Panorama de la bière bordelaise

Depuis décembre 2016, Bordeaux compte une microbrasserie de plus à son actif. Azimut brasserie n’est toutefois pas le premier établissement de ce type à ouvrir dans la ville, désormais place forte de la bière.

 

Paul, co-fondateur d'Azimut Brasserie, n'en a pas encore fini avec les travaux, mais son bureau prend forme.

Paul, co-fondateur d’Azimut Brasserie, n’en a pas encore fini avec les travaux, mais son bureau prend forme.

 

« Si tout se passe bien, on pourra commencer début décembre ». Dans son entrepôt, Paul s’active. Il y a du boulot, tout reste à installer, avant que Azimut Brasserie puisse enfin voir le jour. Au nord de Bordeaux, tout au bout du quartier Bacalan, on travaille pour faire fonctionner le circuit électrique. Brasser de la bière, ça consomme, il faut un circuit béton.

Cela faisait un an que Paul, ancien designer, et son ami Vincent, Québécois, brassaient dans le restaurant de l’Amirale Bière, au coeur de la ville. « On ne pouvait pas travailler exactement comme on souhaitait le faire » confie Paul. Tous les deux ont alors décidé de se lancer, et de créer leur microbrasserie, dans un lieu plus grand. C’est cet été que le projet a vraiment débuté. Pendant tout le mois d’août, Paul et Vincent ont brassé leurs bières, afin de pouvoir les goûter en septembre. Quelques réajustements, de petits changements dans les recettes, et leurs choix sont fait. Ils produiront cinq bières différentes. American Pale Ale, American Ipa, Pale Ale Française, Stout Avoine Sorachi et une Blanche Lime Basilic. En clair, trois blondes, une brune et une blanche. Toutes avec des arômes bien différents; agrumes, fruits tropicaux, basilic, et on en passe.

Azimut brasserie a déjà reçu ses bouteilles, qui restent à étiqueter et à remplir.

Azimut brasserie a déjà reçu ses bouteilles, qui restent à étiqueter et à remplir.

 

Sur l’Avenue du docteur Shinazi, au milieu d’autres entrepôts, celui d’Azimut Brasserie est encore vide, tout comme sa façade. « Je viens de recevoir l’enseigne, je vais l’accrocher aujourd’hui » explique Paul. A l’intérieur, seul le bureau a déjà pris forme. C’est d’ailleurs la seule pièce dans laquelle il fait chaud. Partout au sol, des cartons, remplis de bouteilles vides pour les uns, d’étiquettes tout juste imprimées pour les autres. « On prépare les prototypes, c’est ce qu’on va montrer aux fournisseurs » se justifie Paul. Le reste de l’entrepôt est encore vide, mais il montre avec précision où se trouveront le moulin, le brasseur, le refroidisseur, les cuves de fermentation, et même là où seront stockées les palettes de bouteilles en fin de production.

Partager une expérience

A ses côtés, prêt à le reprendre s’il dit une bêtise, Benjamin, l’un des deux associés de PIP, pour Pression Imparfaitement Parfaite. L’association, créée en 2015, est installée aux Vivres de l’Art, une association hébergeant des artistes locaux, toujours dans le quartier Bacalan. La brasserie reste simple, elle brasse une blonde et une brune, qui sont présentes un peu partout à Bordeaux, chez certains distributeurs, et dans les bars et restaurants. Sa particularité, c’est de proposer aux amateurs de bières de venir brasser eux-mêmes, en suivant des recettes que les deux brasseurs ont choisi.

Ici, les deux brasseries vont travailler ensemble. Ces locaux, PIP va les sous-louer quelques jours par semaine. Pendant que les uns brasseront leurs bières, les autres embouteilleront les leurs. Pour Benjamin, l’intérêt est double : « partager les coûts, mais aussi notre expérience ». PIP et Azimut Brasserie se sont fixé un objectif pour ce début de collaboration. A deux, ils souhaiteraient produire 70 000 litres, d’ici un à deux ans.

Dans l'entrepôt d'Azimut Brasserie, le matériel arrive, mais tout reste encore à installer.

Dans l’entrepôt d’Azimut Brasserie, le matériel arrive, mais tout reste encore à installer.

 

Un nouveau projet se crée, mais le concept n’est pas nouveau dans la région. Bordeaux, cité du vin ? Oui, mais pas que ! La bière a connu une croissance très dynamique dans la ville, en seulement quelques années. Il semblerait que les Bordelais commencent à lâcher leur verre de vin pour une chope. Au point qu’en 2016, pour sa deuxième édition, le festival Blib!, pour la bière libre et indépendante, a connu un large succès, attirant plus de 1000 visiteurs, rien que pour la soirée d’ouverture, selon son président Jean-Baptiste Lesseur. Ce soir-là, les brasseurs locaux étaient à l’honneur à la Guinguette chez Alric, pour faire découvrir, ou redécouvrir leurs produits.

