxe et ne pouvait plus s’en passer ; pour Mathieu, la même.

Détection

Que l’on passe par Boxe’n’soul ou que l’on se rende directement à la salle du BCB – gymnase Barbey – , en général le virus s’attrape rapidement. M. Zirouri, enthousiaste : « au club on a des jeunes qui viennent en train de Langon (50km de Bordeaux, ndlr), de Saint-Médard ou Pessac où il y a déjà trois clubs ! » Confirmation qu’au delà de Bordeaux-sud, le BCB séduit. Seul souci au départ, le manque de structures. Une constante pour les associations sportives dans la ville. « Heureusement, la mairie nous a fourni une salle et nous aide financièrement sur les Boxe’n’soul. Et une nouvelle salle d’entraînement sera disponible en janvier rue Brascassat, derrière la gare. »

Le BCB est appelé à grandir et son ring ambulant, lui, continuera de sillonner la CUB pour davantage de dates punchy et funky, avec une accélération au retour du printemps puis de l’été. L’occasion d’observer un vivier de jeunes boxeurs toujours plus étoffé et pourquoi pas de trouver, sur le bitume, la nouvelle pépite du noble art à Bordeaux.

Julian COLLING

cours_boxe

Initiation aux gestes de base. Crédit : MD

Informations, agendas :

+ le site web du Boxing Club Bordelais : http://boxingclubbordelais.blogg.org

Les informations pratiques (tarifs, horaires) sont ici.

+ le site web de l’associaton Allez Les Filles : http://www.allezlesfilles.com/accueil.php

+ d’autres photos Boxe’n’soul : Maxime Dubois photographies

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *