Nouvelle-Aquitaine : la galère du TER

Les retards, la suppression de trains et autres problèmes quotidiens font du TER Aquitaine l’un des pires réseaux de France. Usagers agacés et politiques remontés espèrent voir prochainement les lignes bouger.

«Le train en direction de Marmande est supprimé. Il ne prend pas de voyageur». Il est 17h28, ce lundi 31 octobre, et la rame de TER se vide subitement. Suite à cette annonce, des passagers se ruent sur le personnel SNCF du quai 11 de la Gare St-Jean (Bordeaux). Vêtu d’une casquette et d’un gilet rouges, reconnaissable par tous, il est en première ligne. Certains voyageurs se renseignent sur les raisons de cette suppression, d’autres sur le prochain train à partir. C’est le quotidien des usagers de ce réseau ferré régional, l’un des pires de France.

La fréquentation des TER est en baisse, conséquence d'un trafic toujours plus instable

La fréquentation des TER baisse, conséquence d’un trafic toujours plus instable

Le prochain TER en direction de Marmande quittera la gare à 17h52. Les habitués prennent leur mal en patience. Un jeune homme, passablement énervé, insulte le personnel. Une situation que Sabrina, contrôleuse de 37 ans, se force de prendre à la légère, comme résignée. « On n’y peut rien nous. Le train est en panne, comme quand on tombe malade. On ne peut pas prévoir de tomber malade », se défend-elle. Pourtant, cette rame est neuve. Elle fait partie de la nouvelle flotte commandée dès 2014 par le Conseil régional. C’est une des particularités du réseau TER: il est entièrement financé par la Région, la SNCF en est que le client en charge de l’exploitation.

De lourds investissements financiers pour la Région

Le réseau TER Aquitaine fut déjà pointé du doigt en 2014 lors d’une enquête nationale, poussant les politiques à réagir. Ils ont alors lancé le plan « TER Aquitaine nouvelle génération » qui prévoit le remplacement de tous les trains, pour des modèles plus récents et performants. Les nouvelles rames Régiolis et Régio2N auront côuté plus de 400 millions d’euros à la collectivité territoriale. Combiné à un important travail de régénération des voies, la Région était en droit d’espérer une amélioration de l’état du trafic. Ce ne fut pas le cas. Pire, il s’est même dégradé.

Source: Open Data SNCF

Il suffit de passer quelques temps devant les écrans de la gare St Jean pour comprendre le ras-le-bol des usagers. Sur les panneaux d’affichage, les « à l’heure » laissent place aux « retards prévus » suivis du nombre de minutes, voire une heure. « C’est tous les jours comme ça » soupire Jacques, qui attend son TER pour Hendaye. Actuellement, c’est la pire ligne du réseau avec un taux de régularité autour des 70%. Il conclut, dépité. « Bientôt, on mettra moins de temps pour aller à Paris » en faisant référence à la future ligne à grande vitesse (LGV).

Nouveau déboire avec le TER pour Arcachon. Annoncé avec 15 minutes de retard, Elise en profite pour continuer sa lecture. Elle travaille dans le social à Bordeaux mais habite à Biganos et évoque des « problèmes récurrents même si ce n’est pas tout le temps la faute de la SNCF ». Elise ne regrette pas ce choix d’habiter dans la banlieue bordelaise « mais cela ne fait que 2 ans que j’y vis ». Le train arrive enfin. Finalement, il ne partira qu’avec 10 minutes de retard. « Un malaise voyageur, on s’en sort bien, cela aurait pu être beaucoup plus long » avance le conducteur.

Source: Open Data SNCF

Sur le quai 12, le TER en direction de Langon, est annoncé à l’heure. Cinq minutes, après son -supposé- départ, il est toujours à quai. Sébastien, le régulateur, et Jérôme, le conducteur, s’impatientent. « On n’a aucune information », s’énerve le premier « Il manque juste un contrôleur, ça bloque tout » poursuit-il. Finalement, le train partira avec 7 minutes de retard.

Resté sur le quai, Sébastien accuse la SNCF. « On manque de tout. Il y a trop peu de moyens, certes de nombreuses voitures sont neuves mais le réseau est détérioré ». L’exaspération du personnel se confond avec celui des usagers. Avec une baisse de la fréquentation de 3%, la très récente région Nouvelle Aquitaine se doit de réagir. Un tout nouveau centre de maintenance pour les nouvelles rames TER a été inauguré en grandes pompes le 20 septembre à Bordeaux. Un autre centre de maintenance, situé à Saintes a été rénové. Entièrement financés par la Région pour 30 millions €, ils doivent permettre une intervention rapide et efficace pour soulager le trafic.

Vers une ouverture à la concurrence?

Entre le Conseil régional et la SNCF, les relations se sont détériorées ces derniers mois. Alain Rousset, le président socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine, avait rappelé « l’attente irrépressible de la région sur l’amélioration de la poncutalité » lors de sa conférence de rentrée en septembre 2016. Auparavant, il avait déjà égratigné la SNCF en évoquant « une situation très critique depuis plusieurs mois« .

La porte pour la SNCF? La Région Nouvelle-Aquitaine menace l’opérateur historique d’ouvrir le marché du TER à la concurrence

 

En février dernier, une décision de la SNCF avait particulièrement agacé la majorité socialiste. Suite à un nombre insuffisant de conducteurs recrutés, 24 TER quotidiens avaient du être supprimés. Or, leur formation s’étalant sur 18 mois, le problème ne devrait pas être résolu d’ici là. La Région a décidé de sanctionner l’entreprise en imputant 5,4% du montant de sa contribution annuelle, qui s’élève à plus de 220 millions d’euros. Et lors de la commission permanente du Conseil Régional, en date du 10 octobre 2016, les élus se sont à nouveau émus du non-respect du cahier des charges par la SNCF.

Trop, c’est trop pour l’opposition. Le groupe Les Républicains (LR) réclame une solution radicale: l’ouverture à la concurrence. Une hypothèse rendue possible depuis une décision du conseil des ministres européens datant de 2015. Depuis, la libéralisation des voies est devenue une piste plausible, surtout que le contrat d’exploitation entre la Région et la SNCF prend fin en 2018.

Par la voix de son vice-président, l’élu Yves d’Amécourt, cette décision ne pourrait avoir qu’un impact positif, « la concurrence c’est de la stimulation » assure-t-il. Pour autant, pas question d’écarter d’office l’opérateur historique. « Il s’agit de remettre les pendules. La SNCF sera un concurrent comme les autres » poursuit le maire de Sauveterre-de-Guyenne.

L’actuelle majorité socialiste se montre évasive sur la question mais confirme envisager cette hypothèse, qui pourrait constituer une nouvelle voie pour le transport régional aquitain.

Bastien Coquelle

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