120 ans après, le BEC toujours debout

Le Bordeaux Etudiant Club a fêté en octobre 2017 son 120e anniversaire. Si son niveau a baissé, son état d’esprit est resté intact. Le plus vieux club universitaire français veut justement s’appuyer sur ses valeurs historiques pour se relancer.

« Oui, le BEC est toujours là ! » Chantal, 64 ans, est surprise par la longévité de ce club omnisports. Elle a tenu à prendre part aux festivités du 120e anniversaire : « Je suis arrivée au BEC en 1971. Ça me fait plaisir de revoir des personnes que je n’avais pas vues depuis longtemps. J’ai conservé des liens avec les coéquipières de basket avec qui je jouais quand j’avais 15 ans. »

A l’image de Chantal, des centaines de personnes ont choisi de passer une partie de leur samedi 14 octobre 2017 dans le plus vieux club universitaire de France. Comme Chantal, beaucoup portent le t-shirt rouge – couleur traditionnelle du BEC – avec le logo du club sur la poitrine. Comme pour affirmer son attachement à cette association créée en 1897.

« On a vaincu le scepticisme à l’intérieur du club. »

Le match de rugby – le sport roi – entre les anciens du BEC et l’équipe réserve vient de s’achever sous les applaudissements de dizaines de supporters. Les grands laissent le terrain de rugby aux petits. Un passage de témoin. Et un esprit qui perdure. Sous un soleil de plomb, nombreux sont ceux à refaire le monde et se rappeler de bons souvenirs autour d’une bière. Le bar tourne à plein régime. Pas de doute, on est bien au BEC.

Après les grands, place aux plus jeunes. L’éducation par le sport est une des priorités du BEC. Photo Victor Lengronne

Non loin de là se trouve un stand. Les produits dérivés aux couleurs du club – gourdes, parapluies et t-shirts – ne font pas le poids face au livre, mis en vente à ce jour, qui retrace la vie du BEC depuis sa création. Une fierté pour François Thauzin, de l’Association des Anciens et Amis du BEC, qui a dirigé le projet : « C’est un devoir de mémoire. Cet ouvrage collectif est le fruit de trois ans et demi de travail. »

Le président du BEC, Guy Doumeingts, au four et au moulin ce weekend, ne peut que se réjouir du succès de la manifestation : « C’est inespéré. On a vaincu le scepticisme même à l’intérieur du club. Le dîner de gala a rassemblé 200 personnes, dont le recteur de l’Académie, les représentants des maires de Pessac et de Bordeaux. Plus de 450 personnes étaient présentes sur l’ensemble des 3 jours. C’est le double de ce qu’on espérait. Avec une meilleure diffusion et plus de monde, il aurait même été difficile d’accueillir l’événement. »

Le BEC a perdu de sa superbe

Si le président est agréablement surpris du succès du weekend, il n’occulte pas pour autant les difficultés actuelles et passées que le club traverse depuis quelques années. Au fur et à mesure, toutes les équipes ont baissé de niveau, l’escrime exclue. Qu’il est loin le temps où Colette Besson, licenciée au BEC, devenait championne olympique de 400m à Mexico en 1968…

L’endettement de certaines sections, des budgets non respectés, un relâchement dans la gestion… Le BEC n’est pas passé loin de la banque-route en 2013. « Le club a manqué de rigueur » déplore François Thauzin qui parle du BEC comme un club « baba-cool ». « Baba-cool », le BEC l’était aussi bien lors des troisièmes mi-temps au rugby que dans la gestion financière. Un réel problème.

« L’environnement sportif professionnel pollue le sport amateur »

La professionnalisation progressive du sport et l’évolution de la société sont passées par là. Le BEC en fait les frais. Il est devenu moins attrayant : « Les étudiants ne rentraient pas aussi facilement chez eux avant. Des Bayonnais qui étudiaient à Bordeaux venaient jouer au BEC. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » note le président. Et la concurrence est rude. Prôner un vrai amateurisme n’est pas sans conséquences sur le niveau du club : « Les entraîneurs ne sont pas payés mais dédommagés modestement. Il est difficile de les conserver » explique Patrick Maurer, ancien joueur, capitaine, entraîneur et président du BEC Rugby. Au BEC, aucun licencié n’est payé. Et personne ne le sera. Payer des joueurs ce serait renier l’identité du BEC.

Si une équipe de 15 bénévoles était bien à la manœuvre en ce samedi 14 octobre, la crise du bénévolat est bien présente. Un autre problème que n’élude pas Guy Doumeingts : « Avant lors des réunions de foot, tous les lundis, 40 dirigeants étaient présents. Aujourd’hui ce n’est plus pareil, les possibles bénévoles ont des contraintes professionnelles, plus de distraction. Il faut s’adapter ». Accoudé au bar, une bière à la main, Patrick Maurer est heureux : « Il y a encore des jeunes qui sont bénévoles !« , pointant du doigt les rugbyman qui servent des boissons à foison.

Faire perdurer l’esprit BEC

Ce partage et cette convivialité font partie de l’ADN d’un club qui doit penser à son avenir. Le BEC s’est distingué par le passé par un suivi personnalisé de ses étudiants dans leurs études et dans leur insertion dans la vie active. Relancer cette pratique est à l’ordre du jour : « Le BEC doit de nouveau soutenir les élèves dans leurs études, leur permettre de trouver un logement, faire du sport-éducation, s’occuper des gens isolés. C’est ça l’esprit du BEC. » explique Guy Doumeingts.

Le BEC, créé en 1897, souhaite se recentrer autour de ses valeurs phares : le partage et la convivialité

Après être passé proche de mettre la clé sous la porte, le BEC est à l’équilibre. Mais il ne compte pas augmenter les cotisations ni faire appel à des mécènes ou des sponsors pour sortir définitivement la tête de l’eau : « Il y aurait des comptes à rendre. Les entreprises se tournent vers le sport professionnel de toute façon » avoue François Thauzin.

Les principaux objectifs pour les années à venir sont définis : se rapprocher d’autres clubs omnisports en France et en Europe et faire perdurer cet état d’esprit singulier. Cet esprit « baba-cool. » Baba-cool, le BEC l’a été, l’est et le sera encore de nombreuses années. Le plus longtemps possible. C’est tout du moins ce que le club espère.

 

Victor LENGRONNE

 

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