1 an après les attentats de « Charlie Hebdo », où en est le débat à Bordeaux?

Perpétrés il y a un an, les attentats de Charlie Hebdo ont déclenché une vague d’émotion nationale et mis les religions au centre du débat public. Un débat toujours aussi vif aujourd’hui à Bordeaux.

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Un an après les attentats de Charlie Hebdo, les responsables associatifs et confessionnels de Bordeaux doivent plus que jamais faire preuve de pédagogie pour lutter comme les préjugés et les amalgames. Un travail d’autant plus délicat que le terrorisme est de nouveau à la Une ces dernières semaines.
La responsable de l’association Coexister Bordeaux Sarah Caton et le rabbin de Bordeaux Emmanuel Valency sont d’accord : la parole s’est libérée avec les attentats. Mais la peur se fait aussi plus présente.
Pour Sarah Caton, responsable de l’association Coexister Bordeaux, la religion reste « un sujet tabou »

Coexister encourage le dialogue entre toutes les religions, les agnostiques, et les athées . Pour la jeune responsable, on ne peut pas parler « d’avant » et « d’après » Charlie. Elle admet que l’actualité renforce l’importance de leur travail au quotidien. Néanmoins, les tensions et les incompréhensions existent depuis longtemps sur le terrain. « Le plus important c’est d’ouvrir le dialogue. Depuis les attentats, nos interlocuteurs s’intéressent davantage à notre démarche, mais nos missions n’ont pas fondamentalement évolué ».
Ouvrir le dialogue, c’est, par exemple, intervenir auprès des jeunes des collèges et lycées pour les inciter à s’exprimer. Car la religion reste « un sujet tabou », explique la militante. Les élèves « ne connaissent pas forcément bien les religions dont ils parlent » et le personnel éducatif « refuse d’aborder le sujet par crainte d’éventuels débordements » : la parole a du mal à se libérer. Il faut souvent passer par des activités ludiques, pour que les jeunes dépassent leurs réticences. Sarah se souvient d’un atelier où certains ont découvert que des camarades étaient musulmans : « Il y a une tendance parfois à résumer l’islam au terrorisme dont on parle à la télévision », explique-t-elle.

L’ignorance, les raccourcis et les conflits restent à désamorcer « au quotidien ». Les membres de Coexister ont le sentiment que « le public a moins cédé aux amalgames après les attentats du 13 novembre qu’après ceux du mois de janvier ». Mais le chantier reste entier : « Encore aujourd’hui, énormément de jeunes se sentent perdus dans l’actualité. L’éducation reste le meilleur moyen d’éviter le repli sur soi ».

Le rabbin de Bordeaux, Emmanuel Valency : « Malheureusement, on a vu que le pire pouvait nous arriver à nous aussi »

Emmanuel Valency partage le point de vue de Sarah Caton. Selon lui, « le travail d’apaisement réalisé au sein des différentes communautés après les attentats du 11 janvier dernier », a été déterminant. Une nécessité pour « éviter que les gens ne tombent dans la panique et la confusion entre islam et terrorisme ».

Mais les événements du 13 novembre changent la donne : « Les attentats de Charlie Hebdo avaient évidemment touché l’opinion, mais il y a eu une prise de conscience plus récente de l’impact de la situation actuelle au Moyen Orient ». Un an après l’attaque du journal satirique, la peur a gagné du terrain, aussi bien dans les écoles, où les enfants sont « sensibilisés au danger », que dans la vie quotidienne, où s’imposent « les questions de sécurité ». Le constat n’est pas joyeux. Mais pas nécessairement négatif.

Car la France « rattrape son retard » par rapport à d’autres pays confrontés à la menace terroriste : « Ici, on regardait cela de loin en pensant que ces problèmes ne touchaient que les autres. Malheureusement, on a vu que le pire pouvait nous arriver à nous aussi ». Dans cette période de crise, la bonne entente entre les différents responsables religieux de Bordeaux est précieuse. Parce qu’elles peuvent « se dire les choses franchement et en confiance », les différentes communauté peuvent se mobiliser ensemble.

Plutôt que de céder à la méfiance, les croyants de toute confession ont choisi l’union sacrée. Face à l’instrumentalisation de Dieu par les terroristes, « la souffrance est partagée ». Si on avait dit aux victimes de Charlie Hebdo qu’ils permettraient de rapprocher les religions, ils auraient sans doute souri.

Yacine Taleb

Vous pouvez redécouvrir le long format « Charlie Hebdo: Bordeaux, le jour d’après », publié l’an dernier

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