« Bonjour M. l’Instituteur »

« Chtiliste ». L’école, c’est le seul mot que Mircho et Simeon, deux enfants roms, et Nicolas Cartron, l’instituteur, partagent en bulgare. 11 et 12 ans, presque des jumeaux. Avec un léger détail : Simeon vient d’avoir « de nouvelles baskets, des Reebok ». Deux enfants qui se plaisent en classe : « Quand je serai grand, je veux devenir pilote d’avion. C’est pour ça que je vais à l’école».

Mircho et Simeon vont à Camus ou à Lenoir. Grâce à Nicolas Cartron.

Simeon est rentré le 3 septembre dernier en sixième au Collège Léonard Lenoir de Bordeaux-Bastide. Il fait partie des trois qui sont « chez les grands ». Voilà trois ans qu’il a quitté Pazardjik, sur les deux rives de la Maritsa. « Petit, j’allais à l’école en Bulgarie. C’est pas facile : écrire, parler, compter en français. Mais j’adore ça » confie de but en blanc son petit frère Mircho, un des bambins de CM1 de l’école Camus. 2543 kms séparent leur ancienne vie de la nouvelle.  

2+2? « 4 » ; 6×3? « 18 » ; 5-4? « 1 ! J’adore ça les mathématiques ».

Jeudi 18 novembre, 17h45. Un rendez-vous particulier à l’école Camus, rue Voltaire, Floirac. Une réunion « parents-profs-élèves » pour ces enfants en classe d’initiation (CLIN).  L’occasion pour Mircho de montrer à ses parents la traditionnelle photo de classe. De loin, avec son frère, ce sont des élèves comme les autres. Presque…car ils n’ont pas de sous pour le bus et montent la peur au ventre. Nicolas Cartron, l’instituteur de l’école Van Gogh s’efforce de rassurer les parents. « Même s’ils sont contrôlés, pas de prison » leur répète-t-il. Son combat ? Etre sûr que le lendemain, ils seront bien à l’école.

Un chemin tortueux, de la boue, et l’arrivée au squat. 8 ou 9 maisons côte à côte. « Bonjour M. l’Instituteur » accueille Simeon. Il ouvre la voie, grimpant les escaliers quatre à quatre. A l’étage, la télé est allumée, les lits au carré. « Rien à voir avec l‘ancien bidonville sur le futur Arena de Floirac. Ils vivaient dans des cabanes à même la boue. Pas d’eau, pas d’électricité. Au début, un seul allait à l’école » confie l’instituteur.

Addition, multiplication, soustraction, Mircho est incollable ! 2+2? « 4 » ; 6×3? « 18 » ; 5-4? « 1 ! J’adore ça les mathématiques ». En 6ème A en classe d’accueil (CLA), Simeon montre ses travaux d’arts plastiques. De jolis coups de crayons…et des couleurs. « En classe de musique, je joue du tambour ». Vingt minutes pour faire ses devoirs le soir avant de retrouver leurs copains, Georgi et Raiko, pour faire un foot. « Je veux grandir ici et avoir de quoi m’acheter un jour une maison dans Bordeaux ».  

« Aucun droit en France, c’est dur de leur faire comprendre qu’ils ont des devoirs ».

En réaction à un article de Sud Ouest sur les Roms à Floirac, Nicolas est sur le terrain depuis un an et demi. « Sidéré par les photos et les mots,  je me suis rendu sur le squat. 120 personnes y vivaient, j’ai voulu faire quelque chose. Mon métier, c’est les enfants, donc j’ai voulu les aider à aller à l’école ».

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L’hiver a déjà bien commencé donc il faut des pulls qui tiennent chaud : il a un stock de vêtements perdus chez lui. Et pour les cahiers, les crayons ? « Je me débrouille. J’en trouve toujours ». Reste un problème de maths : combien d’enfants roms sont scolarisés sur Floirac ? « 12 enfants sur 18… Et encore, à la rentrée, 15 étaient à l’école». Nicolas, c’est le médiateur mais aussi le grand-frère : « Ils n’ont aucun droit en France, c’est dur de leur faire comprendre qu’ils ont des devoirs ».

Aller à l’école, c’est presque vital : être au chaud, manger au moins un repas complet par jour. Négocier un financement pour la cantine, c’était un combat difficile, se rappelle-t-il : « Je voulais à tout prix que ces enfants passent toute la journée en classe ». Pas facile surtout chez les maternelles: « Au moment de quitter les parents, c’est les grandes crises de larmes ».  Beaucoup d’amour, d’énergie, mais il a encore du temps pour rêver : « Je ne suis pas sur le même secteur que Camus mais j’aimerais un jour être leur professeur ».

Julien GONZALEZ

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