90.10 FM, La Clé à contre-courant des ondes.

Le pari était osé, mais la Clé des Ondes prouve qu’une radio sans pub et qui dure, c’est possible. Une grosse motivation, une bonne organisation et des gens qui ont des choses à dire sont les éléments de la réussite.

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Pas de pub, pas de luxe ; mais une indépendance complète.

Depuis juillet 1981, une radio pas comme les autres émet à Bordeaux. Mitterrand avait à peine libéré les ondes que quatre passionnés saisissaient l’opportunité de créer un outil d’expression populaire, indépendant et engagé.

  • «On voulait une radio pluraliste a gauche pour sortir des sempiternels débats droite/gauche convenus.»

Et les critères sont clairs et intangibles : cette radio est libre, associative, militante de gauche pluraliste, et sans publicité. Antiraciste, antisexiste, anticapitaliste, écologiste, laïque, aussi.

Ça se ressent dans son fonctionnement : non seulement les partis, syndicats et associations sont invités au micro de la Clé des Ondes, mais ils sont surtout invités à prendre ce micro et à faire eux-mêmes leurs émissions.

«Pour se remettre dans l’époque, les radios existantes étaient soit à la solde du pouvoir pour le service public, soit commerciales pour les radios périphériques. Alors on a voulu faire une radio autrement, pour donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas à l’époque. On voulait que les infos soient commentées par ceux qui la vivent et non pas à travers le filtre d’un journaliste», explique Marc, l’un des fondateurs.

  • Un engagement clamé à double tranchant.

Si des associations comme l’ASTI (soutien aux travailleurs immigrés), le Secours Populaire ou le Planning Familial ont rapidement répondu présent, les partis politiques sont longtemps restés méfiants.

Ce militantisme a valu à la Clé des Ondes à la fois une forte reconnaissance et une certaine stigmatisation, pendant un temps. Et même des agressions, comme en 1997 où un coup de pistolet à grenaille est tiré contre la façade du bâtiment cours Édouard Vaillant en septembre, puis une bombe lacrymogène déposée pendant qu’une émission se déroule en novembre.

  • Entre cohérence éditoriale et liberté individuelle.

«Les animateurs sont choisis sur des projets radios qu’ils proposent… et sont acceptés si ils collent à la ligne directrice du projet de la radio : gauche pluraliste et no

n commerciale.» Après ça, la liberté de l’animateur dans son émission est totale. Une voix qui se veut militante mais pas partisane, donc.

Gilbert, animateur de l’émission d’information « Kaléidoscope », conçoit ainsi son statut : «Entre mon activité de syndicaliste et mon activité à la radio, je ne fais pas de distinction. Mais à la radio, je ne suis pas le porte-parole de mon syndicat. D’ailleurs si pour une émission-débat je reçois les syndicats, j’invite quelqu’un d’autre que moi du mien, et tout en animant, j’interviens le moins possible.»

Les seuls rappels à l’ordre sérieux ont été faits pour des raisons d’entorse à la charte de la radio : des jeunes se laissant aller à des blagues sexistes et racistes, ou une association sortant du cadre laïc. Les auditeurs, attachés à leur radio, ne manquent pas de signaler ce qu’ils considèrent comme des débordements.

  • Une structure rigoureuse source de longévité.

Dès le départ, la radio est adossée à une association fermée : on ne peut y entrer qu’avec l’accord de tous les membres, qui sont actuellement une quinzaine. Les animateurs se réunissent en Assemblée Générale. C’est ce qui a permis de faire avorter deux tentatives sérieuses de putsch, et de garder une gestion saine des finances.

Sans une once de publicité depuis 28 ans, la radio fonctionne aujourd’hui presque exclusivement grâce des subventions publiques, dont notamment le Fonds de soutien à l’expression radiophonique, prélevé sur les radios et TV commerciales (36 000 €/an). Par comparaison, les cotisations représentent 2000 €/an.

Si c’est plus confortable que les dons personnels et les emprunts aux amis des débuts, cela ne permet qu’un fonctionnement correct et un permanent au SMIC -pour environ 90 bénévoles-, pas plus. Mais personne n’en doute à la Clé des Ondes, le combat vaut largement les sacrifices qu’il implique.

D’ailleurs l’avenir n’inquiète pas Marc outre mesure : «Il est vrai que les jeunes et moins jeunes de 1981 ont pris 28 ans de plus. Des jeunes arrivent, des anciens ralentissent ou arrêtent, d’autres reviennent… La relève se fera toute seule naturellement. Il n’y a pas de formation là-dessus. Mais le temps d’y penser ne va pas tarder à approcher.»


Raphaël Louvradoux

La Clé des Ondes sur le web :

  • Un contact : la.cdo@wanadoo.fr


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