20 ans et le coeur Bleu Marine

On leur appuierait sur le nez qu’il en sortirait encore du lait. Ils ont entre 20 et 22 ans et sont tête de liste du Front National pour les municipales de l’agglomération bordelaise. Portraits croisés de trois de ces apprentis politiciens.

Mériadeck, quinze heures pile. Les locaux du Front National de Bordeaux sont déserts. David, la cinquantaine, tient la permanence. Il a les yeux baissés sur son courrier quand Damien Obrador fait son entrée. Le sourire aux lèvres, le jeune homme de 21 ans semble réjoui.

« Tu as vu le dernier sondage dans Libé ? » lance t-il à David. En cette mi-novembre 2013, Jacques Colombier, le candidat FN aux municipales de Bordeaux, marque une timide progression dans les sondages. D’après les chiffres de Libération publiés sur Atlantico, il obtiendrait 7% des suffrages au premier tour. On est loin des 10% nécessaires pour passer au second.

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Le responsable du Front National de la jeunesse, Jean-David Eyquem, 20 ans, est aussi tête de liste pour le Rassemblement Bleu Marine (RBM) dans la commune de Saint-Jean d’Illac. Pour intégrer le conseil municipal, sa liste doit faire un score de 5% minimum. (Crédit photo : Charlotte Gillard)

Le compte à rebours est lancé. Il reste quatre mois au Front National pour convaincre Bordeaux et son agglomération. Dans le département de la Gironde, le parti de frontiste présente quinze listes, contre seulement deux en 2008. L’accent a été mis sur les petites communes, là où parfois, le FN n’était même pas représenté au sein des conseils municipaux.

Nouveauté, encore. Quatre têtes de listes sont des petits jeunots. Comme Damien à Cabannac et Villagrains, Jean-David Eyquem et Jean-Baptiste Defrance sont les candidats du Rassemblement Bleu Marine à Saint-Jean d’Illac et Lormont.

« Par et pour Marine »

Rembobinons. En 2011, Marine Le Pen prend la présidence du Front National. Jean-David, Damien et Jean-Baptiste ne se connaissent pas encore. Ils n’imaginent pas non plus qu’ils se retrouveront aux municipales. Mais c’est un déclic. Les voilà désormais encartés. Rassemblés autour de celle qu’ils appellent affectueusement « Marine ».

« Si ça avait été Bruno Gollnisch, je n’aurais jamais pris ma carte au FN. Je me suis engagé par et pour Marine. » raconte Jean-Baptiste. « Marine, elle est proche des gens. On l’appelle par son prénom comme si elle faisait partie de la famille. Quand elle a prit la présidence, on a vraiment vu qu’il y avait un décalage important vis-à-vis de son père » complète Jean-David en souriant.

À vingt ans, ce garçon venu du Médoc, a repris le flambeau du Front National de la Jeunesse en avril dernier, succédant à Jean-Baptiste. Une casquette qu’il arbore avec sérieux, tout en continuant son école de commerce, et la préparation aux municipales de Saint-Jean d’Illac. Officiellement, c’est donc lui le chef.

Tous les trois viennent d’une famille de classe moyenne, avec des valeurs plus ou moins marquées à droite. Jean-Baptiste et Jean-David se revendiquent gaullistes. « Mon grand-père a fait le débarquement en 1944 » précise ce dernier avec fierté.

Mais ils restent quand même des enfants de la télé, et puisent leurs modèles chez des personnalités médiatiques. « Eric Zemmour a beaucoup joué dans mon orientation politique à l’adolescence » affirme Jean-Baptiste. Le journaliste de la « droite décompléxée » lui a donné goût au débat.

Damien, lui, marque plutôt une rupture avec la tradition politique familiale. « Mon père a des idées trop à l’extrême droite pour moi » souligne t-il. L’an dernier, le jeune homme s’est engagé en faveur de la loi Taubira. « Je suis pour le mariage pour tous. Même si j’aurais préféré le terme d’union civile » poursuit Damien.

Pourtant, Marine Le Pen a fait la promesse d’abroger le mariage homosexuel si elle est élue en 2017. « Beaucoup de jeunes du Front National sont pour le mariage gay, et beaucoup sont gays eux-même. À titre personnel, je suis même ouvert à un débat sur la procréation médicalement assistée (PMA) et sur la gestation pour autrui (GPA) » déclare Damien.

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À 21 ans, Damien Obrador se présente dans la 9e circonscription de Cabanac et Villagrains.  (Crédit photo : Charlotte Gillard)

La jeunesse frontiste est-elle progressiste ? Jusque là, rien ne semble les distinguer  des jeunes militants UMP ou de l’UDI. « Si, la souveraineté nationale » rappelle Jean-Baptiste.

