A Bordeaux, le foot US gagne des yards

Plus de 100 licenciés, des infrastructures modernes, un engouement grandissant autour du petit ballon ovale… Le football américain est en plein essor dans la capitale girondine. Focus sur l’équipe des Lions de Bordeaux, des seniors aux plus jeunes en passant par l’éclosion du foot féminin.

Les Lions face à leurs ambitions (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Les Lions face à leurs ambitions (Crédit photo : Rachid Majdoub)

« Welcome to Lucas Oil Stadium, home of the Indianapolis Colts! » On se croirait presque sur Fox Sport un soir de Super Bowl 2012, LE plus grand évènement de l’année après l’élection de Miss France, mais non. Bordeaux-Bacalan, stade Charles Martin. Le QG des Lions. La pelouse synthétique dernière génération est le tapis de jeu des Bleu et Blanc, les soirs de match et d’entraînement. 

« Rive droite ! Rive droite ! » Crie le coach, la casquette enfoncée. Rive droite, c’est le nom d’une tactique des hommes de Stéphane Gerland. Pour nous rappeler qu’ici, on est à Bordeaux. Au foot US, chaque équipe a son propre cahier de jeu, ses propres dispositifs. Ce vendredi-là, malgré le froid, l’unique équipe bordelaise répète ses gammes, et prépare la rencontre du lendemain soir face au voisin pessacais. A 24 heures de leur premier match de la saison. Le temps de mesurer la place que prend ce sport en terre girondine.

La ronde des Lions à la fin de l'entraînement (Crédit photo : Rachid Majdoub)

La ronde des Lions à la fin de l’entraînement. Veille de match. (Crédit photo : Rachid Majdoub)

La CUB (Communauté Urbaine de Bordeaux) compte trois clubs de football américain. Les Lions de Bordeaux, les Devils de Cenon et les Kangourous de Pessac. Chez les Kangs, c’est du lourd. Champions de 2ème division 2012 et tombeurs du mythique club des Argonautes d’Aix-en-Provence en barrage, ils font désormais partie de l’Elite. Le plus haut niveau en France. Un jour, les Lions y accéderont à leur tour. Dans ce jeune club qui soufflera sa quatrième bougie en mars 2013, tout est mis en œuvre pour. Comme l’affirme son coach et président co-fondateur, Stéphane Gerland : « On repart sur un nouveau cycle de quatre ans, avec comme objectif la montée en D2 d’ici les trois prochaines années. Il faut veiller à la structuration générale du club, et continuer le travail sur les sections jeunes. »


La formation, clé du succès 

« À la création du club, on a voulu axer d’entrée de jeu sur les jeunes, et avoir une formation interne. C’est pour ça que la mairie a accepté notre projet. L’objectif aujourd’hui est de faire en sorte que les équipes de jeunes soient compétitives. » La politique de Stéphane Gerland et son club est astucieuse. Former ses talents de demain. « Des jeunes sont là depuis deux, trois ans. Ils grandissent avec le club. » C’est le cas de Benjamin. Il a commencé le foot à l’âge de 13 ans, en minimes. « Je me suis intéressé au foot car c’est un sport qui reprend la vitesse, la force et la tactique. » Aujourd’hui, il est receveur dans l’équipe des cadets. 15 ans, et déjà impressionnant physiquement.

Benjamin : 15 ans, 1.82 mètres, 75 kilos (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Benjamin : 15 ans, 1.82 mètres, 75 kilos (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Avec des équipes de minimes (13-14 ans), de cadets (15-16 ans) et de juniors (17-19 ans), les Lions de Bordeaux sont armés pour l’avenir. Toujours plus nombreux aux entraînements, les jeunes se passionnent davantage pour ce sport. Parmi eux, dans l’équipe des juniors, on peut même y trouver une fille ! « C’est une bonne chose si ça se développe chez les filles. Elles comprendront mieux le foot, qu’elles voient comme un sport de brutes. Le football américain est moins violent que le rugby », signale Benjamin.


« Je me sens plus forte de ne jouer qu’avec des mecs » 

Mélissa, unique Bordelaise licenciée (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Mélissa, unique Bordelaise licenciée (Crédit photo : Rachid Majdoub)

« Le foot, c’est un sport d’hommes. Mais ça n’empêche pas les filles d’y jouer. » Mélissa le dit, et le prouve. Seule fille licenciée à Bordeaux, elle entre dans sa deuxième année de foot US. « J’ai appris les règles du football américain sur le terrain. Mais j’avoue ne pas toutes les connaître encore. » Tombée dedans depuis son plus jeune âge, elle a eu son premier ballon à 10 ans. Neuf ans plus tard, le cuir de la balle ovale caresse toujours ses mains. Entourée de mâles, elle a persévéré. « C’est plus physique avec les mecs. J’ai dû travailler plus, faire de la musculation… » Pas évident pour une fille de se faire une place dans ce milieu.

