Anti-vaccins : le droit d’avoir le choix

Des militants anti-vaccins se sont réunis à Bordeaux pour lutter contre le projet de loi de la ministre de la Santé.  Dès janvier 2018, 11 vaccins seront obligatoires, contre 3 aujourd’hui.

Les manifestants ne comprennent pas le caractère obligatoire du projet de loi de Agnès Buzyn.

«On n’est pas un lobby anti-vaccin !», la voix de Kim résonne dans les enceintes. Bordeaux, place de la Bourse le 15 octobre 2017 : une centaine de personnes se sont réunies pour manifester leur droit à une vaccination libre. Certains portent le t-shirt orange vif du collectif Ensemble pour une vaccination libre qui regroupe différentes associations. Perchée sur des palettes empilées, Kim, bénévole, lit son discours. Ses feuilles tremblent. Les convaincus l’écoutent, les curieux tendent l’oreille. Elle revendique le droit d’avoir le choix.

Janvier 2018 : 11 vaccins obligatoires contre 3 aujourd’hui

Liliane et Pierre, retraités, sont engagés dans le monde associatif depuis toujours. Le combat pour une vaccination libre n’est pas fini pour eux.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé a annoncé vouloir rendre obligatoire 11 vaccins chez les enfants de moins de deux ans dès janvier 2018. La raison ? Des épidémies réapparaissent. Ces dernières années, dix  décès par rougeole ont été signalés. Le ministère de la Santé défend son projet car la vaccination permet aussi de protéger les personnes les plus fragiles, comme les nouveau-nés, les femmes enceintes, les malades et les personnes âgées. La vaccination obligatoire s’apparenterait à un geste citoyen de solidarité. Pierre et Lyliane Faure, retraités de 70 ans sont hors d’eux : ils ne comprennent pas comment on peut rendre obligatoire onze vaccins. Leurs deux enfants, 44 et 49 ans, n’ont jamais été vaccinés et «ont toujours été en pleine forme» se réjouit Lyliane. Ce couple, engagé depuis plus de quarante ans, met en doute les adjuvants présents dans les sérums. Le père de Pierre était déjà averti sur le sujet, un précurseur pour son époque ! «Aujourd’hui, ça nous paraissait indispensable de venir ici» confient-ils, bien conscients que la loi sur les vaccins passera.

Vous en avez pas marre de raconter des conneries aux gens »

Sous le soleil cuisant, les intervenants se succèdent sur la petite estrade. «Vous en avez pas marre de raconter des conneries aux gens, laissez-moi parler !» : violemment, une jeune femme tente de s’imposer. Elle veut arracher le micro des mains d’une bénévole. Très vite la tension monte, les gestes sont brusques. Certains lui disent de s’en aller, d’autres lui conseillent d’attendre son tour pour prendre la parole. «Vous n’êtes qu’une vendue, vous êtes portée par l’industrie pharmaceutique» lui lance méchamment une manifestante.

Mathilde, étudiante en médecine n’est pas la bienvenue. Violemment mise à l’écart, elle ne peut pas prendre la parole.

Quand les esprits se calment, Mathilde, en huitième année de médecine, ne retient pas ses larmes. Elle est tombée sur la manifestation par hasard. «Quand j’ai vu les affiches, je les ai toute arrachées, je me dis que c’est pas possible, ce mouvement doit s’arrêter !» s’indigne-t-elle à l’écart de la manifestation. Elle considère que les anti-vaccins sont des victimes d’une « mode sociétale désastreuse« . Selon elle, ce sont les enfants, les cancéreux, les personnes faibles qui vont en pâtir. Exaspérée et en colère, Mathilde justifie son arrivée brutale «Il y a des morts à cause de l’anti-vaccination, c’est une question de santé publique !».

 Avoir la liberté de choisir 

Attentive aux orateurs et aux questions posées, Julia tient son bébé de onze mois dans les bras. Cette italienne trentenaire ne se considère pas «anti-vaccins». Elle aimerait juste avoir la liberté de choisir. «Je trouve que les pédiatres ne sont pas assez informés, on a besoin de plus de transparence», explique-t-elle. Son enfant sera vacciné contre le tétanos, pour le reste, elle continue de réfléchir. La jeune femme s’est intéressée au sujet quand elle était enceinte car en Italie dix vaccins sont déjà obligatoires.

Un manifestant a listé les pays européens dans lesquels la liberté vaccinale existe.

16 heures. Kim reprend le micro pour conclure les interventions. Déçue, l’organisatrice estime que 110 personnes étaient présentes. Avoir le choix est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de Kim. Mère de 27 ans, elle ne veut pas se faire imposer onze vaccins. Elle sent que la mobilisation est croissante, surtout sur les réseaux sociaux. De plus en plus de personnes posent des questions et réclament des débats clairs. «Même si la ministre de la Santé de reculera pas, on va continuer à de se battre !», conclut-elle.

Kim, mère de deux enfants non vaccinés, revendique un droit de choisir et un droit à l’information.

Les partisans de la liberté vaccinale s’éparpillent sur la place de la Bourse. Le débat continue en off. Un médecin généraliste qui souhaite rester anonyme remet en question la future loi d’Agnès Buzyn. Il s’explique : «En rendant obligatoire tous ces vaccins, on réduit le rôle des médecins». Ce monsieur estime que le rôle de tout professionnel de santé est de conseiller le patient, de lui donner un avis technique sur le rapport bénéfices/risques. «Mais le choix final doit rester entre les mains du patient, c’est une question de libre arbitre», justifie-t-il.

Des médecins radiés de l’Ordre des médecins 

Selon une étude de l’Ipsos, publiée le 24 octobre 2017, seulement 69% des Français interrogés font confiance aux vaccins (moins deux points depuis 2015). Le médecin confirme cette tendance : «mes patients ont de plus en plus de doutes, et sont très bien renseignés notamment grâce à internet». Il reste discret quant à son identité car le risque est réel, plusieurs de ses confrères, critiques envers les vaccins, se sont fait radier de l’Ordre des médecins. Il prône tout de même une liberté de choix. Il conclut d’un ton sec «la société n’a pas le droit de violer le consentement éclairé».

Charlotte Boniteau

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