C’est un point d’honneur. La politique c’est l’affaire du citoyen. Pas de Bruxelles. Ni du grand capital. Il faut ressusciter les petits commerces. Réinstaller du lien social. Et si on laisse de côté ces éléments de langage, qu’est ce qu’on propose concrètement à ces petites communes dortoir, comme Cabannac et Villagrains ? « J’envisage de créer une ferme pédagogique. Cela permettrait aux gens qui ont peu de moyens de pouvoir cultiver leurs légumes, de pouvoir manger de la viande plus souvent, en garantissant un recyclage des déchets organiques » expose Damien.

 Bien ficelés

Exception faite de quelques propositions, leurs projets locaux sont encore imprécis. Les programmes restent à étoffer. Pour l’instant, la campagne est calme. Depuis leur nomination en septembre dernier, la priorité est à la constitution des listes électorales. « En parallèle de ma licence d’histoire, mon quotidien c’est d’abord d’arriver à boucler ma liste. » explique Jean-Baptiste.

Il l’avoue, convaincre des personnes d’assumer leur nom sur une liste du Front National, ce n’est pas un jeu d’enfant. Mais selon eux, la question de l’âge et de l’expérience n’est pas un handicap en politique. « Les gens sont plutôt contents de voir des jeunes frapper à leur porte » reconnait Jean-David. « C’est le renouvellement de la classe politique ! » surenchérit Jean-Baptiste.

Ce n’est pas pour autant qu’ils se sont lancés à l’aveuglette. En plus des séances de média training, le parti leur a communiqué des listes de sympathisants et de militants plus ou moins actifs. « C’est du boulot, il a fallu les appeler un par un. J’ai déjà convaincu 22 personnes sur ma liste à Saint-Jean d’Illac. Il m’en manque encore neuf pour être au complet » explique Jean-David.

Dans cette commune de 7 000 habitants, Jean-David partait de zéro. Il mobilise encore beaucoup de temps pour rassembler les derniers sympathisants sur sa liste Bleu Marine. « Quand tu as déjà une base avec des conseillers municipaux et des colistiers, c’est beaucoup plus simple. Moi je partais vraiment de rien. J’ai fait du tractage, de l’affichage, du porte à porte » raconte Jean-David.

En 2012, Marine Le Pen avait fait un score de 15% à Saint-Jean d’Illac. « Si on arrive au même score pour les municipales, cela nous garantit le second tour, et au minimum quatre élus au conseil municipal » assure Jean-David.

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Jean-Baptiste Defrance, étudiant en histoire de 22 ans et tête de liste à Lormont, confie qu’il « ne décroche jamais » de sa campagne, même pendant son temps libre. (Crédit photo : Charlotte Gillard)

Au sujet de leur dessein politique, ils sont partagés. Pour Damien, une carrière de politicien, ce n’est pas une ambition personnelle, mais citoyenne. « J’ai mis de côté mes études pour me concentrer sur les municipales. Mais j’aimerais travailler dans l’immobilier ensuite. La politique c’est un devoir citoyen ». Un avis également partagé par Jean-David : « Je suis contre le cumul des mandats. Contre ces élus qui restent des années. Après deux ou trois mandats, tout le monde devrait retourner à son métier. La politique n’en est pas un ».

Seul Jean-Baptiste assure vouloir faire carrière dans la politique. Ambitieux, il est aussi celui qui s’attaque à la plus grosse bataille. Celle de Lormont et de ses 19 000 habitants, de tradition gauchiste. Mais en toute décontraction. « Je pense qu’on fera un plus gros score que l’UMP. Déjà à la présidentielle, Marine était devant Sarkozy » estime-t-il.

À demi-mot, ils espèrent toucher du doigt la même réussite qu’Étienne Bousquet-Cassagne, le jeune frontiste propulsé au second tour à Villeneuve-sur-lot en juin 2013. Qu’elle cache une stratégie carriériste ou une humble dévotion citoyenne, leur candidature est aussi un moyen d’affirmer que le Front National change de visage. À l’unisson, ils affirment que « Le FN n’est pas un parti d’extrême droite ».

Charlotte Gillard

2 Comments
  1. L’opération de rafraîchissement du parti par Marine Lepen fonctionne.
    A écouter ces jeunes frontistes, j’ai l’impression de voir l’émergence du Tea Party à la Française : Un parti anti-élites, anti-finance conservateur.

    Reste à voir si tous les membres, et notamment apparatchiks du parti sont d’accord avec cette ligne…

  2. Un article complaisant, l’aspirante journaliste devrait faire attention aux mots qu’elle emploie et mesurer la portée de ses propos. Depuis quand dit-on « sans complexe » que Lormont est « gauchiste »? Nous vouliez vous pas dire « rouge » non plus? Aberrant. Faites un peu de science politique avant de prendre la plume.

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