Mélissa continuera le foot. En espérant que ce sport se développe chez les femmes. La France compte une dizaine d’équipes plus ou moins structurées, mais pas de championnat. « Des équipes purement féminines qui font des matchs, il n’y en a que deux ou trois », selon Stéphane Gerland. Une équipe de filles à Bordeaux ? Le président des Lions y songe : « On envisage de développer le côté féminin dans le club. La création d’une équipe est en cours de projet pour septembre prochain. » Mais rien de sûr encore. La concrétisation de ce projet serait une aubaine pour Mélissa, sous-classée chez les hommes et condamnée à jouer dans la catégorie inférieure.

En attendant, elle s’entraîne avec les filles de sa fac, à Bordeaux 3. Une équipe entièrement composée de nanas. En tout, elles sont 25. Le rêve. Créée en septembre 2012, elle est la seule équipe universitaire de football américain féminin en France ! Pour le moment, pas de matchs. Elles découvrent pour la plupart un sport nouveau, sous la houlette du joueur des Lions Aymeric et de deux joueurs des Kangs.

Rappel des règles et initiation sont au menu. « Elles sont arrivées, elles ne connaissaient rien du tout au foot. On leur a dit « Wikipédia est ton ami », du moins pour les postes et les règles. Là si je les laisse en autonomie, elles sont perdues. Mais ça va venir. Dans deux-trois mois elles seront prêtes », raconte Aymeric. Duels, cassage de gueule, rires… Bonne ambiance à l’entraînement. Mélissa manie bien le ballon. Même s’il lui arrive de manquer une ou deux réceptions : « Oh Mélissa c’est quoi ce cachalot de l’espace là, t’as voulu attraper une étoile filante ou quoi ? » Lui lance amicalement un de ses coachs.

« Elles, c’est pas Polly Pocket et le poney » : Aymeric (à gauche), parlant de ses filles. (Crédit photo : Rachid Majdoub)

« Elles c’est pas Polly Pocket et le poney » : Aymeric (à gauche), parlant de ses filles de Bordeaux 3 (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Dans un ou deux ans, peut-être que certaines de ces filles feront partie de la première équipe féminine girondine. Les Lionnes de Bordeaux. Qui sait. En attendant, c’est chez les hommes que ça se passe. Retour sur la pelouse du stade Charles Martin pour le grand match. Auquel une centaine de personnes est venue assister. De quoi remplir la seule tribune de l’antre des Lions.


« Ready ! Set ! Hut ! » 

Le Quarterback des Lions donne le signal. Le ballon passe des mains de son Centre aux siennes. Les casques blancs bordelais se relèvent, illuminés pas la puissante lumière des projecteurs. La ligne offensive résiste à la ligne défensive de l’équipe B des Kangs de Pessac. Le bruit des contacts se mêle aux cris du banc de touche et du public. Les Receveurs se démarquent. Le ballon quitte les mains du métronome, vrille sur fond de ciel étoilé et… Touchdown !

Stade Charles Martin, samedi 8 décembre 2012 : Lions de Bordeaux -  Kangourous de Pessac B, match de 3ème division (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Stade Charles Martin, samedi 8 décembre 2012 : Lions de Bordeaux – Kangourous de Pessac B, match de 3ème division (Crédit photo : Rachid Majdoub)

Très engagé, le match se soldera finalement par un score nul 21-21. « On voulait le gagner mais bon. Pour notre premier vrai match de la saison, c’est un bon résultat. En face, ça fait longtemps que les Kangs n’avaient pas aussi bien joué, c’est même leur coach qui le dit », confie Aymeric, Guard en ligne offensive des Lions.

Malgré son état physique, il a joué toute la rencontre. Les contacts sont fréquents et rudes, même en 3ème division. En témoignent ses trois vertèbres, déplacées au fil du temps et des batailles : « L’ostéopathe a passé 45 minutes pour me remettre une vertèbre en place, il n’y arrivait pas. » De l’équipe senior aux plus jeunes, l’engagement physique y est. Le cœur aussi. La belle endormie vit foot US, rêve foot US.


Loin des States mais près du coeur

Le football américain a traversé l’Atlantique pour prendre de plus en plus de place ici. Cependant, ce sport de costauds n’a pas le même poids qu’aux Etats-Unis. Stades de 80000 places pleins à craquer, Cheerleaders sexy, actions ultra-spectaculaires… Une tout autre planète. En France, avec un statut de sport amateur, le football américain passe après le football classique, le rugby, le hand, le basket, le volley, le judo, la natation synchronisée, le squash, le bilboquet, les courses de poules à Toulouzette dans les Landes, le lancer de nain… Non, pas tant. Mais il reste peu connu du grand public. Son ascension est cependant encourageante. A Bordeaux, il gagne rapidement du terrain, non sans mal. Plus le combat est dur, plus la victoire est belle.


Rachid Majdoub


Les Lions de Bordeaux inscrivent un Touchdown et reviennent au score face aux Kangourous de Pessac B :

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