Belcier, le village assiégé

Le quartier de Belcier vit une restructuration profonde. Le dernier village bordelais se métamorphose sous l’effet des travaux du projet Euratlantique. Pourtant, cela n’affecte pas ses habitants, qui estiment vivre aujourd’hui comme ils vivaient hier. Presque.


[ Pour s’immerger dans le quartier de Belcier, un virage sonore s’impose – casque de chantier conseillé pendant la lecture]

Encerclé par grues et gravats des chantiers Euratlantique, Belcier est assiégé. Coincé entre Gare et Garonne, le quartier situé dans le sud de Bordeaux se réveille chaque matin le visage différent de la veille. Belcier évoque ce petit village peuplé d’irréductibles Gaulois résistant à l’envahisseur. Celui-ci ne porte pas de lance et ne vise pas à asservir la population du quartier de Belcier. Il porte un casque de chantier, est armé d’un marteau-piqueur et transformera d’ici à 2030 le quartier populaire de Belcier en un quartier de services et d’innovation.

Euratlantique, le projet pharaonique mené par la Bordeaux Métropole, est partout à Belcier. Si les travaux de restructuration ne concernent que les marges du quartier, entre pont du Guit, quais de Paludate et Marché d’intérêt national (MIN), on entend les machines gronder jusque sur la place Antonin Poncet, situé au coeur du quartier. Les habitants, habitués, ne tiquent même plus.

[Les travaux essaiment les marges du territoire de Belcier. Plongez dans le reportage interactif pour en avoir un aperçu]

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  Destin tertiaire

Belcier aujourd’hui, c’est un tabac, un salon de tatouage et une brasserie ; quelques mètres carrés, tables et tonneaux de bière. Voilà le poumon visible de la vie communautaire de Belcier. La boulangerie, elle, a cuit sa dernière baguette il y a près de deux ans – à sa place, un squat occupé par une dizaine de personnes a ouvert.

Les chiffres communiqués par le service presse du bureau Euratlantique n’ont pas pour objectif principal de recréer du commerce de proximité à Belcier – seulement 15 000 m² de commerce de proximité ouvriront d’ici 2019 à Belcier, contre 285 000 m² de bureaux. 2% de la surface en construction totale.

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Âme perdue

La street-artiste Delphine Delas, Bordelaise d’origine, a vécu avec sa mère rue Sarrette à Belcier pendant près de quinze ans. Elle dresse un constat sans appel « Vu de l’extérieur, le quartier se vide : il n’y a plus de vie. Et les associations ont beau faire leur travail, ce ne sont pas elles qui font vivre le quartier. Même la boulangerie a fermé ! » , explique-t-elle, les poings vissés au fond des poches.

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En  accord avec Euratlantique, la street artiste expose pour une durée indéterminée ses oeuvres sur les murs des bâtiments de Belcier. Indéterminée, car ses collages ornent depuis le mois d’août les murs de locaux abandonnés, rachetés par Euratlantique et en attente de démolition. Son exposition, « Belcier, ce quartier-là », vise à insuffler de la vie sur les murs du quartier.

Malgré elle pourtant, les intempéries et les ravages du temps qui passe confèrent à ses oeuvres un aspect décadent, décrépi. A l’image d’un quartier au crépuscule d’une époque bientôt révolue.

[Diaporama – « Belcier, ce quartier-là » par Delphine Delas]

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 Entre deux

Hier, Belcier c’était ses échoppes et ses ouvriers. C’était sa verrerie qui tournait à plein régime et ses fêtes sur la place Antonin Poncet. « Les soirées se passaient sur les pas de porte, on sortait les chaises et on discutait« , raconte Mauricette Lasserre, qui ne se souvient plus depuis quand elle habite le quartier « depuis toujours, peut-être … ». 

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Demain, Belcier ce sera un quartier où l’on sera de passage entre deux trains, le temps d’une réunion dans un bureau de verre ou d’une nuit dans un hôtel quatre-étoiles.

Aujourd’hui, Belcier est dans le creux de la vague. Un oeil jeté au travers d’une fenêtre cassée suffit pour s’en rendre compte. Les cadenas jetés au travers d’une porte qui ne ferme plus ne trompent pas. Entrepôts désaffectés, habitants qui désertent le quartier, occupation de bâtiments désaffectés… Belcier porte les stigmates d’une mue douloureuse.

[Diaporama – Le Belcier du vide – squats et abandon]

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Belcier, contre vents et marées

Au delà des images et des discours de communication, ce sont encore les habitants du quartier qui parlent encore le mieux de Belcier, et de ses changements. Si la vie continue dans le village gaulois, des changements se font sentir.

Aline Laurent habite le quartier de Belcier depuis 1998. Avec  l’association des « Bains Douches », elle  gère le jardin partagé des Foudres. A grand renfort de gestes de binette, la soixantenaire  explique que Belcier a été, est, et sera. Et qu’Euratlantique ne changera rien à la vie du village Belcier. Rien ?

Sarah Espinosa réside à Belcier depuis dix ans. Si elle partage l’avis de son aînée, elle nuance pourtant son propos ; les effets indirects du projet se font ressentir dans le quartier populaire du sud bordelais.

La place Antonin Poncet, située au coeur du quartier, résonne des bruits d’enfants quelques heures par jour. Entre 16h et 17h, en cette fin d’automne. Fin de journée pour les élèves de l’école primaire Ferdinand Buisson. L’espace de quelques minutes, le village Belcier résonne de cris d’enfants joyeux. Juvénile souffle de vie, qui vient couvrir momentanément les hurlements des marteaux piqueurs.

 

 

Jérémie VAUDAUX

jerem.vaudaux@gmail.com

 


Pour aller plus loin …  le blog tenu par  la promo 2008-2009 de l’Institut de Journalisme de Bordeaux Aquitaine. Il propose, à travers des portraits et des reportages, d’immerger le lecteur dans la vie de ce village bordelais méconnu. 

 

 

 

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