Millésime 2016, l’exception bordelaise

Pluie abondante, gel, mildiou, sécheresse : c’est une année que les viticulteurs français ne risquent pas d’oublier. Néanmoins, quelques vignobles, dont le Bordelais, ont su tirer leur épingle du jeu de cette année 2016. Certains châteaux de la région parlent même d’un millésime exceptionnel.

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A Fronsac, le viticulteur Michel Ponty fait goûter ses meilleurs crus aux visiteurs venus découvrir son vignoble.

Fin octobre 2016. Ce week-end-là, les châteaux de Fronsac ouvrent leurs portes aux amateurs de vin. A l’entrée du village, le vignoble Ponty voit défiler des dizaines de curieux. A l’intérieur d’une vieille bâtisse, le propriétaire, Michel Ponty, accueille les visiteurs. Dans une salle où sont disposées des centaines de bouteilles, le viticulteur fait déguster ses vins, accompagnés de quelques tapas. L’ambiance est conviviale. Les conversations vont bon-train autour des vendanges et surtout, du futur millésime. Michel Ponty ne cache pas son enthousiasme : «  je pense qu’on est sur un millésime qui figurera certainement parmi les grands millésimes, encore meilleur qu’en 2015, on ne va pas me croire, mais c’est vrai ! .»

Il reconnaît néanmoins une année compliquée : « Cette année, c’était un peu plus délicat que les autres, à cause de la sécheresse, beaucoup de vers de la grappe ont attaqué certains vignobles. Il y aura beaucoup de disparité, selon les terroirs, qui ont résisté ou pas à la sécheresse, des maturités qui ont été bloquées… Ça va être très variable. »

A Fronsac, les vendanges se sont achevées et le bilan est positif. « Ce sont des vins d’une couleur incroyable, des extraits de tanin forts. C’est gourmand, très aromatique » explique Michel Ponty, le sourire aux lèvres.

Le millésime 2016 fait l’unanimité

Le viticulteur de Fronsac n’est pas le seul à s’enthousiasmer. A Saint-Emilion, Johan Roskam, responsable commercial et touristique du château Cantenac, est optimiste : « A priori, il y eu le volume et la qualité. Pour nous, il va s’inscrire dans la lignée des très très bons millésimes. Mieux ou pas mieux que 2015 ? On verra ça, mais ça va être vraiment intéressant. » Son frère Frans Roskam revient sur les difficultés rencontrées cette année :  « On a eu un printemps très humide, beaucoup d’eau. On a même eu des tracteurs embourbés à cause de la pluie ! Fatalement, en terme de la maladie de la vigne, comme le mildiou, ça a été sportif ». Les viticulteurs ont dû intervenir rapidement, d’autant plus quand, comme au Château Cantenac, on soigne naturellement les vignes. « Nous, on utilise du sulfate de cuivre. Mais dès qu’il pleut, il faut tout recommencer » raconte Frans Roskam.

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Les frères Roskam au château Cantenac à Saint-Emilion.

A ce printemps pluvieux a succédé un été sec, et là encore, la prudence était de rigueur. « On a essayé de protéger le plus possible le raisin du soleil pour éviter qu’il brûle. Dans certains endroits, le raisin a pris des coups de soleil, donc la qualité en prend un coup ». La sécheresse est en effet particulièrement néfaste pour les parcelles de vignes qui n’ont pas beaucoup de réserve en eau. « Les Graves pourraient être un peu moins bien que l’an dernier, car ce sont des zones très sèches. A contrario, dans les zones où il y a pas mal d’argile et un peu d’eau dans les sous-sols, ce sera très certainement un grand millésime, au moins du niveau de 2015, voire mieux! C’est une belle année, voire exceptionnelle, et les quantités sont plutôt confortables pour tout le monde » résume-t-il.

Les choses étaient pourtant mal engagées. Les conditions météorologiques n’ont pas épargné les vignes françaises. Seuls le Bordelais et l’Alsace s’en sortent assez correctement. Les autres accusent de lourdes pertes : la Bourgogne, par exemple, a perdu 23% de sa production par rapport à 2015. Globalement, la production française de vin a reculé de 10% par rapport à l’an dernier, selon les dernières estimations du ministère de l’Agriculture.

La production viticole régionale de 2016 par rapport à 2015

Pour Marc Vincent, caviste au Domaine du Vin à Bordeaux, les vignes bordelaises l’ont échappé belle. « La vigne n’allait pas très bien », explique-t-il. « Mais le 13 septembre est tombé entre 30 et 60 millimètres d’eau selon les endroits, et ça, ça a boosté la vigne et sauvé la récolte. La pluie d’un soir a sauvé tout le millésime ! » Un petit miracle bordelais, plein de promesses.

Alexandra Jammet

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