La croissance dynamique de la bière artisanale

C’est Gasconha, une microbrasserie installée à Pessac depuis 2010, qui a ouvert le bal. Aujourd’hui, c’est elle qui est présentée comme la première à avoir ouvert localement. D’autres ont suivi, comme Alienor à Saint-Caprais de Bordeaux en octobre 2012, ou Burdigala, à La Teste-de-buche, près d’Arcachon deux ans plus tard. C’est enfin au coeur même de Bordeaux, que les brasseurs ont décidé de prendre place. Aujourd’hui, plus besoin de sortir de la ville pour découvrir une nouvelle bière, la déguster et rencontrer  celui ou celle qui la produit.

Lydia Servary a ouvert La P’Tite Martial en juillet 2015. Installée dans le quartier des Chartrons, Elle y propose blondes, brunes, ambrées, blanches. Toutes sont certifiés « agriculture biologique ». On peut également y déguster d’autres bières, aux noms moins classiques, comme la P’tite safranée, épicée, et comme son nom l’indique, aux arômes de safran. Chaque microbrasserie a sa caractéristique, et se différencie des autres, par les recettes qu’elle propose, ou par son approche. Agriculture biologique pour La P’Tite Martial, ateliers de brassage pour PIP. La Bordeaux Beer Factory ne propose quant à elle pas de blonde, brune ou blanche, mais comme Azimut Brasserie, s’inscrit dans une approche plus moderne, en proposant notamment une American Ale et une India Pale Ale, au goût très houblonné.

La bière artisanale bordelaise est déjà bien diversifiée, avec déjà une petite dizaine de brasseurs locaux. Pourtant, cet attrait pour ce produit à Bordeaux est très récent. « Il y’a deux ans je dirai » estime-t-on à l’Amirale Bière, beer shop au coeur du quartier Saint-Pierre. Le magasin a ouvert en mars 2015. « On est trois cavistes à avoir ouvert la même année ». De là à dire que la ville  est la place forte de la bière artisanale ? Non, « pas plus qu’ailleurs » répond la vendeuse. Toutefois, le public est là, les cavistes l’assurent. L’Amirale Bière, Bordeaux Beer Shop, la Cave des Moines et autres cavistes, proposent une gamme de bières artisanales très large. Dans la première, c’est plus de 250 références, venant de 20 pays différents. Les mousses locales n’en sont pas marginalisées pour autant, et ont une place de choix dans ces boutiques. Et pour cause, « le local consomme du local, de plus en plus » raconte-on à l’Amirale bière. Toute une étagère y est d’ailleurs consacrée à la bière régionale.

Trouver des distributeurs

Ces caves sont indispensables à la promotion de la bière artisanale et la survie des brasseurs locaux, dont les produits sont peu présents dans les grandes surfaces. Certaines bières ont réussi à s’imposer comme un produit local, à l’image de Gasconha, désormais incontournable dans les caves bordelaises. Contrairement à d’autres, Azimut Brasserie ne revendique pas une image locale, et les distributeurs privilégiés ne seront certainement pas locaux. « Nous allons nous rendre en région parisienne, pour se faire connaitre des fournisseurs nationaux » explique Paul, qui envisage même d’exporter sa bière à terme. Ces distributeurs ne sont pas les seuls moyens pour les microbrasseries de vendre. Benjamin, de PIP, explique qu’avec son associé Guillaume, ils ont l’intention d’axer leurs ventes sur la vente de fûts, afin de cibler les bars et les restaurants.

A l'Amirale Bière, rue Saint James, on propose plus de 250 références.

A l’Amirale Bière, rue Saint James, on propose plus de 250 références.

 

D’autres ont fait un choix plus osé. Il s’agit des brou-pubs, tel que Le Nouveau Monde, ou Frog and Rosbif, tous les deux situés en plein centre-ville de Bordeaux. Ces établissements sont des restaurants disposant de leur propre brasserie, et qui vendent eux-mêmes leurs produits. « Vous ne trouverez jamais une bouteille du Nouveau Monde ailleurs que là-bas » explique-t-on à l’Amirale Bière. C’est Au Nouveau Monde a été ouvert en décembre 2015 par des Québécois. Ils ne proposent que des produits bio. Autre particularité, leur bière est brassée sous leurs pieds. « C’est aussi pour ça qu’on ne vend pas aux distributeurs, faire monter des palettes depuis notre cave, c’est pas évident ».

Avec ou sans distributeur, la mousse se fait une place, même ici, au pays du vin. Pour Paul, d’Azimut Brasserie, c’est simple: « Il y a un vrai potentiel. L’été tu ne bois pas un verre de vin, tu prend un bière ». Il constate également qu’aujourd’hui, « les gens boivent de moins en moins, mais de mieux en mieux. C’est fini les Heineken ». On le sait, le public veut consommer local, et des produits de qualité, et pas seulement quand il s’agit de manger. A l’Amirale Bière, on le sait : « La bière est un produit de plus en plus valorisé. C’est un vrai produit gastronomique aujourd’hui. Aucune n’est pareil. Ce n’est plus possible de ne pas aimer la bière, c’est qu’on n’a pas trouvé celle qui nous convient. A moins d’être allergique aux bulles je ne vois pas »

Claire Thoizet

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